Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


dimanche 29 avril 2012

Lettre 1 du catholique

                                                                                                    
                                                de la transubstantiation *
Jésus Christ dans la dernière Cène qu'il fit avec ses Apôtres prit du pain et du vin, les leur présenta en disant prenés et mangés, ceci est mon corps, ceci est mon sang : quel est le sens propre et littéral de ces paroles ? n'est ce pas celuy cy ? Ce que je vous présente est mon propre corps, mon propre sang, vos ministres disent que ce n'est que la figure du corps et du sang de J.C.. mais n'est ce pas faire violence à la signification des termes ? J.C. après avoir changé l'eau en vin aux noces de Cana avait présenté à boire aux conviés, en leur disant, beuvès, cecy est du Vin, seroit ce la figure du vin, et non du vin véritable, qu'il auroit présenté ? Un homme, qui auroit le secret de changer le plomb en or, et qui après avoir opéré en présence d'une multi­tude montreroit aux assistans une pièce de plomb, sur laq.le II auroit opéré, en disant tenès, voila une pièce d'or, ne seroit il pas censé dire ? cette pièce qui m'étoit auparavant que de plomb est maintenant de véritable or et ne seroit ce pas le traiter d'Imposteur et d'homme qui abuse des termes, que de dire, prenés garde ce que cet homme appelle or, n'est que la figure de l'or, faites maintenant aux paroles de J.C. l'application de ce que je viens de dire, et vous trouverés, que la comparaison est entière, mais, disent vos ministres, ne donne-t-on pas souvent à la figure le nom de la chose signifiée, et au continent le nom de la chose contenue ? ouy sans doute mais quand ? Lorsque la figure est la représentation de la chose : c'est ainsi qu'on dit, voila le Roy, en montrant son portrait, ou lorsque le commun usage a introduit parmi les hommes certaines manières de parler, et de s'entandre : c'est ainsi qu'en présentant un verre plein de vin, on dit prenès, voyla du vin. mais le pain et le vin ont ils jamais été regardés comme des portraits représentants le corps et le sang d'un homme ; y-a-t il jamais eu dans le monde un langage selon leq.l le pain et vin signifiassent le corps et le sang de l'homme.
mais, ajoutent vos ministres, les Apôtres étoient suffisem.t déterminés à croire, que ce n'etoit là que la figure du corps et du sang de leur divin maî­tre, par l'Impossibilité, qu'il y avoit, que ce fut son véritable corps, son véritable sang, et moy je soutiens, que les Apôtres entandants J.C. ; dire en termes 


[*] Dans notre travail de transcription, nous avons respecté la formulation des phrases, la ponctuation et l'orthographe.

samedi 28 avril 2012


formels et exprès, ceci est mon corps, ceci est mon sang, convaincus d'ailleurs de la toute puissance, ne pouvint sans crime penser que ce ne fut là son véritable corps, son véritable sang, parce qu'ils devoint penser et croire que ce qu'ils ne comprenoint pas, n'etoit pas moins vray, puisque . J.C. dont la puissance surpasse toute Intelligence humaine les en assuroit : et ou en serions nous ? Si nous détournions en des sens figuratifs bien des mystères incompréhensibles et que nous regarderions comme Impossibles, si nous n'avions pour garant la Parole de J.C. nous croyons, ajoutent encore vos ministres, que dans la cène, nous sommes faits participans de la propre subtance du corps et du sang de J.C., que nous en sommes nourris et vivifiés... mais de quelle substance parlent ils ? est-ce d'une substance réele et véritablem.t présente à la Cène ? non, Repondent ils, cette substance ainsi entandue n'est que dans le ciel, et nul­lement présente dans le lieu où nous célébrons la Cène : vous ne mangés donc pas, vous ne Beuvès donc pas veritablem.t et réellement le corps et le sang de J.C. une viande, un sang doivent etre présents pour etre réelem.t et véritablem.t mangé et Beu. Vous ne prenès donc pas les paroles de J.C. dans leur sens propre et literal.                                                                  
pour nous catholiques, nous nous entenons à ce principe généralem.t récu, que dans l'Interpretation des Ecritures il faut s'attacher au sens pro­pre et litéral, à moins d'une raison évidente, qui persuade le contraire. J.C. nous dit expressem.t que ce qui entre ses mains avoit l'apparence du pain et du vin, étoit son corps et son sang ; intimem.t persuadés qu'il est la vérité même Incapable de vouloir nous Induire à erreur, qu'il est de plus tout puissant, capable d'opérer les prodiges les plus Incompréhensibles, nous croyons d'une foy ferme et Inébranlable, que ce qui etoit auparavant pain et vin, est changé par l'efficace de ses paroles en son corps et en son sang, ainsi qu'il nous en assure luy même, en disant, prenés et mangés, ceci est mon corps ceci est mon sang.
Du reste ne croyés pas, que dans ces derniers termes nous soyons les seuls qui donnions aux paroles de J.C. une pareille interprétation. Les differentes Eglizes chrétiennes dispersées dans toutes les parties du monde, quoy- que la pluspart separées depuis bien des siècles de la communion de l'eglize Romaine, conviennent avec elle dans le point, que par les paroles sacra­menteles prononcées par le prêtre, le pain est changé en corps de J.C. et le vin en son sang. C'est la croyance des moldaves, des moscovites, des grecs schismatiq, des arméniens, des syriens, des nestoriens répandus dans la mésopotamie la perse et les Indes, et des Cophtes et par conséquent des Ethiopiens



jeudi 12 avril 2012


dont la croyance est la même, que celle des Cophtes. et ne croyés pas, que ceci soit avancé sans fondem.t nous en avons des attesta­tions authentiques envoyées par les Patriarches et les Synodes de ces diffé­rentes sectes, dont les originaux se conservent dans la Bibliothèque du Roy et dans celle de St Germain des prés. Les Luthériens même, quoy que diffé- rens de nous ont été forcés d'avouer, qu'on ne peut donneç un sens raison­nable aux paroles de J.C., sans reconnoitre, que son Corps et son Sang sont véritablem.t et réelem.t dans l'hostie consacrée.
je vous demande maintenant, comment est il arrivé, que la croyance de la transubstation se soit si généralem.t repandue parmi tant de différentes sectes, d'ailleurs si divisées entre elles, elles ne l'ont certainem.t pas prise de l'églize Romaine, pour laq.le elles ont toujours eu t.m.t de l'éloignem.t
depuis leur séparation ; elles l'avoint donc cette croyance, avant que de s'en etre separées, c'est à dire depuis plus de treze siecles, car plusieurs d'entre elles sont depuis le tems séparées d'avec nous : elles l'avoint donc appris de peres des premiers siècles, c'est aussi ce que nous trouvons claire­ment exprimé dans leurs Ecrits, et en particulier dans ceux de St optât de milene, de St Chrisostome, de St Grégoire de nysse, de St. Ambroise, de St Jean Damascene, de St Ignace martyr, de St Justin martyr, Je n'ay garde de transcrire Icy leurs paroles. Voyey celles de St Cyrille eveque de Jérusa­lem dans ses catacheses, livre compose pour apprendre aux néophites la commune doctrine de l'eglize. Voyey comme il l'exprime puisque J.C. à déclaré, en parlant du pain, que c'etoit son corps, qui osera le revoquer en doute ? et puis qu'il assure, que c'est son sang, qui en pourra douter ? Il changea autre fois l'eau en vin à Cana par sa seule volonté ; et II ne méri­tera pas d'etre cru, quand il change le vin en sang... Scachés et tenès pour certain, continue le Père, que ce qui nous paroit du pain, n'est pas du pain, mais le corps de J.C., et ce qui paroit du vin, n'est pas du vin, mais le sang de J.C.. ce que ce grand Saint disoit aux fidèles du Cinquième Siecle, nous vous le disons, Scachés et tenès pour certain, que le pain et le vin sont chan­gés au corps et sang de J.C. et nous le disons, en vous prouvant d'un manière Invincible qu'on ne peut penser autrem.t sans abandonner un dogme expressem.t revele, et generalem.t cru dans tous les siecles de l'eglize.

