Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
lundi 30 avril 2012
dimanche 29 avril 2012
Lettre 1 du catholique
Jésus Christ dans la dernière Cène qu'il fit avec ses Apôtres prit du pain et du vin, les leur présenta en disant prenés et mangés, ceci est mon corps, ceci est mon sang : quel est le sens propre et littéral de ces paroles ? n'est ce pas celuy cy ? Ce que je vous présente est mon propre corps, mon propre sang, vos ministres disent que ce n'est que la figure du corps et du sang de J.C.. mais n'est ce pas faire violence à la signification des termes ? J.C. après avoir changé l'eau en vin aux noces de Cana avait présenté à boire aux conviés, en leur disant, beuvès, cecy est du Vin, seroit ce la figure du vin, et non du vin véritable, qu'il auroit présenté ? Un homme, qui auroit le secret de changer le plomb en or, et qui après avoir opéré en présence d'une multitude montreroit aux assistans une pièce de plomb, sur laq.le II auroit opéré, en disant tenès, voila une pièce d'or, ne seroit il pas censé dire ? cette pièce qui m'étoit auparavant que de plomb est maintenant de véritable or et ne seroit ce pas le traiter d'Imposteur et d'homme qui abuse des termes, que de dire, prenés garde ce que cet homme appelle or, n'est que la figure de l'or, faites maintenant aux paroles de J.C. l'application de ce que je viens de dire, et vous trouverés, que la comparaison est entière, mais, disent vos ministres, ne donne-t-on pas souvent à la figure le nom de la chose signifiée, et au continent le nom de la chose contenue ? ouy sans doute mais quand ? Lorsque la figure est la représentation de la chose : c'est ainsi qu'on dit, voila le Roy, en montrant son portrait, ou lorsque le commun usage a introduit parmi les hommes certaines manières de parler, et de s'entandre : c'est ainsi qu'en présentant un verre plein de vin, on dit prenès, voyla du vin. mais le pain et le vin ont ils jamais été regardés comme des portraits représentants le corps et le sang d'un homme ; y-a-t il jamais eu dans le monde un langage selon leq.l le pain et vin signifiassent le corps et le sang de l'homme.
mais, ajoutent vos ministres, les Apôtres étoient suffisem.t déterminés à croire, que ce n'etoit là que la figure du corps et du sang de leur divin maître, par l'Impossibilité, qu'il y avoit, que ce fut son véritable corps, son véritable sang, et moy je soutiens, que les Apôtres entandants J.C. ; dire en termes
[*] Dans notre travail de transcription, nous avons respecté la formulation des phrases, la ponctuation et l'orthographe.
samedi 28 avril 2012
formels et exprès, ceci est mon corps, ceci est mon sang, convaincus d'ailleurs de la toute puissance, ne pouvint sans crime penser que ce ne fut là son véritable corps, son véritable sang, parce qu'ils devoint penser et croire que ce qu'ils ne comprenoint pas, n'etoit pas moins vray, puisque . J.C. dont la puissance surpasse toute Intelligence humaine les en assuroit : et ou en serions nous ? Si nous détournions en des sens figuratifs bien des mystères incompréhensibles et que nous regarderions comme Impossibles, si nous n'avions pour garant la Parole de J.C. nous croyons, ajoutent encore vos ministres, que dans la cène, nous sommes faits participans de la propre subtance du corps et du sang de J.C., que nous en sommes nourris et vivifiés... mais de quelle substance parlent ils ? est-ce d'une substance réele et véritablem.t présente à la Cène ? non, Repondent ils, cette substance ainsi entandue n'est que dans le ciel, et nullement présente dans le lieu où nous célébrons la Cène : vous ne mangés donc pas, vous ne Beuvès donc pas veritablem.t et réellement le corps et le sang de J.C. une viande, un sang doivent etre présents pour etre réelem.t et véritablem.t mangé et Beu. Vous ne prenès donc pas les paroles de J.C. dans leur sens propre et literal.
pour nous catholiques, nous nous entenons à ce principe généralem.t récu, que dans l'Interpretation des Ecritures il faut s'attacher au sens propre et litéral, à moins d'une raison évidente, qui persuade le contraire. J.C. nous dit expressem.t que ce qui entre ses mains avoit l'apparence du pain et du vin, étoit son corps et son sang ; intimem.t persuadés qu'il est la vérité même Incapable de vouloir nous Induire à erreur, qu'il est de plus tout puissant, capable d'opérer les prodiges les plus Incompréhensibles, nous croyons d'une foy ferme et Inébranlable, que ce qui etoit auparavant pain et vin, est changé par l'efficace de ses paroles en son corps et en son sang, ainsi qu'il nous en assure luy même, en disant, prenés et mangés, ceci est mon corps ceci est mon sang.
