Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
mardi 3 avril 2012
Que ce soit là le sens
des paroles de J.C. on n'en sauroit douter, si l'on veut bien faire attention à
ce que ce divin sauveur dit à ses Disciples, lorsqu'après avoir donné la coupe,
et par conséquent après la consécration, il ajouta je vous dis en vérité que je
ne boirai plus de ce fruit de la vigne &C. Evang. selon St Marc chap.
14.V.25. or le fruit de la vigne c'est du vin et non du sang. Je vous prie
aussi, Mon très cher frère, de lire avec quelqu'attention les versets 22 et
suivants de l'onzième chap. de la lre Epitre de St Paul aux Cor. où
cet apôtre raporte l'institution de la Ste Cène, et vous verrés qu'il appelle
constamment pain, ce que vous dites être le corps de J.C. faites sur tout
attention à ce verset Toutes les fois que vous mangerés de ce pain
et que vous boirés de cette coupe, vous annoncerés la mort du Seigneur, jusqu
'à ce qu'il vienne. Paroles qui détruisent en même tems et la
transubs- tantiation et la présence réelle. Les apôtres donc pouvoient non
seulement penser sans crime ; mais ils devoient encore prendre dans un sens
figuré les paroles de J.C. quoiqu'il leur dit en termes formels, ceci est mon corps, ceci est mon sang accoutumés qu'ils
étoient à entendre parler leur divin Maitre par similitudes et par figures, il
ne furent pas plus surpris de lui entendre dire ; ceci est mon corps, ceci est mon sang ; que lorsqu'il
leur disoit ; je suis le vrai sep, je suis le chemin
&C. cette manière de parler fort ordinaire aux orientaux.
Vous me permettrés, Mon
très cher frere, de vous dire que la comparaison du miracle que J.C. opéra aux
nôces de Cana, avec le changement qui se fait, selon vous, dans l'Eucharistie,
n'est pas juste. J.C. en changeant l'eau en vin donna à ce dernier les
propriétés et la substance qui lui sont propres, et ne laissa subsister dans
l'eau aucun accident qui pût donner lieu de dire, que ce n'étoit que du vin en
figure ; au lieu que dans l'Eucharistie vous voulés bien que la substance du
pain et du vin soit changée ; mais vous laissés subsister les propriétés ou
les accidents du pain et du vin, ce qui est impossible. Voici ce que pensoient
sur ce sujet Irenée et St Augustin ; L'existance des
accidents sans sujet, disent ces Peres, est impossible, la nature ne le souffre
point, c'est une chose monstrueuse et tout à fait contraire à la vérité. Cette
séparation, ajoutent-ils, se peut bien faire
par la pensée, mais non réellement ; en telle sorte que l'accident subsiste
seul : l'accident et son sujet n 'étant au fond qu'une même chose.
Irenée Livre 2. Augustin Epit. 37. Je vous laisse à penser si ces Peres de
l'Eglise croioient le dogme de la transubstantiation ; et s'il étoit reçu de
leur tems. Ceci me conduit, Mon très cher frere, à répondre aux passages des
Peres de l'Eglise