mercredi 11 avril 2012


des Images
pour Justifier pleinement l'usage des Images, tel qu'il est parmi nous, Il suffit d'expliquer notre doctrine sur ce point, non telle qu'elle est exposée par vos ministres, mais telle, qu'elles est en effet en permettant l'usage des Images, que faisons, que prétendons nous, quel culte leur rendons nous ? nous faisons des figures, et des statues, qui représentent J.C. la Ste vierge les Saints, qui s'est jamais Avisé de Blasmer une personne, qui à voulu avoir les portraits de son Père, de son bienfacteur, des hommes illustres de sa famille ? en plaçant ces Stes Images dans nos eglizes et dans nos mai­sons, nous prétendons nous exciter à la confiance ; à la reconnoissance à la pratique des vertus, dont n.re divin sauveur nous à donné l'exemple, et que les saints ont pratiquées a peu près comme dans le monde on se sert des portraits des grands hommes, pour exciter leurs descendants à les Imiter, nous rendons aux Stes Images un culte religieux, mais quel est ce culte ? un culte relatif à l'original, et nullem.t à l'Image materiele nous adorons la croix, c'est à dire J.C. qui y à été attaché et nullem.t le Bois, auq.l J.C. à été attaché, nous honnorons l'Image de la Ste vierge ou de quelques Saints, nous prions, nous nous prosternons devant elle mais à qui s'adressent ces honneurs, ces genuflexions ces prieres ? est ce à la toile ? à la pierre de l'Image ? nullem.t mais à la vierge, ou au Saint, qui y est représenté... au Reste nous mettons une différence essentielle entre le culte relatif, que nous rendons aux Images de J.C. et celuy que nous rendons aux Images de la Vierge et des Saints. Le culte relatif que nous rendons aux Images de J.C. est un culte d'adoration proprem.t dite, tel, que mérité en seul l'etre souverain et Indépendant. Le culte relatif, que nous rendons aux Images de la vierge et des Saints est un culte d'un Religieux Respect, tel que meritent des creatures amies de Dieu et puissantes auprès de Luy et ce respect Reli­gieux ; dont nous honnorons les Saints se rapporte à Dieu, comme à son dernier terme, parce que nous les honnorons de la sorte, que parce qu'ils sont amis de Dieu a peu près comme les honneurs, que l'on Rend au minis­tre d'un prince se rapporte au Prince, parce que c'est en considération du prince, qu'on honnore le ministre... Je vous demande maintenant qu'y à-t- il de reprehensible dans un culte tel que je viens de l'expliquer. 

mardi 10 avril 2012


2.de.f.
mais, dira-t-on, le Sgr à détfendu toute Image, toute statue mais à qui l'a-t- il détfendu ? n'est ce pas aux Juifs ? et tout ce qui est detfendu aux Juifs, l'est-il aux chrétiens ? Il étoit detfendu aux Juifs de manger de certaines viandes ; croyès vous, que cette defense vous regarde, et faire mal en en mangeant ? Les Juifs etoient un peuple grossier furieusem.t enclin à l'Ido­lâtrie, les statues, les Images auroint etè pour eux des pierres d'achope- ment : les chrétiens au contraire detestent les Idoles : ainsi la loy nécessaire aux uns, pour arreter l'Idolâtrie, seroit Inutile aux autres, et meme préjudi­ciable, elle les priveroit des grands avantages qu'ils retirent des Saintes représentions, qu'on leur met sous les yeux.
on nous oppose le Concile de francfort tenu sous charlemaigne, ou le culte des Images fut condamné comme Idolatrique ; mais qui ne scait, que cette condamnation ne tomba que sur un culte absolu et d'adoration, qu'on s'etoit faussem.t persuadé avoir été approuvé dans un Concile nouvellem.t tenu en orient, et nullm.t sur un culte relatif, tel, que je l'ay expliqué, aussi dès que les françois et les Allemans furent exactem.t Instruits de ce qui en etoit, ils ne tardèrent pas à convenir que le culte des Images ainsi entandu n'avoit rien que de Bon et de louable. J'ajoute que le culte a été dans tous les tems en usage parmi les chretiens. Je pourrois porter en preuves un grand nombre de passages des anciens Peres. Je me contente du témoi­gnage de St Basile, qui dans une profession de foy adressée à Julien l'Apos­tat parle ainsi : je reçois les Saints Apôtres, les prophetes, et les martyrs, je les Invoque, atfin, qu'ils prient pour moy, et que par leur entemise dieu me soit propice : c'est pour cela, que J'honnore et venere leurs Images ; veu principalem.t que ces choses nous ont été ordonnées par la tradition des Apôtres et que bien loin d'etre defendues, elles paroissent dans nos Eglizes que nous soyons regardés comme des Idolâtres, ou comme des superstieux par un peuple grossier et Ignorant, à qui des ministres peu sinceres, ou mal Instruits ont donné des Idées les plus fausses et les plus révoltantes sur le culte, que nous rendons aux Images, Je n'en suis pas surpris ; mais que vous, qui avès été autrefois parmi nous, et qui deuviés savoir, quels sont nos sentimens ; quels sont nos Usages, ayès sur ce point Besoin d'eclair- cissement, c'est ce qui me passe : mais peut etre ne les avès vous jamais bien sus, ou les avès vous oubliés. Si cela est, maintenant que vous etes plei- nemt Instruit, rendès nous Justice et que cet article, non plus, que les autres n'empeche pas vre retour