Du reste ne croyés pas, que dans ces derniers termes nous soyons les seuls qui donnions aux paroles de J.C. une pareille interprétation. Les differentes Eglizes chrétiennes dispersées dans toutes les parties du monde, quoy- que la pluspart separées depuis bien des siècles de la communion de l'eglize Romaine, conviennent avec elle dans le point, que par les paroles sacramenteles prononcées par le prêtre, le pain est changé en corps de J.C. et le vin en son sang. C'est la croyance des moldaves, des moscovites, des grecs schismatiq, des arméniens, des syriens, des nestoriens répandus dans la mésopotamie la perse et les Indes, et des Cophtes et par conséquent des Ethiopiensjeudi 12 avril 2012
dont la croyance est la même, que celle des Cophtes. et ne croyés pas, que ceci soit avancé sans fondem.t nous en avons des attestations authentiques envoyées par les Patriarches et les Synodes de ces différentes sectes, dont les originaux se conservent dans la Bibliothèque du Roy et dans celle de St Germain des prés. Les Luthériens même, quoy que diffé- rens de nous ont été forcés d'avouer, qu'on ne peut donneç un sens raisonnable aux paroles de J.C., sans reconnoitre, que son Corps et son Sang sont véritablem.t et réelem.t dans l'hostie consacrée.
je vous demande maintenant, comment est il arrivé, que la croyance de la transubstation se soit si généralem.t repandue parmi tant de différentes sectes, d'ailleurs si divisées entre elles, elles ne l'ont certainem.t pas prise de l'églize Romaine, pour laq.le elles ont toujours eu t.m.t de l'éloignem.t
depuis leur séparation ; elles l'avoint donc cette croyance, avant que de s'en etre separées, c'est à dire depuis plus de treze siecles, car plusieurs d'entre elles sont depuis le tems séparées d'avec nous : elles l'avoint donc appris de peres des premiers siècles, c'est aussi ce que nous trouvons clairement exprimé dans leurs Ecrits, et en particulier dans ceux de St optât de milene, de St Chrisostome, de St Grégoire de nysse, de St. Ambroise, de St Jean Damascene, de St Ignace martyr, de St Justin martyr, Je n'ay garde de transcrire Icy leurs paroles. Voyey celles de St Cyrille eveque de Jérusalem dans ses catacheses, livre compose pour apprendre aux néophites la commune doctrine de l'eglize. Voyey comme il l'exprime puisque J.C. à déclaré, en parlant du pain, que c'etoit son corps, qui osera le revoquer en doute ? et puis qu'il assure, que c'est son sang, qui en pourra douter ? Il changea autre fois l'eau en vin à Cana par sa seule volonté ; et II ne méritera pas d'etre cru, quand il change le vin en sang... Scachés et tenès pour certain, continue le Père, que ce qui nous paroit du pain, n'est pas du pain, mais le corps de J.C., et ce qui paroit du vin, n'est pas du vin, mais le sang de J.C.. ce que ce grand Saint disoit aux fidèles du Cinquième Siecle, nous vous le disons, Scachés et tenès pour certain, que le pain et le vin sont changés au corps et sang de J.C. et nous le disons, en vous prouvant d'un manière Invincible qu'on ne peut penser autrem.t sans abandonner un dogme expressem.t revele, et generalem.t cru dans tous les siecles de l'eglize.
