Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


mercredi 29 février 2012

8ème lettre du protestant




Mon très cher Frere
Je suis surpris que pour justifier l'origine et l'usage de vôtre eau benite, vous aiés recours à une cérémonie légale qui comme toutes les autres céré­monies de la loi a dû être abolie ; et parce que l'eau d'expiation avoit été ordonnée de Dieu, s'ensuit-il que vôtre eau benite soit d'institution divine ? Par quel passage de l'Ecriture me prouverés vous que les Apôtres, après avoir aboli dans le Concile de Jerusalem, dans lequel ils n'ont exigé des chrétiens, que de s'abstenir des choses sacrifiées aux idoles, du sang et des chairs étouffées, les déchargeant de toutes les autres cérémonies de la loi. act. 15.29. par quel passage, dis-je, ferés vous voir que vôtre eau benite ait été substituée à l'eau d'expiation dont il est parlé dans le 19e chap. des Nombres. Il est bien plus aisé d'y reconnoitre l'eau lustrale des Payens, soit dans la manière dont elle est composée ; soit dans l'usage que vous en fai­tes. Le Poete Euripide en parlant de la vertu de son eau lustrale, dit que l'eau salée lave tous les péchés des hommes. Voila une eau dans laquelle on mettoit du sel, ce que vous imités, et à laquelle vous attribués la vertu d'expier les péchés. Cette aspersion, dit Bellarmin, de Missâ lib. 2. cap. 15. est une expiation et une préparation au futur sacrifice. Du Choul Conseiller du Roy dans un livre qu'il composa sur la Religion des anciens Romains et qu'il fit imprimer à Lion en 1556 avec privilege du Roy, dit sur la fin de son livre : si nous regardons curieusement, nous connoitrons que plusieurs ins­titutions de nôtre Religion ont été prises et translatées des cérémonies Egyptiennes et des Gentils, comme sont les tuniques, et surpelis ; les cou­ronnes que font les prêtres ; les inclinations de tête autour de l'autel ; la pompe sacrificale ; la musique des Temples ; les processions ; les litanies et plusieurs autres choses que nos prêtres usurpent en nos mysteres et referent en un seul Dieu. Entre ces plusieurs choses qu'il omet, il n'est pas douteux que l'eau lustrale n'en fut une.
Quoique les Payens eussent des Temples et qu'ils rendissent un culte à leurs divinités ; s'ensuit-il que les Chrétiens deussent adopter leurs pratiques superstitieuses, comme vous semblés l'insinuer et comme en effet il n'est que trop vrai qu'ils ont fait, selon l'aveu même de Baronius en l'an 36e de ses annales. Il a été permis, dit ce cardinal, il a été permis à l'Eglise de transférer aux usages de la pieté les cérémonies que les Payens employoient avec impieté à un culte supersti­tieux. Les Apôtres qui avoient aboli les ceremonies de la loi, auroient ils adopté et introduit des ceremonies superstitieuses, eux qui nous déclarent qu'il n'y a aucun 