lundi 9 avril 2012


Du Purgatoire
nous croyons, qu'il y à un pargatoire, c'est à dire un lieu différent du para­dis et de l'enfer, lieu, ou sont envoyées et detenues les Ames des fideles tres- passés, pour achever de satisfaire à la justice divine, à laq.le elles n'ont pas pleinem.t satisfait en ce monde, nous le croyons pourquoy ? parce que telle à été toujours la croyance des chrétiens, on à dans tous les tems prié pour le soulagement des fidèles trespassés : on à donc cru, que Parmi ces morts, il y en avoit qui n'etoint ni dans le paradis, ni dans l'enfer, car on n'Ignoroit pas que ni les Saints dans le paradis, ni les reprouvés dans l'enfer n'ont nul secours à attendre des vivants, ni nul Besoin de leurs prieres, on à donc cru, qu'outre les Saints dans le ciel, et les reprouvés dans l'enfer, il y en avoit d'autres, qui n'etoint ni dans le paradis, ni dans l'enfer, et ou etoint ils ? dans un troisième lieu, que nous appelions le purgatoire. [*] tt aussi vos ministres ne remettent la prière pour les morts, que parce qu'ils voyent que s'ils l'admettoint il leur faudroit necessairem.t admettre le purgatoire : ainsi prouver qu'on à toujours prié pour les morts c'est prouver qu'on à toujours cru le purgatoire Mais est il bien certain, qu'on à toujours prié pour les morts ? Les Pères des premiers siecles nous l'assurent, et votre cal- vin nous dispense de citer leurs passages : Il avoue dans le 3e.livres de les Institutions, chap. 5e que telle à été la pratique des chrétiens depuis treze siècles, mais il prétend, que c'étoit un usage Inutile et superstitieux ; mais une telle prétention n'est elle pas injurieuse a tant de grands hommes, qui observoint un tel usage, à tant d'eglizes qui ne prioint pour les morts, que parce que le prières avoint été établies par ceux, qui avoint vécu, ou avec les Apotres, ou avec leurs disciples : n'est ce pas faire Injure à J.C. luy meme ; qui après avoir promis, qu'il seroit tous les jours avec son eglize jusqu'à la consommation des siecles, l'auroit laissée pendent treze siècles et meme au delà dans une pratique non seulem.nt Inutile, mais meme superstitieuse, oui, m.r. l'usage de prier pour les morts non seulm.t n'est pas une prati­que Inutile et superstitieuse, mais c'est etre heretique, de pretendre qu'elle n'est ni utile, ni pieuse en voyey la preuve : St Epiphane, St Aug.n, St Jean damascene, St Isidore de Seville ont dressé chacun separem.t et en divers tems le catalogue des heresies qui s'étoint elevées depuis le commencem.t du chrisme. Ils se sont tous accordés à placer Aerius parmi les heresiar- ques : le premier article, qu'ils lui reprochent, comme celuy, qui le Rendoit plus coupable, est d'avoir enseigné, qu'il ne faut pas prier, ni otfrir le sacri­fice pour les morts, vos ministres pensent, comme Aerius traité d'heretique par des Irréprochables témoins de la Foy de toutes les eglizes ; nous pen­sons comme les Eglizes de tous les tems Jugés vous meme de quel coté est la vérité, et de quel coté vous devez vous tourner


[*] A partir de cet endroit le texte comporte de nombreuses ratures.

dimanche 8 avril 2012


mais, dira-t-on, ne doit rien admettre en matière de foy, que ce qui est expressém.t marqué dans les Stes Ecritures. Je répons n premierem.t que vos ministres ne s'en tiennent pas toujours à ce principe. Ils croyent bien des choses qui ne peuvent etre crues, que par la tradition, d'où ont Ils appris, que les divers livres, qu'ils regardent comme canoniques, le sont veritablem.t, n'est ce pas de la tradition. Ils croyent la virginité perpetuelle de la mere de Dieu, l'obligation d'obser­ver le dimanche au lieu du Samedi : en est il fait mention dans les écritu­res ? je répons en 2e lieu, que nous trouvons dans les ecritures, ou Appuyer notre foy sur le purgatoire. Vous savèsle fameux passage du 2e. livres des machabées : c'est une pensée sainte et salutaire, y est Ildit, de prier pour les morts, atfin qu'ils soint délivrés de leur péchés, nous lisons dans la pre- miere epitre aux Corinthiens, que ceux, qui après avoir établi J.C. pour fondement, bâtissent sur le fondem.t avec du bois de la paille, et du chaume, seront au Jour du Seig. r sauvés, mais comme par le feu. nous pré­tendons ; qu'il s'agit dans ce passage de ceux, qui dans ce monde se seront rendus coupables de divers péchés, mais non mortels, puisque, nonobstant les péchés Ils seront sauvés ; ceux la, dis je, auront besoin d'etre purifiés par le feu, et quest ce, que ce feu, que les peines du purgatoire, nous lisons encore dans l'apocalipse, que rien de souillé n'entrera dans le Royaume du Ciel. Il n'est pourtant pas possible, qu'un grand nombre de Justes, exempts à la vérité de tout péché mo (...) [1] ne sortent de ce monde coupables de bien de péchés, puisqu'il est dit, que le juste peche sept fois par jour : ces péchés veniels n'exclurront pas pour toujours du Royaume du ciel les justes, qui meurent, sans s'en etre purifiés, et ou, et comment s'en purifieront ils, n'est ce pas dans le purgatoire par les peines temporelles, qu'ils y auront a souffrir Je n'Ignore pas que vos ministres ne reçoivent pas comme canoni­que, le 2e livre des machabées : pour nous, nous le regardons comme tel, fondés sur l'authorité de St. Aug.n qui dans le 18e livre de la Cité de Dieu dit, que quoyque les livres des machabees ne soint pas reçus pour canoni­ques par les Juifs, Ils le sont par l'eglize chrétiene. nous avons encore pour nous le 3e Concile de Carthage composé d'un grand nombre d'eveques tenu en 394. nous avons encore le témoignage d'Innocent Ier, qui écrivant à exupere eveque de Toulouse met dans le catalogue des livres canoniques les deux livres des machabees. nous avons encore le témoignage des eglizes d'armenie et des grecs, dont les patriarches écrivants à l'Ambassadeur de france à constantinople assurent que telle est la croyance de leurs eglizes




[1] Le manuscrit est légèrement déchiré à cet endroit.

samedi 7 avril 2012


je n'Ignore pas non plus, que vos ministres donnent aux passages cites des explications différentes des nôtres, mais nous avons la consolation de les entandre, comme les ont entendus les Peres et les docteurs des premiers tems, qui n'ont pratiqué et recommandé aux fideles la priere pour le soula­gement des morts, que parce qu'ils trouvoint dans les ecritures, que plu­sieurs d'entre eux etoint detenus dans un lieu de souffrance, et qu'ils avoint besoin de prières des vivans.
Jugés maintenant, mons.r ; si vos ministres ont raison de nous Insulter, sur ce que nous pensons du purgatoire. Si nous étions d'humuer à user de represailles, ne pourrions nous pas leur dire, en pensant, comme vous faites du purgatoire, vous pensés comme Aerius qui dans les anciens Catalogues des heresies tient un des premiers Rangs Parmi les heresiarques
    
