Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


vendredi 23 mars 2012


si dangereuse, contre laquelle les Peres des trois premiers siècles de l'Eglise s'étoient toûjours élevés, regardant même la peinture, comme un art illicite, et obligeant les Peintres qui embrassoient le christia­nisme, à abandonner leur profession ; et à prendre quelqu'autre metier ; Les Peres, dis-je, d'Eliberis craignant les suites d'une pratique si dange­reuse, firent deux principaux Canons ; par le premier ils condamnèrent la coutume, comme superstitieuse, d'allumer des cierges pendant le jour dans les Cimetières, coutume que les chrétiens avoient aussi prise des Payens qui tenoient jour et nuit des chandelles allumées dans leurs Temples, ce dont les premiers Peres de l'Eglise se sont souvent moqués, comme d'une supersti­tion ridicule, vide Lactance liv. 6. Chap. 2. Notés en passant que vôtre Eglise n'a pas laissé d'admettre cette superstition, preuve évidente de son infaillibilité. Par le second Canon les Peres d'Eliberis ordonnent qu'il ne devoit point y avoir de peintures dans les Eglises, de peur que ce qui est servi et adoré ne soit sur les murailles. Vide Concil. Tom. 1er. pag. 627.Mendoza Lib.l. Cap.l. Notes ce terme de servi distingué de celui d'adoré, ce qui condamne toute sorte de culte. Ce que les Peres d'Eliberis vouloient prévenir, n'arriva que trop au grand scandale de l'Eglise, car Serenus Evêque de Marseille l'an 599 fut obligé de faire briser et jetter hors des Eglises Les Images, pour empecher les abus que le peuple en faisoit. Il est vrai que le Pape Grégoire 1er en louant son zélé lui marqua qu'il ne croioit pas qu'il eut dû les briser, parce, disoit-il, qu'on met les peintures dans les Eglises, afin que ceux qui ne savent pas lire, voient sur les murailles ce qu'ils ne peuvent apprendre dans les livres ; mais qu'il devoit détourner le peuple de pecher en adorant la peinture Grég. VII. Epist.10. Voilà l'usage que ce st. Pontife vouloit que l'on fit des Images, bien différent de celui qu'on en fait aujourd'hui dans vôtre Eglise. Le Concile de Constanti- nople tenu l'an 754 et où se trouvèrent 338 Evêques condamne formelle­ment les Images et leur Culte, come une invention du Démon. Les Peres de ce Concile déclarent qu'aiant examiné soigneusement la doctrine des six Conciles œcumeniques, ils avoient trouvé que l'art illicite des Peintres com- batoit le dogme capital de nôtre salut, qui est l'incarnation de J.C. et ren- versoit les définitions des six Conciles.
 « La peinture établit, disent ces Peres, l'erreur de Nestorius, qui divise  J.C. en deux, et ne laisse pas d'appuyer celles d'Arius, de Dioscore ;  d'Eutyches, et de Severe, qui enseignent le mélange et la confusion  des deux natures ; car le Peintre aiant fait une Image, la nomme Christ : or le nom de Christ signifie tout ensemble Dieu et homme ;  donc ou le Peintre a renfermé, comme il s'imagine, la divinité immense  dans les bornes de la chair créee ; ou il a confondu les deux natures  unies sans confusion. Celui qui adore l'image est coupable des mêmes  blasphèmes et la même malédiction tombe sur l'un et sur l'autre. Ils  chercheront sans doute à s'excuser en disant. Nous ne faisons l'image  que de la chair que nous avons vue et touchée, et qui a conversé avec  nous. Mais ils retombent par là dans l'impiété de Nestorius, car il faut  considérer que, selon les Peres, la chair de J.C. si tôt qu'elle a commencé  d'être, a été la chair du Verbe, sans jamais admettre aucune idée de séparation &C. Ce que l'on appelle faussement des Images, disent encore ces  Pères, ne vient pas de la tradition de J.C. des Apôtres, ou des Peres. Elles  n'ont point de prières particulières, pour les sanctifier, et demeurent  profanes et méprisables comme le Peintre les a faites. Que si l'on  demande pourquoi nous condamnons les Images de la Mere de Dieu et  des Saints qui sont purs hommes, sans avoir la nature divine comme J.C. nous dirons que l'Eglise est entre le Judaïsme et le Paganisme, et « rejette les cérémonies de l'un et de l'autre : Du Judaïsme, les sacrifices sanglants ; du Paganisme, la fabrication et le culte des Idoles, dont l'art détestable de la peinture est la source : car n'ayant point d'esperance de la Résurrection, ils ont inventé cette illusion, pour rendre comme présent ce qui ne l'étoit point. Mais pour les saints qui vivent avec Dieu, c'est leur faire injure que de les représenter avec  une matière morte par l'art des Payens. Tom. 7 Concil. P. 18. c'est ainsi que les Perres de ce Concile combattoient l'usage antichretien de se faire des Images pour leur rendre un Culte Réligieux, ordonnans de rejetter de l'Eglise avec abomination toute image peinte de quelque manière que ce soit. Je sai bien qu'en 787, c'est à dire 33 ans après le 2e. Concile de Nicée annulla tout ce que les Peres de Constantinople avoient fait contre les Images ; mais je sai aussi que le Pape Adrien Ier. aiant envoyé à Charlemagne les actes du Concile de Nicée ; pour les faire exami­ner et approuver par les Evêques d'Occident qui n'y avoient point eu de part, et n'y avoient pas même été appellés : Le Roy les aiant fait examiner, les Evêques de France trouvèrent la décision des Grecs contraire à leur usage, qui étoit bien d'avoir des Images dans les Eglises, mais non de leur rendre aucun Culte. On a tenu, disent ces Evêques dans une préface des livres qu'on attribue à Charlemagne ; on a tenu  il y a quelques années en Bithynie un Concile, où l'on a usé d'une telle imprudence, qu'on  y a rejetté entièrement les Images que les Anciens avoient mises pour  l'ornement des Eglisess et la mémoire des choses passées, attribuant  aux Images ce que le Seigneur a dit des Idoles, et prétendant que leur  Empereur Constantin les avoit délivrés de l'idolâtrie. On a tenu en ces  quartiers là un autre Concile il y a environ trois ans (savoir celui de  Nicée) qui donne dans une erreur opposée ; car aiant anathematisé le  premier ; il oblige à adorer les Images. Pour nous nous recevons les  six Conciles généraux ; mais nous rejettons avec mépris les nouvautés,  comme aussi ce Concile tenu en Bithynie pour faire adorer les Images. Charlemagne fit assembler en 794 un Concile à Francfort où se trouvèrent 300 Evêques et deux Légats du Pape dont le second Canon est conçu en ces termes. «  On a proposé la question du nouveau Concile des grecs tenu à  Constantinople touchant l'adoration des Images. Ce second Concile de  Constantinople portoit que quiconque ne rendoit pas aux Images des  Saints le service et l'adoration, comme à la Trinité divine, seroit jugé  Anathème.