mardi 28 février 2012


accord entre Christ et Bélial, ni de Convenence du Temple de Dieu avec les idoles. 2. Cor. Chap. 6. v. 15.16. Voiés aussi la défense que Dieu fait à son peuple de ne consacrer à son service aucune des choses que les Idolâtres eussent employées ; mais leur ordonnant de les ruiner. Exode Chap. 34. v.13. Deut. Chap. 12.V.2.3. Je ne vois pas, Mon très cher Frere, à quel propos vous me parlés du serpent d'airain que Moïse éleva dans le desert ; Jésus Christ nous apprend dans l'Evangile selon s.t. Jean Chap. 3. que ce serpent étoit un emblème de sa mort, et du fruit qu'elle devoit operer. Prétendés vous par cet exemple vous authoriser à avoir des images et à leur rendre un culte réligieux ; mais vous n'ignorés pas que desque les Juifs s'aviserent de lui faire des encensemens, le Roy Ezechias le fit briser, comme on peut le voir dans le 4e Livre des Rois Chap. 18.V.4. Ce n'est donc point de là que vôtre Eglise a pris le funeste usage qu'elle fait des images ; mais plutôt du Paganisme, comme le dit Grégoire de Néocesarée. La Religion Payenne, dit ce Docteur, est l'inventrice et la mere des Ima­ges ; et c'est des Payens qu'elles sont passées chés les chrétiens, comme Eusebe le témoigne au Livre 7e. Chap. 8. de son histoire Ecclésiastique. Géorge Cassander très savant Théologien de vôtre Eglise en sa consultation addressée aux Empereurs Ferdinand et Maximilien, avoue ingenuement que l'Eglise Romaine à imité en ceci les Payens. La chose est trop claire, dit-il, pour s'amuser à l'expliquer plus au long ; le culte des images et des simulacres est venu à un trop grand excès, et l'on a trop condescendu à l'inclination, ou plutôt à la superstition du peuple, car nos gens ne le cedent en rien aux derniers excès de folie que les Payens ont fait paroitre, soit à faire leurs simulacres et à les parer, soit à leur rendre les suprêmes adora­tions. C'est ainsi que parlent vos Docteurs. La plus lourde faute des Payens sur ce sujet étoit en ce qu'ils faisoient des représentations de la divinité, et qu'ils changeoient, comme dit s.t Paul, la gloire de Dieu incorruptible à la ressemblance de l'homme corruptible, et des oiseaux et des bêtes à quatre piés. C'est pourquoi le Prophete Isaie demande avec aigreur aux Idolatres de son tems : A qui ferés vous Dieu semblable, et quelle ressemblance lui donnerés vous ? Is. Chap. 40. Tertulien parle de cette entreprise avec tant d'horreur, qu'il dit que ce n'est pas Dieu que l'on représente, mais le Démon que l'on revêt d'un corps. Tert. de Idolololatria. Vôtre Eglise est cependant coupable de ce crime, puisqu'elle représente le Pere Eternel comme un vieillard, le fils quelque fois comme un agneau, et le s.t Esprit sous la forme d'une Colombe, imitant ainsi les Payens à qui s.t Paul faisoit ce reproche Rom. Chap. I. 

lundi 27 février 2012


Outre les images des Dieux, les Payens en fai­soient aussi de leurs Héros qu'ils appeloient demi-Dieux, et de ceux qu'ils nommoient Genies, et qu'ils croioient être médiateurs entre le Dieu souve­rain et les hommes ; de même outre les images de la Trinité vous en faites d'autres des Anges et des saints que vous invoqués comme vos intercesseurs et médiateurs. Les matières dont les Payens faisoient leurs simulacres étoient les mêmes que celles que l'on employe dans vos Eglises, elles sont sujettes aux mêmes accidents, et les anciens Peres de l'Eglise n'ont rien dit en dérision de celles des Payens, qui ne convienne à celles de Dieu, des saints et des anges. On pourroit vous dire avec Tertullien ; Nous ne trou­vons autre chose à dire à vos simulacres, si non que ce sont des matieres semblables à celles de vos vaisseaux et utenciles communs. Tert. Apolog. et avec Octavius dans le Minucius Félix. Ce Dieu de bois, de cuivre, d'argent ou de pierre est taillé, façonné et poli quelque fois par un méchant homme. Il ne sent pas les maux qu'on lui fait à sa naissance, comme il ne sait pas aussi les honneurs qu'on lui rend après sa consécration. Quel jugement, ajoute-t-il, est-ce que les animaux muets font de vos Dieux ? Ils savent et connoissent bien qu'ils n'ont point de sentiment, ils les foulent et s'asseint dessus, si vous ne les chassiés, ils feroient leur nid dans la bouche de vôtre Dieu. Les araignées couvrent son visage de leurs tissures et attachent leurs filets à sa tête. C'est ainsi que les Peres de l'Eglise se moquoient des simula­cres des Payens. Auroient-ils en bonne grâce de leur faire ces reproches, si les chrétiens avoient aussi eu des images dans leurs Eglises ? Les Payens seraient ils demeurés dans le silence ? ou plutôt n'auroient-ils pas rétorqué contre les chrétiens les arguments que ceux-ci leur faisoient contre leurs images et leurs simulacres, puisqu'ils auroient été faits des mêmes matières et sujets aux mêmes inconvénients. Nous lisons au contraire que Celse et les autres Philosophes Payens faisoient un crime aux Chrétiens de ce qu'ils n'avoient ni autels, ni simulacres, ni images ; à quoi les Peres de l'Eglise répondoient ; Nos images sont nos vertus. Mais continuons nôtre parallele.
Les Payens après que la statue avoit été achevée par l'art du sculpteur, la consa­craient avec des prieres solennelles, et d'abord, comme si elle avoit changé de destinée par la consécration (ainsi que parle Tertullien dans son apologé­tique) ils lui rendoient leurs hommages. Minucius Félix s'en moque plai­samment. On la fond, dit-il, on l'accommode, on la taille ; elle n'est pas encore un Dieu. On la soude, on la bâtit, on l'adresse ; ce n'est pas encore un Dieu. Enfin, on la pare, on la consacre, on la prie ;