                                           De la Confession.
nous regardons la confession des péchés mortels soit publics, soit secrets, faite à un Pretre, comme étant d'Institution divine, et nécessaire pour en obtenir le pardon.
nous trouvons ce dogme, pris dans toutes Ses parties, dans les paroles de J.C. à es Apotres, et en leur persone, à ceux qui devoint leur succeder dans le sacerdoce : les voycy ces paroles. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrés, et retenus à ceux, à qui vous les retiendrés. J.C. parlant ainsi. 1°. ne donne-t-il pas aux Apotres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre aux Uns ; et de ne pas remettres aux Autres leurs péchés, quels qu'ils soint, publics ou secrets car les paroles de J.C. tombent egalem.t sur les uns, et sur les autres. 2e ne pretend-Il pas que ce pouvoir soit exercé avec sagesse et discrétion ? 3e. Ce pouvoir peut II etre bien exercé ? Si les minis­tres, qui en sont chargés, ne connoissent pas sutfisemment le veritable état de ceux, qu'ils doivent, ou ne doivent pas absoudre. 5e. Ces ministres en peuvent Ils etre suffisem.t Instruits, si le Pecheur luy meme ne leur declare tous les péchés mortels, dont il s'est rendu coupable : de meme qu'un malade est souvent obligé de découvrir au medecin ses maladies secretes, s'il veut etre guéri. 6e. J.C. ayant dit, que les peches seront retenus, ou ce qui est le meme, ne seront pas remis à ceux, à qui les ministres les retien­dront, ou ne les remettrons pas ; les coupables ne demeureront Ils pas char­gés de leurs péchés, tandis qu'ils n'en auront pas obtenu la remission d'un ministre de l'eglize. parmi ces six points ainsi analizés en est Il un seul, qui ne soit evidem.t renfermé dans les paroles de J.C. et ces six points pris ensemble ne renferment Ils pas la confession des péchés mortels, soit publics, soit secrets, faite à un ministre de J.C., comme étant d'Institution divine et nécessaire pour obtenir la remission des péchés commis,

vendredi 6 avril 2012


vos ministres se glorifient de n'avoir d'autre Règle de leur foy que la pure parole de Dieu, telle, qu'elle se trouve dans les Stes ecritures : la confes­sion, telle, qu'elle est en usage parmi n'est-elle pas évidemment contenue dans les paroles de J.C. Interpretées dans le sens, qu'elles présentent natu- rellem.t à tout homme capable de réfléchir ? Ils les interpretent autrem.t mais leur Interprétation s'accorde-t-elle Bien avec la veritable signification des termes, dont J.C. s'est servi ! S'accorde-t-elle avec celle des plus sca- vants homme de l'eglize de J.C. Ces grands genies, voysins du tems, ou les Apotres ont vécu, scavoint sans doute Bien mieux, que vos ministres venus dans ces derniers tems, qu'elle est la veritable Intelligence des ecritures : consultons en quelsques uns. St Basile nous dira, qu'il est nécessaire de confesser ses péchés à ceux qui sont chargés de dispenser les Sts mysteres. St Augustin dans sa 49 homelie nous parlera en ces termes : que personne ne dise [1]
n'est-ce pas la, mons-r, le sens literal et naturel des paroles de J.C. Leur en donner une autre, n'est ce pas leur faire violence, et s'ecarter de leur verita­ble signification ? Ecoutés St Augustin, rien de plus fort et de plus Instructif, que ce qu'il dit de ces fausses Interprétations dans sa 49e homelie. que persone ne dise, ce sont ses propres paroles, que personne ne dise : je fais penitence en secret ; Dieu le scait, de qui j'attends le pardon : cela ne suffit-Il pas. mais, Répond ce St docteur, s'il en est ainsi, ne faudroit II pas dire, que c'est sans raison, que J.C. à dit. tout ce que vous délierés sur la terre sera délié dans le ciel ? C'est donc en vain que les clefs ont été données à l'églize : nous frustrons donc l'evangile, nous rendons vaines les paroles de J.C. pouvons nous vous promettre, ce qu'il a déclaré ne vouloir pas vous accorder, et II ajoute dans l'homelie suivante, que celuy qui à la cons­cience chargée de péchés mortels, n'à point de salut à esperer, s'il n'à Recours aux clefs de l'eglize. Vous venès, mons.r, de l'entandre de la Bou­che du plus Saint et plus scavant eveque du 4e siecle dire aux pecheurs, Il vous suffit de faire penitence en secret, et de voirs confesser à Dieu seul, ne vous embarrassés pas d'aller trouver un ministre de l'eglize, et de Luy declarer vos Péchés, pour en obtenir ou la Remission, ou le Refus de l'absolution, selon qu'il le Jugera à propos tout cela n'est point nécessaire, parler de la sorte, dis ce grand docteur, c'est ne donner aucun sens raison­nable à ces paroles de J.C. : tout ce que vous delierès sur la terre sera


[1] Le texte manuscrit (à partir de « vos ministres se glorifient de n'avoir d'autre règle...» jusqu'à « ...que personne ne dise ».) est raturé de trois grandes barres verticales. Le texte du Sgr de Grandbois cor­respond donc certainement à son brouillon personnel.

jeudi 5 avril 2012


délié dans le ciel : c'est anéantir le pouvoir des clefs donné par J.C. à son églize ; c'est meconnoitre les promesses contenues dans l'evangile : c'est ne rien trouver de solide dans les paroles de J.C. : c'est prétendre obtenir le par­don de ses péchés, sans employer le moyen sans leq.l II a déclaré, qu'il ne l'accorderoit pas ; c'est enfin rendre son salut impossible ; n'y à-t-il pas la de quoy faire trembler ceux, qui tiennent un tel langage ; et qui y confor­ment leur conduite.
que d'autres Peres ne pourrois je pas citer, qui tous attestent la nécessité de la confession des péchés publics et secrets faite à un ministre de l'eglize ! mais une lettre ne scauroit comporter un si long détail : et par la meme rai­son je me vois obligé de supprimer les réponses solides, que nous faisons aux difficultés, que vos ministres nous opposent. J'en ay assés dit, si exempt de préjugés et de passion, et éclairé des lumières du St esprit, que vous aurès eu soin d'obtenir par la priere, vous reflechissés serieusem.t sur les eclaircissemens, que je viens de vous donner : mais si vous vous Livrés à de faux préjugés, si vous écoutés quelque passion, qui vous plait, si vous négligés de vous procurer le secours de la grâce, sans laq.le nous ne pou­vons rien, et que, selon le cours ordinaire de la providence, nous n'obte­nons, que par la priere, un grand volume plein des plus solides et les plus persuasives raisons ne reussiroit pas à vous convaincre, fasse le ciel, qu'après avoir lu cette lettre, vous ne soyés occupé que des mesures, qu'il faudra prendre pour revenir à nous.

