Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


lundi 9 avril 2012


Du Purgatoire
nous croyons, qu'il y à un pargatoire, c'est à dire un lieu différent du para­dis et de l'enfer, lieu, ou sont envoyées et detenues les Ames des fideles tres- passés, pour achever de satisfaire à la justice divine, à laq.le elles n'ont pas pleinem.t satisfait en ce monde, nous le croyons pourquoy ? parce que telle à été toujours la croyance des chrétiens, on à dans tous les tems prié pour le soulagement des fidèles trespassés : on à donc cru, que Parmi ces morts, il y en avoit qui n'etoint ni dans le paradis, ni dans l'enfer, car on n'Ignoroit pas que ni les Saints dans le paradis, ni les reprouvés dans l'enfer n'ont nul secours à attendre des vivants, ni nul Besoin de leurs prieres, on à donc cru, qu'outre les Saints dans le ciel, et les reprouvés dans l'enfer, il y en avoit d'autres, qui n'etoint ni dans le paradis, ni dans l'enfer, et ou etoint ils ? dans un troisième lieu, que nous appelions le purgatoire. [*] tt aussi vos ministres ne remettent la prière pour les morts, que parce qu'ils voyent que s'ils l'admettoint il leur faudroit necessairem.t admettre le purgatoire : ainsi prouver qu'on à toujours prié pour les morts c'est prouver qu'on à toujours cru le purgatoire Mais est il bien certain, qu'on à toujours prié pour les morts ? Les Pères des premiers siecles nous l'assurent, et votre cal- vin nous dispense de citer leurs passages : Il avoue dans le 3e.livres de les Institutions, chap. 5e que telle à été la pratique des chrétiens depuis treze siècles, mais il prétend, que c'étoit un usage Inutile et superstitieux ; mais une telle prétention n'est elle pas injurieuse a tant de grands hommes, qui observoint un tel usage, à tant d'eglizes qui ne prioint pour les morts, que parce que le prières avoint été établies par ceux, qui avoint vécu, ou avec les Apotres, ou avec leurs disciples : n'est ce pas faire Injure à J.C. luy meme ; qui après avoir promis, qu'il seroit tous les jours avec son eglize jusqu'à la consommation des siecles, l'auroit laissée pendent treze siècles et meme au delà dans une pratique non seulem.nt Inutile, mais meme superstitieuse, oui, m.r. l'usage de prier pour les morts non seulm.t n'est pas une prati­que Inutile et superstitieuse, mais c'est etre heretique, de pretendre qu'elle n'est ni utile, ni pieuse en voyey la preuve : St Epiphane, St Aug.n, St Jean damascene, St Isidore de Seville ont dressé chacun separem.t et en divers tems le catalogue des heresies qui s'étoint elevées depuis le commencem.t du chrisme. Ils se sont tous accordés à placer Aerius parmi les heresiar- ques : le premier article, qu'ils lui reprochent, comme celuy, qui le Rendoit plus coupable, est d'avoir enseigné, qu'il ne faut pas prier, ni otfrir le sacri­fice pour les morts, vos ministres pensent, comme Aerius traité d'heretique par des Irréprochables témoins de la Foy de toutes les eglizes ; nous pen­sons comme les Eglizes de tous les tems Jugés vous meme de quel coté est la vérité, et de quel coté vous devez vous tourner


[*] A partir de cet endroit le texte comporte de nombreuses ratures.