Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
samedi 24 mars 2012
3ème lettre du protestant
A Monsieur. Monsieur de Grandbois Conseiller du roy au
Présidial et Sénéchal de clermont A Clermont Ferrant en Auvergne.
Mon très cher Frere
J'ai vû par vôtre
derniere lettre que vous batissés toûjours sur un fondement ruineux, vous
posés toûjours pour principe ce qui est en question, savoir que l'Eglise
Romaine est cette Eglise contre laquelle les portes de l'Enfer ne sauroient
prévaloir, à qui les promesses de l'infaillibilité ont été faites &C. Quand
je n'aurois eu à vous opposer que ce seul passage de St Paul aux Romains : Vous demeurés fermes par vôtre foi, mais prenés garde de ne vous pas
élever, et tenés vous dans la crainte, car si Dieu n'a point épargné les
branches naturelles, vous devés craindre qu'il ne vous épargne pas non plus.
Considérés donc la bonté et la sévérité de Dieu, sa sévérité envers ceux qui
sont tombés, et sa bonté envers vous, si toute fois vous demeurés fermes dans
l'état où sa bonté vous a mis, autrement vous serés retranchés
Rom XI.20.21.22. Quand, dis-je, je n'aurois eu que ce seul passage à vous
opposer, il est certain que selon cet Apôtre, l'Eglise Romaine pouvoit tomber
dans l'erreur ; car enfin à qui addressoit-il ces paroles ? N'est-ce pas à
l'assemblée des fidèles qui étoient à Rome, et par conséquent à l'Eglise
Romaine ? et son exhortation n'auroit-elle pas été inutile, pour ne pas dire
absurde, si cette Eglise devoit être infaillible, comme elle le pretend ? Les
Ministres qui par intérêt, ou pour éviter la persécution, ont soutenu avec
vôtre Eglise, que la voye d'examen est impraticable, n'ignoroient pas que J.C.
ne l'avoit pas envisagée comme telle, puisqu'il la recommande expressément : Examinés avec soin les Écritures, dit ce divin sauveur, puisque vous croiés y trouver la vie éternelle Jean
V.39. et que les Fidèles de Beroée sont loués dans le livre des actes, de ce
qu'ils examinoient tous les jours les Ecritures, pour voir si ce qu'on leur
enseignoit étoit véritable. Act. XVII. II. Jugés vous mêmes
de ce que je dis, disoit encore st Paul aux corinthiens. I Cor X. 15. Eprouvés tout et
approuvés ce qui est bon I Thes. V. 21. Voila donc la voye
d'examen bien établie, prescrite par J.C. aprouvée par les Apôtres ; mais vôtre
Eglise plus sage que J.C. et les Apôtres la condamne, comme impraticable et
même comme dangereuse. Mais je le demande, y a-t-il quelque article dans les
Symboles des apôtres, de Nicée et de st. Athanase, où sont contenus tous les
articles de la foi Catholique, nécéssaires au salut, qui ne soit enseigné d'une
manière claire et fort intelligible dans l'Ecriture ste et qui par
conséquent ne soit à la portée des plus simples et des plus ignorants. Ce qui
faisoit dire à David en s'addressant à Dieuj Vôtre parole est la lampe qui éclaire mes pas, et la
lumière qui luit dans les sentiers où je marche. Psau.CXVIII.
105.et si le vieux Testament paroissoit si clair à David, à combien plus forte
raison l'Evangile le doit-il être surtout dans les choses qui intéressent le
salut ; aussi St Paul déclare-t-il, que si l'Evangile est encore voilé, c'est pour ceux quiperissent
qu'il est voilé. Pour ces infidèles dont le Dieu de ce siècle a aveuglé les
esprits, afin qu'ils ne soient point éclairés par la lumière de l'Evangile.
2. Cor. IV.3.4. Par ce Dieu de ce siècle qui a aveuglé les esprits, ne
pourroit-on pas entendre vôtre Tribunal infaillible, qui s'élevant au dessus de
tout ce qui est appellé Dieu sur la terre, c'est à dire des têtes couronnées,
et qui soumettant l'authorité divine à ses propres décisions, exige une foi
aveugle, et veut faire recevoir ses Dogmes sans examen, quelques opposés
qu'ils soient à l'Evangile ? Et en effet dans quel endroit de l'Evangile
trouve-t-on, par exemple, que l'on doive invoquer les saints et les Anges,
cités moi un seul exemple de cette invocation. J.C. nous ordonne d'adresser nos
prières à Dieu, lorsque vous priés, dites Notre Père qui êtes au Ciel ; Dieu
lui même veut que nous l'invoquions dans nos afflictions : Invoqués moi,
dit-il, au jour de l'affliction, je vous délivrerai et vous aurés lieu de
m'honorer Psau. 49.15. Nous avons pour avocat envers le Pere J.C.. I.Jean II.
Mais si l'Invocation des saints n'est pas fondée sur l'Ecriture, le Culte que
vous rendés aux Saints y est encore moins fondé. Que nul,
dit st. Paul,
ne vous ravisse le prix de vôtre course, en affectant de paroitre humble par un
culte réligieux des anges. Col. II. 18. Et st. Jean aiant voulu
se proter- ner devant un ange, l'ange lui dit ; gardés vous bien de
le faire, adorés Dieu. Apoc.XXII. 9. Et ne me raportés point ici
vôtre distinction de Latrie, de Dulie et d'uperdulie, car outre que l'Ecriture
n'admet point cette distinction, St Jean n'auroit eu garde de rendre à un Ange
le culte suprême. Où trouve-t-on encore dans l'Evangile que l'on doive avoir
dans les Temples des Images, et leur rendre un honneur Réligieux, pratique qui
n'a eu lieu que chés des Payens, et que les Chrétiens ont empruntée d'eux à la
honte du christianisme. J'avoue que cette pratique qui commença à s'introduire
au commencement du 4e siècle, pouvoit être tolerée, plarce que les
chrétiens ne rendoient aucun culte aux Images, et que leur but étoit
simplement de sanctifier les Temples, en substituant les Images de J.C. et des
apôtres aux Images et aux statues des Divinités Payennes, afin d'attirer ainsi
plus aisément les Payens au christianisme. Cependant les Peres du Concile
d'Eliberis tenu l'an 306, craignant les suites d'une pratique