mercredi 4 avril 2012

1ère lettre du protestant


Ce 7e Janv.r 1754 [*]
Mon très cher frere
J'ai reçu avec bien du plaisir vôtre lettre du 20e.Xbre Je vous suis infini­ment obligé des vœux que vous faites en ma faveur, j'en fais de très sincè­res pour vôtre conservation, priant le Seigneur de vous combler de ses bénédictions temporelles et spirituelles. Je ne suis pas moins sensible à vôtre attention pour me tirer de l'erreur où vous dites que je suis, vous sou­haités que je fasse pour cet effet usage de mes lumières, et que j'examine la force de vos raisons ; je me flatte que vous voudrès bien aussi faire quelqu'attention à mes réponses, et me rendre justice, si vous trouvés qu'elles soient de quelque poids. Vous avés raison, Mon très cher frere, de dire que nous prenons dans un sens figuré ces paroles de J.C. Ceci est mon corps ; Ceci est mon sang. Ce qui nous engage de les entendre ainsi ; c'est la manière dont J.C. institua la Ste Céne, et le but qu'il se proposa en insti­tuant ce sacrement. Si vous lisés son institution dans le 14e Chap. de l'Evang. selon St Marc, vous observerés que J.C. après avoir célébré avec ses Disciples la Paque judaïque, et voulant substituer le sacrement de la Ste Cène à cette ancienne céremonie ; prit du pain et le rompit ; et au lieu de dire, comme les Juifs ; c'est ici le pain de misère que nos Peres ont mangé en Egypte (ce qui ne pouvoit s'entendre que dans un sens figuré) il dit ; Ceci est mon corps, dans le même sens que le pain de la Paque étoit le pain d'amertume que les anciens Juifs avoient mangé en Egypte, et que le vin représentoit le sang de l'agneau qui avoit été égorgé ; de sorte que J.C. en instituant la Ste Cène, pour être substituée à la Paque Judaïque, qu'il venoit de célébrer avec ses Disciples ; c'est comme s'il eut dit ; ce pain qui jusques ici a été rompu pour représenter et être un mémorial du pain de misère que nos Peres ont mangé en Egypte, sera rompu à l'avenir pour représenter mon corps, et être un mémorial de la mort douloureuse à laquelle je vai être exposé pour les péchés des hommes : et ce vin qui repré­sentoit auparavant le sang de l'agneau, dont nos Peres avoient arrosé en Egypte les seuils de leurs portes, pour être garantis de la main de l'ange des­tructeur ; ce vin, dis-je, représentera à l'avenir, et sera un mémorial de mon sang qui sera répandu en remission des péchés et pour délivrer les hommes de l'Empire du Démon ce destructeur et cet ennemi du genre humain.


[*] Changement d'écriture : réponse du protestant.

mardi 3 avril 2012

Que ce soit là le sens des paroles de J.C. on n'en sauroit douter, si l'on veut bien faire attention à ce que ce divin sauveur dit à ses Disciples, lorsqu'après avoir donné la coupe, et par conséquent après la consécration, il ajouta je vous dis en vérité que je ne boirai plus de ce fruit de la vigne &C. Evang. selon St Marc chap. 14.V.25. or le fruit de la vigne c'est du vin et non du sang. Je vous prie aussi, Mon très cher frère, de lire avec quelqu'attention les versets 22 et suivants de l'onzième chap. de la lre Epitre de St Paul aux Cor. où cet apôtre raporte l'institution de la Ste Cène, et vous verrés qu'il appelle constamment pain, ce que vous dites être le corps de J.C. faites sur tout attention à ce verset Toutes les fois que vous mangerés de ce pain et que vous boirés de cette coupe, vous annoncerés la mort du Seigneur, jusqu 'à ce qu'il vienne. Paroles qui détruisent en même tems et la transubs- tantiation et la présence réelle. Les apôtres donc pouvoient non seulement penser sans crime ; mais ils devoient encore prendre dans un sens figuré les paroles de J.C. quoiqu'il leur dit en termes formels, ceci est mon corps, ceci est mon sang accoutumés qu'ils étoient à entendre parler leur divin Maitre par similitudes et par figures, il ne furent pas plus surpris de lui entendre dire ; ceci est mon corps, ceci est mon sang ; que lorsqu'il leur disoit ; je suis le vrai sep, je suis le chemin &C. cette manière de parler fort ordinaire aux orientaux.
Vous me permettrés, Mon très cher frere, de vous dire que la comparaison du miracle que J.C. opéra aux nôces de Cana, avec le changement qui se fait, selon vous, dans l'Eucharistie, n'est pas juste. J.C. en changeant l'eau en vin donna à ce dernier les propriétés et la substance qui lui sont propres, et ne laissa subsister dans l'eau aucun accident qui pût donner lieu de dire, que ce n'étoit que du vin en figure ; au lieu que dans l'Eucharistie vous voulés bien que la substance du pain et du vin soit changée ; mais vous lais­sés subsister les propriétés ou les accidents du pain et du vin, ce qui est impossible. Voici ce que pensoient sur ce sujet Irenée et St Augustin ; L'existance des accidents sans sujet, disent ces Peres, est impossible, la nature ne le souffre point, c'est une chose monstrueuse et tout à fait con­traire à la vérité. Cette séparation, ajoutent-ils, se peut bien faire par la pensée, mais non réellement ; en telle sorte que l'accident subsiste seul : l'accident et son sujet n 'étant au fond qu'une même chose. Irenée Livre 2. Augustin Epit. 37. Je vous laisse à penser si ces Peres de l'Eglise croioient le dogme de la transubstantiation ; et s'il étoit reçu de leur tems. Ceci me con­duit, Mon très cher frere, à répondre aux passages des Peres de l'Eglise





lundi 2 avril 2012

sur lesquels vous vous appuyés pour justifier le dogme de la transubstantiation. J'avous que les Peres de l'Eglise, pour animer le zèle et la dévotion des com- munians ont quelque fois employé dans leurs discours certains termes hyperboliques, dont les fauteurs de la transubstantiation peuvent abuser ; mais outre qu'ils parloient à des chrétiens accoutumés à cette sorte d'expressions, et instruits de la nature de cet auguste sacrement ; ils avoient outre cela soin d'expliquer leurs idées par d'autres passages clairs et for­mels. Par exemple, s.t Cirille que vous me cités, déclare dans sa 14e. Catachèse sur s.t. Jean Homilies 71.74.75. Que quant à la nature de sa divinité J. C. n 'est pas absent de nous ; mais qu 'il est absent selon la dispensation du corps qu 'il a prix : qu 'il ne faut pas le chercher sur la terre, mais au Ciel où il faut élever nôtre foi. Origene sur s.t. Mathieu, et s.t Augustin de verbo Domini sermon 60e s'expliquent de la même manière. J'ajouterai ici quelques autres authorités de ces premiers Peres de l'Eglise pour appuyer nôtre sentiment. Le sacrement, dit St Augustin Epit. 23. ad Bonif. est le corps de Christ en quelque manière. Le Seigneur, dit-il encore, n'a point fait difficulté de dire, ceci est mon corps, quand il donnoit le signe de son corps, aug. contre asim. chap. 12.
Facundus Evêque Africain qui ecrivoit vers le milieu du 6e. siècle, disoit
Nous appelions le sacrement le corps et le sang de J. C. non que le pain soit proprement son corps, et le calice son sang ; mais parce qu'ils en contien­nent le mystere.
Facund. Lib. 9e. Capite ultimo.
Tertullien écrivant contre Marcion hérétique qui admettait deux principes, dit J.C. aiant pris le pain, il le fit son corps, en disant, ceci est mon corps, c'est à dire, ajoute-t-il, la figure de mon corps. Je pourrois, Mon très cher frere, vous raporter un plus grand nombre d'authorités des Peres de l'Eglise ; mais je m'en tiens à celles là, que vous pourrés consulter, si vous le jugés à propos. Je pourrais aussi me dispenser de répondre à ce que vous me dites des schismatiques qui quoique séparés de l'Eglise Rom. dites vous, du moins plusieurs d'entr'eux depuis plus de 13 siècles, on toûjours cru le dogme de ia transubstantiation, doctrine qu'ils ne pouvoient avoir aprise que des premiers Peres de l'Eglise! Il faudroit être bien ignorant dans l'his­toire Ecclésiastique, pour ne pas savoir que les schismatiques qui se sont séparés de l'Eglise Romaine avant le 8e siècle ne croioient ni la présence réelle, ni la transubstantiation. Je me