mercredi 11 avril 2012
des Images
pour Justifier pleinement l'usage des Images, tel qu'il est parmi nous, Il suffit d'expliquer notre doctrine sur ce point, non telle qu'elle est exposée par vos ministres, mais telle, qu'elles est en effet en permettant l'usage des Images, que faisons, que prétendons nous, quel culte leur rendons nous ? nous faisons des figures, et des statues, qui représentent J.C. la Ste vierge les Saints, qui s'est jamais Avisé de Blasmer une personne, qui à voulu avoir les portraits de son Père, de son bienfacteur, des hommes illustres de sa famille ? en plaçant ces Stes Images dans nos eglizes et dans nos maisons, nous prétendons nous exciter à la confiance ; à la reconnoissance à la pratique des vertus, dont n.re divin sauveur nous à donné l'exemple, et que les saints ont pratiquées a peu près comme dans le monde on se sert des portraits des grands hommes, pour exciter leurs descendants à les Imiter, nous rendons aux Stes Images un culte religieux, mais quel est ce culte ? un culte relatif à l'original, et nullem.t à l'Image materiele nous adorons la croix, c'est à dire J.C. qui y à été attaché et nullem.t le Bois, auq.l J.C. à été attaché, nous honnorons l'Image de la Ste vierge ou de quelques Saints, nous prions, nous nous prosternons devant elle mais à qui s'adressent ces honneurs, ces genuflexions ces prieres ? est ce à la toile ? à la pierre de l'Image ? nullem.t mais à la vierge, ou au Saint, qui y est représenté... au Reste nous mettons une différence essentielle entre le culte relatif, que nous rendons aux Images de J.C. et celuy que nous rendons aux Images de la Vierge et des Saints. Le culte relatif que nous rendons aux Images de J.C. est un culte d'adoration proprem.t dite, tel, que mérité en seul l'etre souverain et Indépendant. Le culte relatif, que nous rendons aux Images de la vierge et des Saints est un culte d'un Religieux Respect, tel que meritent des creatures amies de Dieu et puissantes auprès de Luy et ce respect Religieux ; dont nous honnorons les Saints se rapporte à Dieu, comme à son dernier terme, parce que nous les honnorons de la sorte, que parce qu'ils sont amis de Dieu a peu près comme les honneurs, que l'on Rend au ministre d'un prince se rapporte au Prince, parce que c'est en considération du prince, qu'on honnore le ministre... Je vous demande maintenant qu'y à-t- il de reprehensible dans un culte tel que je viens de l'expliquer.
mardi 10 avril 2012
2.de.f.
mais, dira-t-on, le Sgr à détfendu toute Image, toute statue mais à qui l'a-t- il détfendu ? n'est ce pas aux Juifs ? et tout ce qui est detfendu aux Juifs, l'est-il aux chrétiens ? Il étoit detfendu aux Juifs de manger de certaines viandes ; croyès vous, que cette defense vous regarde, et faire mal en en mangeant ? Les Juifs etoient un peuple grossier furieusem.t enclin à l'Idolâtrie, les statues, les Images auroint etè pour eux des pierres d'achope- ment : les chrétiens au contraire detestent les Idoles : ainsi la loy nécessaire aux uns, pour arreter l'Idolâtrie, seroit Inutile aux autres, et meme préjudiciable, elle les priveroit des grands avantages qu'ils retirent des Saintes représentions, qu'on leur met sous les yeux.