dimanche 26 février 2012


la voilà Dieu, lors­que l'homme la voulu et la dédiée. Il en est de même de vos images, des­quelles ont été consacrées, ce n'est plus une simple peinture, c'est un Dieu, c'est un saint ou une sainte, à qui l'on doit le même honneur qu'à l'objet qu'elle représente, comme disent vôtre St Thomas d'Aquin, le Cardinal Bellarmin. Thom. 3. part, quaest.25. Bellarm. de Imag. sanct. 2. cap. 10. C'est à dire que l'on doit rendre aux images de la Trinité le culte de latrie ; à celles de la bienheureuse vierge le culte d'hyperdulie ; et à celles des saints celui de dulie. De là les prières que vous addressés à la Croix et aux images suivant la doctrine du même s.t Thomas. Nous parlons, dit-il, à la Croix, comme nous ferions à celui qui y a été attaché. Thom. 3. part. sum. quaest.5. art. 4. Et dans vôtre Vexilla Régis prodeunt, vous dites on vous addressant à la Croix ; Je vous salue en ce tems de la passion, ô Croix qui êtes mon esperance unique, augmentés la sainteté des justes et pardonnés aux coupables ; en quoi vous imités ces Idolâtres à qui le Prophète Osée reprochoit d'avoir fait leur demande au bois. Osée. chap. 4. v. 12. Et en une autre oraison que vous faites à ce que vous appellés le s.t. suaire donné à la Véronique, vous demandés à cette image qu'elle vous purifie de toute tache, qu'elle repande la lumière dans vos cœurs par la vertu qui lui en a été donnée ; et ensuite vous conclués ; Conduisés nous, ô bienheureuse figure dans nôtre propre patrie pour voir le pur visage de Christ. Tel est, Mon très Cher Frere, le sentiment de vos Docteurs les plus respectables, telle est aussi la pratique de vôtre Eglise ; vous êtes donc encore à cet égard dans le cas des Payens, et exposés par conséquent aux mêmes railleries et aux mêmes reproches que les Prophètes et les Peres de l'Eglise leur faisoient à cette occasion.
Les Payens ainsi que vous avoient des luminaires dans leurs Temples comme on le voit dans le 6e. chap. de Baruc, où il est parlé de l'idolâtrie des Babyloniens. Le Cardinal Baronius pour excuser cette superstition, employe les mêmes raisons dont se servoient les Payens, alléguant les paro­les de Seneque qui dit que s'ils allument des luminaires dans leurs Temples, ce n'est pas que leurs Dieux aient besoin de clarté ; mais que cela se fait par dévotion. Cette coutume de tenir des lampes allumées étoit si commune parmi les Payens, que les Peres des 1ers siècles s'en sont souvent moqués, comme d'une superstition ridicule. S'ils daignoient contempler disoit Lactance, cette clarté que nous appelions le Soleil, ils connoitroient bien que Dieu n'a pas besoin de leurs lampes. Lact. lib. 6. cap. 2. Pourra-t-on donc croire, ajoute ce Pere de l'Eglise, que ceux-là soient en leur bon sens qui offrent