dimanche 1 avril 2012



contenterai de raporter la décision d'un Concile de Constantinople de l'an 754 où se trouvèrent 338 Evêques. Les Peres de ce Concile décidèrent donc que ce qui est offert au sacrement est la substance du pain et du vin; que ce pain est l'image de la chair natu­relle du sauveur, et que c'est un type et une commémoration de sa passion ; que Dieu n 'a point voulu choisir d'autre type, ni rien qui eut la figure d'un homme, pour ne donner aucune occasion à l'idolâtrie voila un Concile d'Evêques schismatiques qui ne croient point le Dogme de la transubstan­tiation, et comment l'auroient-ils cru, puisqu'il n'étoit pas même connu de l'Eglise Romaine. Ce ne fut que 33 ans après dans le Second Concile de Nicée, tenu contre les Iconoclastes, que les Peres de ce Concile avancèrent pour la première fois que l'Eucharistie n'étoit pas l'image de la chair de J.C. mais son propre corps et son propre sang. Ce qui donne lieu à Pas- chase Raben Moine de Corbie de faire quelques années après un Traité du Corps et du sang du Seigneur, ce qui lui attira à dos presque tous les Ecri­vains du 9e siècle, avouant lui même que son sentiment avoit trouvé de grandes oppositions, et dans les siècles suivants il y a toûjours eu des Doc­teurs qui l'ont combattu. Voilà donc l'Epoque du dogne de la transubstan­tiation, c'est à dire qu'il a environ 900 ans. Ne croiés pas, Mon très cher frere, que je vous en impose, le Cardinal Bellarmin et le Jesuite Sirmond assurent que Paschase a été le premier qui ait expliqué le véritable senti­ment de l'Eglise Catholique, et qui ait ouvert le chemin aux autres. Si ce Dogme avoit été toûjours cru dans l'Eglise tant des Peres éclairés et zélés des huit premiers siècles auroient-ils laissé à Paschase la gloire de l'expli­quer, et Paschase auroit-il trouvé de si grandes oppositions pour le faire recevoir ?                                                                                                                                                                                               Je borne ici, Mon très cher frère, mes réponses, et je finis par cette explica­tion que St Augustin donne des paroles sacramentales, et que vous trouve- rés dans le brevieraire in festo corporis christi, les voici mot à mot                                                Qui manducat meam carmen, et bibit meum sanguinem, in me manet et eguin eo. Hoc est enim manducare illam escam, et ilium bibere potum, in christo manere, et ilium manentem in se habere. Ac per hoc qui mon manet in christo, et in quo non manet Christus, procul dubio non manducat spiri- tualiter ejus carnem, nec bibit ejus sanguinem, licet carnaliter et visibiliter premat dentibas sacramenta corporis et sanguinis christi &C. vous pourrés remarquer qu'il s'agit dans la Ste Cène d'une manducation spirituelle de la chair de J.C. et qu'on ne mâche que les symboles du corps et du sang de Jésus Christ, ce qui est nôtre sentiment. Je vous prie, Mon très Cher frere, de prendre en bonne part tout ce que je viens de vous écrire, vous me ferés même un grand plaisir de continuer à m'écrire soit (...)

samedi 31 mars 2012

2ème lettre du catholique


Vous ([1]) ne trouverés dans cette lettre, que quelques courtes Reflexions sur les faibles réponses, que vous faites aux solides raisons, que.Je vous avois proposées. Je vois Bien, et Je le.Vois pénétré de la plus Vive douleur, que dans les dispositions d'esprit et de Cœur, ou Vous paroissés etre ; Je ne Vous ramenerai pas, mais j'ay craint, que si Je gardois le silence ; vous ne crussiés, que Je n'avois rien à Répondre. Commençons en suivant de Point en Point votre lettre
le. Les absurdités et les contradictions, que Vous nous attribués sont autant de fausses Imputations, nous ne disons pas que J.C. assis à table étoit Un, et n'étoit pas Un, qu'il etoit tout à la fois Vivant et mort, crucifié, avant qu'il le fut, que nous le recevons tel qu'il fut surla Croix, c'est à-dire rompu et déchiré, et qu'enfin II se mangea, ou du moins qu'il pouvoit se manger luy meme : nous disons rien de tout cela : mais voyez ce que nous disons : que par l'opération toute puissante du St esprit. Le meme corps, qui etoit assis dans le cenacle, etoit caché sous les apparences du Pain et du Vin Consacrés, que le meme corps, qui était Vivant dans le Cenacle ; etoit aussi Vivant mais caché sous les apparences du pain et du Vin, et qu'il n'y etoit point sous la forme et la realité d'un Corps Rompu et déchiré : nous disons enfin, que J.C. ne se mangea point, et qu'il n'avoit gardé de se man­ger, parce qu'il n'Instituait ce Sacrem.t que pour Servir de nourriture à ses disciples, non à luy meme
2e vous avés beau tourner et Retourner sur les ceremonies de la Pasque Judaique II Reste toujours, que J.C. en donnant à ses Apôtres le pain et le vin consacrés a dit Cecy est mon corps Cecy est mon Sang ; que le sens pro­pre et literal de ces paroles est ; que ce que J.C. donnoit à ses Apôtres etoit son veritable Corps, son veritable Sang, et qu'il n'est pas permis de s'écar­ter du sens literal, sans une raison



[1] Réponse du catholique. Il s'agit de la dernière lettre de sa main dont nous disposons. La suite de la correspondance ne nous présentera plus que les textes du frère protestant.