on nous oppose le Concile de francfort tenu sous charlemaigne, ou le culte des Images fut condamné comme Idolatrique ; mais qui ne scait, que cette condamnation ne tomba que sur un culte absolu et d'adoration, qu'on s'etoit faussem.t persuadé avoir été approuvé dans un Concile nouvellem.t tenu en orient, et nullm.t sur un culte relatif, tel, que je l'ay expliqué, aussi dès que les françois et les Allemans furent exactem.t Instruits de ce qui en etoit, ils ne tardèrent pas à convenir que le culte des Images ainsi entandu n'avoit rien que de Bon et de louable. J'ajoute que le culte a été dans tous les tems en usage parmi les chretiens. Je pourrois porter en preuves un grand nombre de passages des anciens Peres. Je me contente du témoignage de St Basile, qui dans une profession de foy adressée à Julien l'Apostat parle ainsi : je reçois les Saints Apôtres, les prophetes, et les martyrs, je les Invoque, atfin, qu'ils prient pour moy, et que par leur entemise dieu me soit propice : c'est pour cela, que J'honnore et venere leurs Images ; veu principalem.t que ces choses nous ont été ordonnées par la tradition des Apôtres et que bien loin d'etre defendues, elles paroissent dans nos Eglizes que nous soyons regardés comme des Idolâtres, ou comme des superstieux par un peuple grossier et Ignorant, à qui des ministres peu sinceres, ou mal Instruits ont donné des Idées les plus fausses et les plus révoltantes sur le culte, que nous rendons aux Images, Je n'en suis pas surpris ; mais que vous, qui avès été autrefois parmi nous, et qui deuviés savoir, quels sont nos sentimens ; quels sont nos Usages, ayès sur ce point Besoin d'eclair- cissement, c'est ce qui me passe : mais peut etre ne les avès vous jamais bien sus, ou les avès vous oubliés. Si cela est, maintenant que vous etes plei- nemt Instruit, rendès nous Justice et que cet article, non plus, que les autres n'empeche pas vre retour
lundi 9 avril 2012
Du Purgatoire
nous croyons, qu'il y à
un pargatoire, c'est à dire un lieu différent du paradis et de l'enfer, lieu,
ou sont envoyées et detenues les Ames des fideles tres- passés, pour achever de
satisfaire à la justice divine, à laq.le elles n'ont pas pleinem.t satisfait en
ce monde, nous le croyons pourquoy ? parce que telle à été toujours la croyance
des chrétiens, on à dans tous les tems prié pour le soulagement des fidèles
trespassés : on à donc cru, que Parmi ces morts, il y en avoit qui n'etoint ni
dans le paradis, ni dans l'enfer, car on n'Ignoroit pas que ni les Saints dans
le paradis, ni les reprouvés dans l'enfer n'ont nul secours à attendre des
vivants, ni nul Besoin de leurs prieres, on à donc cru, qu'outre les Saints
dans le ciel, et les reprouvés dans l'enfer, il y en avoit d'autres, qui
n'etoint ni dans le paradis, ni dans l'enfer, et ou etoint ils ? dans un
troisième lieu, que nous appelions le purgatoire. [*]
tt aussi vos ministres ne remettent la prière pour les morts, que parce qu'ils
voyent que s'ils l'admettoint il leur faudroit necessairem.t admettre le
purgatoire : ainsi prouver qu'on à toujours prié pour les morts c'est prouver
qu'on à toujours cru le purgatoire Mais est il bien certain, qu'on à toujours
prié pour les morts ? Les Pères des premiers siecles nous l'assurent, et votre
cal- vin nous dispense de citer leurs passages : Il avoue dans le 3e.livres
de les Institutions, chap. 5e que telle à été la pratique des
chrétiens depuis treze siècles, mais il prétend, que c'étoit un usage Inutile
et superstitieux ; mais une telle prétention n'est elle pas injurieuse a tant
de grands hommes, qui observoint un tel usage, à tant d'eglizes qui ne prioint
pour les morts, que parce que le prières avoint été établies par ceux, qui
avoint vécu, ou avec les Apotres, ou avec leurs disciples : n'est ce pas faire
Injure à J.C. luy meme ; qui après avoir promis, qu'il seroit tous les jours
avec son eglize jusqu'à la consommation des siecles, l'auroit laissée pendent
treze siècles et meme au delà dans une pratique non seulem.nt Inutile, mais
meme superstitieuse, oui, m.r. l'usage de prier pour les morts non seulm.t
n'est pas une pratique Inutile et superstitieuse, mais c'est etre heretique,
de pretendre qu'elle n'est ni utile, ni pieuse en voyey la preuve : St
Epiphane, St Aug.n, St Jean damascene, St Isidore de Seville ont dressé chacun
separem.t et en divers tems le catalogue des heresies qui s'étoint elevées
depuis le commencem.t du chrisme. Ils se sont tous accordés à placer Aerius
parmi les heresiar- ques : le premier article, qu'ils lui reprochent, comme
celuy, qui le Rendoit plus coupable, est d'avoir enseigné, qu'il ne faut pas
prier, ni otfrir le sacrifice pour les morts, vos ministres pensent, comme
Aerius traité d'heretique par des Irréprochables témoins de la Foy de toutes
les eglizes ; nous pensons comme les Eglizes de tous les tems Jugés vous meme
de quel coté est la vérité, et de quel coté vous devez vous tourner
dimanche 8 avril 2012
mais, dira-t-on, ne doit rien admettre en matière de
foy, que ce qui est expressém.t marqué dans les Stes Ecritures. Je répons n
premierem.t que vos ministres ne s'en tiennent pas toujours à ce principe. Ils
croyent bien des choses qui ne peuvent etre crues, que par la tradition, d'où
ont Ils appris, que les divers livres, qu'ils regardent
comme canoniques, le sont veritablem.t, n'est ce pas de la tradition. Ils
croyent la virginité perpetuelle de la mere de Dieu, l'obligation d'observer
le dimanche au lieu du Samedi : en est il fait mention dans les écritures ? je
répons en 2e lieu, que nous trouvons dans les ecritures, ou Appuyer
notre foy sur le purgatoire. Vous savèsle fameux passage du 2e.