samedi 25 février 2012


pour présent à celui qui est l'auteur de la lumière, la faible lueur de nos cierges et de nos flambeaux ? Vigilance se plaignant de ce que de son tems on commençoit à établir dans quelques Eglises cette coutume supersti­tieuse, disoit ; Nous voions que sous prétexte de religion on a établi dans l'Eglise la coutume des gentils, qu'on allume, pendant que le soleil éclaire, une quantité de flambeaux. Ce qui fit que le Concile d'Eliberi prononça anathéme contre ceux qui allumeroient des cierges en plein jour dans les Eglises. Can. 34. Vous joigniés aux illuminations l'encens que vous fai­tes souvent fumer devant vos Images, ce qui étoit encore une pratique Payenne. Nous vous demandons, disoit Arnobe aux Payens, d'où et depuis quel tems vous avès commencé à connoitre si bien l'encens, que vous puis- siés croire qu'il en faut donner aux Dieux, et qu'il leur sera agréable. Arn. Lib. 7.
Je pourrois pousser plus loin le parallele, car les Payens comme vous portoient les images et les simulacres en procession, ils les baisoient, ils leur attribuoient des miracles semblables à ceux que vous leur attribués. Les Troyens avoient la statue de Pallas qu'ils prétendoient être descendue du Ciel, comme vous le dites de vôtre Dame de Liesse et de celle de Monfer- rat. La statue de Junon, selon les Payens, et celle de la Fortune avoient parlé, comme vous le soutenés de quelques unes de vos images. Les Payens vouloient aussi que leurs images eussent quelque fois sué, pleuré, répandu du sang ; vous dites la même chose des vôtres. Vous voila donc à tous égards dans un parfait niveau avec les Payens dans le culte que vous rendés aux images.
 Mais, dirés vous, les Payens bornoient leur culte à l'image ou à l'idole qu'ils avoient consacrée, et en cela ils étoient véritablement Idolâ­tres. C'est ce dont ils ne convenoient pas. Tu te trompes, dit le Payen dans Arnobe au Chrétien, car nous ne croyons point que l'airain, l'or et l'argent et les autres matières dont sont composées les statues, soient elles mêmes Dieu ; mais nous servons Dieu en elles, et nous vénérons ceux qui y viennent habiter par la vertu de la consécration. Arnob. lib. 6. voyés aussi Lactance lib. 2. Cap. 2. Origene contre Celse lib. 7. c'est ainsi que les Payens pallioient leur idolâtrie ; c'est aussi ainsi que vous tachés de la pallier, puisque vous tenés le même langage contre nous ;