vendredi 30 mars 2012



certaine et évidente raison, que vous n'avés certainement pas.
3e. St mathieu, St marc, et St Luc s'accordent à dire, que J.C. ne dit qu'une fois, je ne boirai plus du fruit de la vigne; Les deux premiers n'ayant pas jugé à propos de parler du Repas Judaïque ont par Une transposition nul- lemt blamable rapporté les paroles de J.C. après le repas Eucharistique ; et Ils ne pouvoient faire autrem.t, ne voulant point parler du Repas Judaïque, mais St Luc faisant mention de ce double repas à placé les paroles après le repas, après leq.l elles avoint été prononcées : et si elles ne l'avoint pas été alors, ne seroit ce pas une fausseté, que cet évangeliste avanceroit. 4e nous convenons, que le Corps de J.C., quoyque reelm.t contenu sous les apparences du pain et du vin n'est plus sur la terre tel qu'il y Etoit avant la passsion, c'est à dire visible et sous sa forme naturelle ; et qu'il reviendra sous cette forme qu'à la fin des siècles. Cela n'empeche pas ; qu'il ne Soit parmi nous caché sous les apparences du Pain et du Vin, ainsi qu'il nous assure luy en termes formels en disant cecy et mon corps, faites cecy en memoire de moy.
5e Je vous deja dit, que les absurdités, et les contractions, que vous attri­bués à ceux qui croyent la transubstantiation, sont autant de fausses Impu­tations : rendés leur Justice ; et vous trouverés, que le mystère, qu'ils croyent, est comme celuy de la trinité, audessus de tout entendem.t humain, mais nullem.t opposé à n.re raison
6e C'est aller contre la vérité connue et constatée par les actes les plus authentiques dont Je Vous ay parlé dans ma premiere lettre, que de nier que les diverses Eglizes grecques, Arménienes, Egyptienes, Ethyopienes croyent la transubstantion : et II ne sert de dire, que parmi les diverses sectes, les Unes sont nestorienes, les autres Eutychienes, car II n'y en a gue- res d'autres au moins considérables. Il est toujours Vray de dire, que les unes et les autres croyent, qu'en vertu des Paroles sacramentelles, le pain est changé au Corps de n.re Sgr, tel qu'ils le croyent ainsi vous qui le croyés, tel que nous le luy attribuons, 

jeudi 29 mars 2012


vous devriés croire, qu'en Vertu des Paroles sacramentelles le Pain est changé au Véritable corps de J.C. Je n'ay garde de vous suivie dans les longs raisonnem.ts et ce tas de citations, dont vous chargés la 4e page de v.re lettre, qui en Vérité n'aboutissent à rien et auxq.les Je me contente d'opposer les actes Authentiques des Conciles et des patriarches, qui attestent, que la transubstation a été et est encore la foy de leurs Eglizes, et Anathematizent ceux, qui croyent le contraire. Je ne scais pas pourquoy vous revenés encore à soutenir qu'avant le 9e siecle ; nulle eglize ne croyoit la transubstation ; Vous n'avés donc pas lu ce que je vous marquois dans ma derniere lettre au sujet de Pascahe. 7e vous finissés v.re lettre par un tas de Citations tirées des liturgies et des écrits des SS. Peres. quel vaste champ n'aurois Je pas, Si je voulois me ser­vir contre vous des memes moyens, pour un passage, que vous croyés vous etre favorable, J'en aurois vingt à vous opposer, et Je n'aurois nulle peine à Répondre aux vôtres, mais à quoy aboutiroit ce travail. Livré à Vre sens particulier, et à Une aveugle prévention, vous leur donneriès une Interpré­tation arbitraire. Les nestoriens, les Eutychiens, les Ariens, les Sociniens, les lutheriens ne manquent pas de Passages pour appuyer leurs erreurs et de spécieuses réponses, pour eluder la force de ceux, qu'on leur oppose, tant II est vray, qu'il faut necessairem.t pour fixer la foy, qu'il y ayt un Juge, qui puisse Infalliblem.t prononcer sur le vray sens des textes des ecritures et quel est ce Juge Infaillible peut II y en avoir d'autre ; que l'eglize Romaine ; que vous avés abbandonné, mais qui ne laisse pas d'etre tou­jours celle ; à qui J.C à dit, je suis avec vous jusqu'à la consommation des siecles : qui vous écouté m'ecoute ; et qui vous méprise, me méprise.

