Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


jeudi 23 février 2012


et par conséquent vôtre Purgatoire ne sauroit avoir une meilleure origine ; d'ailleurs les Juifs comment auroient ils prétendu de retirer du Purgatoire par leurs prières les ames des personnes qui avoient été tuées en état de péché mortel, comme vous pouvés le voir dans le chap. des Maccabées que vous m'avés cité. Et enfin com­ment accorder ce prétendu Purgatoire avec le sentiment de vôtre Eglise qui veut que les ames des fidèles trépassés avant le venue de Jésus Christ allas­sent immédiatement après leur mort dans un lieu que vous appellés les limbes, et d'où vous voulés que Jésus Christ les alla retirer après sa mort. La conséquence que vous tirés de l'Evangile selon s.t. Mat. n'est pas de meilleur aloi ; Jésus Christ déclare que le péché contre le s.t Esprit ne sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir, c'est à dire qu'il ne sera jamais pardonné, selon l'explication qu'en donnent s.t Marc et s.t Luc, car on doit expliquer un Evangeliste par un autre. Vous me cités enfin l'apocalypse ; mais bien loin d'y trouver un purgatoire, je trouve au con­traire que bienheureux sont ceux qui meurent au Seigneur, car ils se repo-
sent de tous leurs travaux. Chap. 15. v. 13. Or seroit ce se reposer de ses travaux, que d'aller dans un lieu de tourment, tel que vous suposés vôtre purgatoire.
Je conclus 1°. que nous n'avons qu'un seul et véritable Purgatoire, savoir le sang, de Jésus Christ qui nous purifie de tout péché, comme s.t Jean nous l'apprend 1. Jean. Chap. l.v.7. 2°. Qu'il faut que vous manquiés bien des preuves, puisque vous avés recours à des conséquences que vous tirés (permettés moi le terme) par les cheveux, pour établir une doctrine aussi essentielle, étant surprenant que l'écriture qui nous parle d'une manière si positive.et si claire d'un Enfer et d'un paradis, ne nous eut pas dit le mot d'un purgatoire, supposé qu'il y en eut un.
Je sai bien que dès le 3e siècle on commença à prier pour les morts, mais vous ne pouvés rien inferer de ces prières en faveur de vôtre purgatoire, parce que les Peres de ce tems là étoient dans l'idée que les ames des morts étoient reservées en certains lieux souterains jusques à la résurrection, et que ce ne seroit qu'alors que les ames des fidèles jouiroient de la vision de Dieu. Tempus quod inter hominis mortem et ultimam resurrectionem inter- positum est, animas abditis receptaculis, continet. dit s.t Augustin ex Enchi- ridio. voyés aussi Justin Martyr, quaest. 60 et 76. Irenae. lib. 5e. Tertul. contra Marcion. lib. 4e. Cap. 34e. et lib. de anima Cap. 55. Et dans le ser­vice que vous faites pour les morts, vous faites dire