vendredi 24 février 2012


les Payens etoient même plus rai­sonnables à cet égard, car ils n'ont jamais dit que l'on devoit adorer d'une même adoration l'image et ce qu'elle signifie ; et afin que vous ne croyés pas que je vous en impose, prenés la peine de lire le 4e canon du 2e Concile de Nicée sur la fin. Ce ne sont pas, disent les Peres de ce Concile, ce ne sont pas deux adorations, mais une seule et même adoration, celle de l'image et de celui qui est représenté par l'image. Constantin Evêque de Constance qui y assista, dit en plein Concile ; Pourquoi je rens aux images le même culte d'honneur qui est dû à la vivifiante Trinité ; et celui qui refusora d'en faire autant, je l'anathematise comme Marcion et Mânes. Sentiment qui fut aprouvé par le Concile, et confirmé par la pratique de vôtre Eglise ; en effet quelle sorte d'honneur pourriés vous rendre à Dieu ; que vous ne déferiés aux images ; vous vous prosternés devant elles ; vous les ornés ; vous leur allumés des cierges ; vous leur faites des encensements ; vous les portés en procession ; vous les élevés sur les autels ; vous allés vers elles en pelerinage ; vous leur attribués des miracles ; vous y mettés vôtre con­fiance ; que dis-je, vous les priés, comme je vous ai fait voir c'y dessus ; en parlant de la Croix et de l'image du s.t Suaire. Je conclus cette matière par ces paroles de Théodoret ; C'est le Démon qui a fait faire les simulacres pour l'usage de ceux qui n'ont pas l'usage des lettres, afin de les porter par ce moyen à la superstition Theod. serm. 7. et il a raison de parler de la sorte, puisque l'Ecriture dit que le bois n'enseigne que des vanités, et que les images sont des Docteurs de mensonge. Jeremiè chap. 10. et que Dieu commande de jetter les images aux taupes et aux chaves souris, comme des ouvrages aveugles à des animaux aveugles. Isaie chap. 2. v. 20.
Je ne sai, Mon très cher Frere, d'où vous avés pris que nous ne recevons point comme canonique l'Epitre de s.t Jaques ; mais on vous en a imposé ; il est vrai que nous mettons parmi les livres Apocryphes les livres des Maccabées, parce que les Juifs, de qui les Chrétiens ont reçu ces livres, ne les ont jamais reconnus pour canoniques ; parce que les Chretiens pendant plusieurs siecles ne les ont point mis dans leur canon ; et parce que ces livres contiennent plusieurs choses indignes de l'Esprit de Dieu. Mais sup­posé même que le second Livre des Maccabées fut divin ; Prétendriés vous tirer de la prière que les Juifs firent pour leurs morts, la doctrine de vôtre Purga­toire. Tertullien de corona militis avoue que l'usage de prier pour les morts vient de la coutume et non de l'Ecriture,



jeudi 23 février 2012


et par conséquent vôtre Purgatoire ne sauroit avoir une meilleure origine ; d'ailleurs les Juifs comment auroient ils prétendu de retirer du Purgatoire par leurs prières les ames des personnes qui avoient été tuées en état de péché mortel, comme vous pouvés le voir dans le chap. des Maccabées que vous m'avés cité. Et enfin com­ment accorder ce prétendu Purgatoire avec le sentiment de vôtre Eglise qui veut que les ames des fidèles trépassés avant le venue de Jésus Christ allas­sent immédiatement après leur mort dans un lieu que vous appellés les limbes, et d'où vous voulés que Jésus Christ les alla retirer après sa mort. La conséquence que vous tirés de l'Evangile selon s.t. Mat. n'est pas de meilleur aloi ; Jésus Christ déclare que le péché contre le s.t Esprit ne sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir, c'est à dire qu'il ne sera jamais pardonné, selon l'explication qu'en donnent s.t Marc et s.t Luc, car on doit expliquer un Evangeliste par un autre. Vous me cités enfin l'apocalypse ; mais bien loin d'y trouver un purgatoire, je trouve au con­traire que bienheureux sont ceux qui meurent au Seigneur, car ils se repo-
sent de tous leurs travaux. Chap. 15. v. 13. Or seroit ce se reposer de ses travaux, que d'aller dans un lieu de tourment, tel que vous suposés vôtre purgatoire.
Je conclus 1°. que nous n'avons qu'un seul et véritable Purgatoire, savoir le sang, de Jésus Christ qui nous purifie de tout péché, comme s.t Jean nous l'apprend 1. Jean. Chap. l.v.7. 2°. Qu'il faut que vous manquiés bien des preuves, puisque vous avés recours à des conséquences que vous tirés (permettés moi le terme) par les cheveux, pour établir une doctrine aussi essentielle, étant surprenant que l'écriture qui nous parle d'une manière si positive.et si claire d'un Enfer et d'un paradis, ne nous eut pas dit le mot d'un purgatoire, supposé qu'il y en eut un.
Je sai bien que dès le 3e siècle on commença à prier pour les morts, mais vous ne pouvés rien inferer de ces prières en faveur de vôtre purgatoire, parce que les Peres de ce tems là étoient dans l'idée que les ames des morts étoient reservées en certains lieux souterains jusques à la résurrection, et que ce ne seroit qu'alors que les ames des fidèles jouiroient de la vision de Dieu. Tempus quod inter hominis mortem et ultimam resurrectionem inter- positum est, animas abditis receptaculis, continet. dit s.t Augustin ex Enchi- ridio. voyés aussi Justin Martyr, quaest. 60 et 76. Irenae. lib. 5e. Tertul. contra Marcion. lib. 4e. Cap. 34e. et lib. de anima Cap. 55. Et dans le ser­vice que vous faites pour les morts, vous faites dire



