Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


mercredi 4 avril 2012

1ère lettre du protestant


Ce 7e Janv.r 1754 [*]
Mon très cher frere
J'ai reçu avec bien du plaisir vôtre lettre du 20e.Xbre Je vous suis infini­ment obligé des vœux que vous faites en ma faveur, j'en fais de très sincè­res pour vôtre conservation, priant le Seigneur de vous combler de ses bénédictions temporelles et spirituelles. Je ne suis pas moins sensible à vôtre attention pour me tirer de l'erreur où vous dites que je suis, vous sou­haités que je fasse pour cet effet usage de mes lumières, et que j'examine la force de vos raisons ; je me flatte que vous voudrès bien aussi faire quelqu'attention à mes réponses, et me rendre justice, si vous trouvés qu'elles soient de quelque poids. Vous avés raison, Mon très cher frere, de dire que nous prenons dans un sens figuré ces paroles de J.C. Ceci est mon corps ; Ceci est mon sang. Ce qui nous engage de les entendre ainsi ; c'est la manière dont J.C. institua la Ste Céne, et le but qu'il se proposa en insti­tuant ce sacrement. Si vous lisés son institution dans le 14e Chap. de l'Evang. selon St Marc, vous observerés que J.C. après avoir célébré avec ses Disciples la Paque judaïque, et voulant substituer le sacrement de la Ste Cène à cette ancienne céremonie ; prit du pain et le rompit ; et au lieu de dire, comme les Juifs ; c'est ici le pain de misère que nos Peres ont mangé en Egypte (ce qui ne pouvoit s'entendre que dans un sens figuré) il dit ; Ceci est mon corps, dans le même sens que le pain de la Paque étoit le pain d'amertume que les anciens Juifs avoient mangé en Egypte, et que le vin représentoit le sang de l'agneau qui avoit été égorgé ; de sorte que J.C. en instituant la Ste Cène, pour être substituée à la Paque Judaïque, qu'il venoit de célébrer avec ses Disciples ; c'est comme s'il eut dit ; ce pain qui jusques ici a été rompu pour représenter et être un mémorial du pain de misère que nos Peres ont mangé en Egypte, sera rompu à l'avenir pour représenter mon corps, et être un mémorial de la mort douloureuse à laquelle je vai être exposé pour les péchés des hommes : et ce vin qui repré­sentoit auparavant le sang de l'agneau, dont nos Peres avoient arrosé en Egypte les seuils de leurs portes, pour être garantis de la main de l'ange des­tructeur ; ce vin, dis-je, représentera à l'avenir, et sera un mémorial de mon sang qui sera répandu en remission des péchés et pour délivrer les hommes de l'Empire du Démon ce destructeur et cet ennemi du genre humain.


[*] Changement d'écriture : réponse du protestant.