mercredi 28 mars 2012


a Monsieur. Monsieur de Grandbois Conseiller du Roy au Présidial et séné­chal. A clermont Ferrant en auvergne.
Mon très cher Frere
Vos lettres me font un si grand plaisir, que quelques choquants que soient les termes dont vous vous servés, je ne laisse pas de les prendre en bonne part, étant persuadé, que vous vous intéressés véritablement à mon salut. Mais vous me permettrés aussi de vous dire que vous ne pesés pas assés mes raison et que vous revenés toûjours à vos idées, car quoique les Ecrivains sacrés parlent de corps, de chair, de sang, il ne s'ensuit pas qu'on doive prendre ces expressions à la lettre, comme je me flatte de vous l'avoir suffi­samment prouvé. Vous m'imputés d'avoir adopté tous les malheureux principes des Héretiques en falsifiant ou interprétant les textes de l'Ecriture s.te a ma fantaisie Je ne sçai, Mon cher Frere, quel est le texte que j'ai falsi­fié, car je n'en ai cité aucun que je n'aie tiré de la Bible de Louvain qui ne doit point vous être suspecte. Quant à l'interprétation que je leur ai don­née, je l'ai prise des Pères de l'Eglise, que vous auriés tort de regarder comme Hérétiques. Je vous ai dit avec Tertulien, que J.C. aiant pris du pain, le fit son corps en disant ; Ceci est mon corps, c'est à dire, ajoute ce Pere, la figure de mon corps. Je vous ai dit encore avec St Augustin ; Le seigneur n 'a pas fait difficulté de dire, ceci est mon corps, quand il donnoit le signe de son corps Et avec St. Chrysostome et Gelase, que le pain consa­cré est honoré du nom du corps du seigneur, encore que la nature du pain demeure toûjours, que la substance ou la nature du pain ne cesse point d'être au sacrement. Si ceux qui suivent cette Doctrine sont Hérétiques, comme il vous plaît de les appeller, il faudra regarder comme tels les plus saints Docteurs des premiers siècles de l'Eglise. Vous aves raison, Mon très cher Frère, de me dire que je ne recevrai point la décision du 4e Concile de Latran tenu sous le Pape Innocent 3. Cependant ce Pape avouoit qu'il res­tait dans l'Eucharistie une certaine panéité et vénéité qui apaisent la faim et la soif. Je ne sai si ce sentiment est bien conforme à celui de la transubstanciation, tel que vous l'établisses aujourd'hui. Vous n'auriés pas dû me par­ler de ce corps si respectable des Peres qui composoient ce Concile. Mathieu Paris Religieux Bénédictin de la Congrégation de Clugni, homme savant et d'une très rare probité qui fleurissoit vers le milieu du 13e Siecle, en pensoit bien différemment « Le peu de foi, dit-il, qui restoit alors, et qui  n'étoit plus qu'une petite étincelle de feu, s'éteignit entièrement, tout se  réduisit en cendres. L'on commettoit le crime de simonie sans honte.  L'usure étoit publique et rongeoit également les grands et les petits. La  charité s'étoit évanouie, la liberté ecclésiastique étoit périe, la Réligion  anéantie, et la ville de Sion étoit devenue une infâme protituée sans  pudeur, comme sans chasteté. On ne voioit tous les jours que des gens dela derniere lie du peuple, sans lettres et sans vertu, armés de Bules Romaines, qui pilloient impunément tous les revenus accordés par nos  ancetres aux Réligieux pour leur nourriture, la subsistance des Pauvres  et l'exercice de l'hospitalité, sans avoir aucun respect pour les priviléges qui leur avoient été accordés. Il falloit payer sur le champ tout ce qu'ils demandoient, autrement vous étiés frapés de foudres et d'ana thèmes. Et si ceux qu'on pilloit ainsi, vouloient se défendre par quelqu'apel, ou par le moyen de leurs privilèges, aussi tôt venoit un Prélat  authorisé d'un bref Papal, qui les excommunioit. On dépouilloit ainsi le monde hardiment, insolemment, impunément, selon ce mot du Poète :  Les armes à la main un Puissant vous supplie. Cela fut cause que là où l'on voioit qu'auparavant les gentils hommes et les Ecclésiastiques rentés, les Patrons des Eglises et tant d'autres avoient accoutumé d'embellir les terres de leurs Domaines, de recevoir les passants et les bien traiter, recueillir et secourir les pauvres, on n'y voioit plus que des scélérats des perfides, des fripons de procureurs et des fermiers Romains qui  ravageoient tout ce qu'il y avoit de bon, et le faisoient tenir à leurs Maîtres  qui vivoient délicieusement du patrimoine du Crucifix, et faisoient  parade des richesses, ou plûtôt de la mendicité d'autrui. De quelle  douleur n'étoit-on pas touché quand on voioit les larmes des gens de bien, leurs tristes plaintes, leurs sanglots amers pour ces injustices et qu'on entendoit ces cris lamentables qui fendoient le cœur : il nous seroit plus avantageux de mourir, que de voir ces spectacles d'horreur et toutes ces funestes calamités qui désolent nôtre nation et scandalisent les Saints ! O sollicitude stérile de la Cour de Rome ! O aveugle ambition ! Nous souffrons tous pour ses désordres. Et cette Eglise Universelle que  que tu devrois défendre par ton authorité et par tes biens immenses, se plaint que c'est toi même qui l'opprimes. Tel est le témoignage que rendoit à ce grand nombre de témoins si respectables ce Docteur qui fut chargé de réformer des Monastères et d'établir par tout la discipline monastique.
Monastique Walter Mapez archidiacre d'Oxford n'en parle pas plus avantageusement, il dit que Rome est à la vérité le chef de l'Univers ; mais un Chef tout pourri, et dont le corps est tout gâté. Les Ecrivains du 14e et 15e siècle tien­nent le même langage. L'un d'eux assure que les désordres de Rome furent si grands, dans le 14e siècle, et si scandaleux, qu'ils donnèrent lieu à Fréde- rich Roi de Sicile de douter de la vérité de l'Evangile, et de penser que la Religion Chrétienne étoit un joug onéreux que les Politiques avoient imposé aux autres hommes. Du Plessis Mornay, Mist. d'iniquité, pag. 973 &C. Je pourrois ajouter ici divers traits de la vie infâme que plusieurs de vos prétendus Chefs de l'Eglise ont menée ; mais ils sont assés connus par ceux là même de votre communion.
Telle étant la corruption de l'Eglise Romaine dans les siècles qui ont pré­cédé celui de nôtre Réformation, telle étant la dépravation de son chef et de ses membres, il étoit aisé de reconnoitre que ce n'étoit point là cette Epouse de J.C. qui doit être sans tache et sans ride, et que ce divin sauveur s'est consacrée. Que ce n'étoit point là cette Eglise à qui J.C. avoit fait ses promesses, contre laquelle les portes de l'Enfer ne prévaudroient point, qui est dirigée par l'Esprit de Dieu, à qui l'on a donné en conséquence le nom de sainte. En effet quelle communion peut il y avoir entre la lumière et les ténébres, entre la corruption et la sainteté ? Mais me dirés vous peut être ce que vous imputés à l'Eglise Romaine ne regarde que les mœurs corrompues de quelques Papes et du Clergé ; cela n'empêche point que leur doctrine n'ait été pure, et que par conséquent ils ne soient les dépositaires de la foi, Mais outre qu'il n'est pas possible qu'une Eglise qui tolère et authorise le vice, ait une foi pure, puisque St Jacques nous enseigne que la foi sans les œuvres est morte, et qu'il veut que nous donnions des preuves de nôtre foi par nos bonnes œuvres, je vai faire voir que bien loin que l'Eglise Romaine suive la loy de J.C. elle enseigne au contraire des Doctrines opposées à cette Loi, et que par ses traditions elle viole les commandements de Dieu, repro­che que J.C. faisoit aux scribles et aux Pharisiens Math. Chap.XV. Ie La loi de J.C. veut que nous adorions Dieu en esprit et en vérité. Jean IV v.24. Et l'Eglise Romaine enseigne que l'on doit employer dans le service divin diverses cérémonies et les images, ce qui expressement et severement défendu dans la loi de Dieu, et elle rend par conséquent à Dieu un culte grossier et corporel. Je dis plus un culte idolatre. Ajoutés qu'elle employe dans ce culte une langue qui n'est point entendue du peuple. 2e J.C. nous enseigne que nous ne devons adorer, servir, prier et invoquer que Dieu seul, et outre que vous adorés l'hostie, la Croix et les images, vous priés et vous invoqués les saints et les saintes, quoique vous n'en trouviés aucun exemple dans l'Ecriture Sainte.
3e St Paul nous apprend qu'il n'y a qu'un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, savoir J.C. Que si nous avons péché, nous avons un avocat auprès du Père, savoir J.C. le juste. Et vous faites des saints et des saintes tout autant de Médiateurs et d'avocats.
4e St Jean nous enseigne que le sang de J.C. nous purifie de tout peché, et vôtre Eglise établit un-Purgatoire, pour purifier les ames après la mort, et rend ainsi le sacrifice de J.C. insufisant ou imparfait. 5e L'Eglise Romaine enseigne que le sacrifice de la Messe est un sacrifice non sanglant que l'on offre pour l'expiation des péchés des vivants et des morts ; contre ce que St Paul enseigne que sans effusion de sang il ne se fait point de remission des péchés et que J.C. ne s'offre pas plusieurs fois. Voiés Heb Chap IX et VII
6e J.C. en instituant la Ste Cène a ordonné d'y participer sous les deux especes, du pain et du vin ; mais le Concile de Constance au commence­ment du 15e siècle jugea à propos de retrancher la coupe au Peuple, anathé- matisant ceux qui contreviendroient, et les livrant au bras séculier. Ce qui doit faire horreur, puisque l'anathème que les Peres de ce Concile fulmi­nent, retombe sur J.C. lui même, et sur la pratique des Apôtres et de toute la primitive Eglise.
7e L'Eglise Romaine prétend que le Pape est le Chef de l'eglise universelle, contre ce que St Paul enseigne que Dieu a donné J.C. pour être chef de l'Eglise qui est son corps. Ephes. 1.22.supposé que les Papes fussent les successeurs de St Pierre, ils ne pourraient pas avoir plus d'authorité sur les Evêques, que St