mercredi 22 février 2012


à l'ame du trépassé ; Libera me, domine, de morte aeterna, in die illa tremenda, quando caeli movendi sunt et terra, dum veneris judicare seculum per ignem. Vous demandés à Dieu dans cette priere au nom du trépassé de le délivrer, non du purgatoire, qui n'étoit pas encore-connu dans le tems qu'elle fut compo­sée ; mais de la mort éternelle ; et quand demandés vous que son ame ensoit délivrée, non immédiatement après la mort ; mais au dernier jour, dans ce terrible jour où les Cieux et la terre seront ébranlés, jour auquel le seigneur viendra juger le monde par le feu, comme l'enseigne s.t Pierre. Vous trouvés donc encore dans cette prière des vestiges du sentiment des Peres de l'Eglise sur l'état de l'ame après la mort. Ils croioient, comme je viens de vous le faire voir, que les ames tant des justes que des injustes étoient enfermées dans un lieu souterrain jusques au dernier jour, et ils prioient Dieu 1°. de glorifier de bonne heure les fidèles en hatant leur résur­rection Liturgia Chrysostomi. 2°. qu'ils eussent leur juge propice, et ne fussent pas traités avec rigueur. Chrysost. in Math. Homil. 32. Tel étoit le but des prières que l'Eglise faisojt alors pour les morts, bien différent de celui que vous lui attribués. Donnés, Mon très Cher Frere, tant qu'il vous plaira, le nom de fatras de récit aux raisons que j'allègue, pour convaincre vôtre Eglise d'enseigner des doctrines qui ne sont fondées ni sur l'Ecriture, ni sur la croyance de la plus pure antiquité, les authorités sur lesquelles je fonde mes raisonnements, n'en sont pas moins valables. Si pour avoir gain de cause, il suffisoit de dire, ce sont des chicanes que l'ignorance et la malice des heretiques des derniers siècles ont suscitées contre les Catholi­ques ; je vous avoue qu'il y a long tems qu'on vous auroit cédé le champ de bataille ; mais heureusement, il y a long tems aussi que l'on a reconnu que quand on n'a pas de bonnes raisons à alleguer, on se retranche sur des généralités, et on en vient même souvent à des invectives, les noms odieux d'heretique et de schismatique ou de novateurs ne coûtent rien dans la bou­che de ceux qui feroient brûler les Apôtres mêmes, s'ils revenoient au monde, parce qu'ils ne voudroient point recevoir des doctrines dont ils ont défiguré le Christianisme.
Lorsque je vous ai dit que nous admettions l'authorité des Conciles, je ne l'ai entendu, qu'autant que ces Conciles dans leurs décisions se confor- moient à la doctrine que Jésus Christ et ses apôtres avoient annoncés, puis­que, comme l'enseigne s.t Paul, quand un Ange même nous annonceroit un Evangile ou une doctrine différente de celles des (...) *