livres des machabées : c'est une pensée sainte et salutaire, y est Ildit, de
prier pour les morts, atfin qu'ils soint délivrés de leur péchés, nous lisons
dans la pre- miere epitre aux Corinthiens, que ceux, qui après avoir établi
J.C. pour fondement, bâtissent sur le fondem.t avec du bois de la paille, et du
chaume, seront au Jour du Seig. r sauvés, mais comme par le feu. nous prétendons
; qu'il s'agit dans ce passage de ceux, qui dans ce monde se seront rendus
coupables de divers péchés, mais non mortels, puisque, nonobstant les péchés
Ils seront sauvés ; ceux la, dis je, auront besoin d'etre purifiés par le feu,
et quest ce, que ce feu, que les peines du purgatoire, nous lisons encore dans
l'apocalipse, que rien de souillé n'entrera dans le Royaume du Ciel. Il n'est
pourtant pas possible, qu'un grand nombre de Justes, exempts à la vérité de
tout péché mo (...) [1] ne sortent de ce monde
coupables de bien de péchés, puisqu'il est dit, que le juste peche sept fois
par jour : ces péchés veniels n'exclurront pas pour toujours du Royaume du ciel
les justes, qui meurent, sans s'en etre purifiés, et ou, et comment s'en
purifieront ils, n'est ce pas dans le purgatoire par les peines temporelles,
qu'ils y auront a souffrir Je n'Ignore pas que vos ministres ne reçoivent pas
comme canonique, le 2e livre des machabées : pour nous, nous le
regardons comme tel, fondés sur l'authorité de St. Aug.n qui dans le 18e
livre de la Cité de Dieu dit, que quoyque les livres des machabees ne soint pas
reçus pour canoniques par les Juifs, Ils le sont par l'eglize chrétiene. nous
avons encore pour nous le 3e Concile de Carthage composé d'un grand
nombre d'eveques tenu en 394. nous avons encore le témoignage d'Innocent Ier,
qui écrivant à exupere eveque de Toulouse met dans le catalogue des livres
canoniques les deux livres des machabees. nous avons encore le témoignage des
eglizes d'armenie et des grecs, dont les patriarches écrivants à l'Ambassadeur
de france à constantinople assurent que telle est la croyance de leurs eglizes
samedi 7 avril 2012
je n'Ignore pas non
plus, que vos ministres donnent aux passages cites des explications différentes
des nôtres, mais nous avons la consolation de les entandre, comme les ont
entendus les Peres et les docteurs des premiers tems, qui n'ont pratiqué et
recommandé aux fideles la priere pour le soulagement des morts, que parce
qu'ils trouvoint dans les ecritures, que plusieurs d'entre eux etoint detenus
dans un lieu de souffrance, et qu'ils avoint besoin de prières des vivans.
Jugés maintenant, mons.r
; si vos ministres ont raison de nous Insulter, sur ce que nous pensons du
purgatoire. Si nous étions d'humuer à user de represailles, ne pourrions nous
pas leur dire, en pensant, comme vous faites du purgatoire, vous pensés comme
Aerius qui dans les anciens Catalogues des heresies tient un des premiers Rangs
Parmi les heresiarques
De la Confession.
nous regardons la
confession des péchés mortels soit publics, soit secrets, faite à un Pretre,
comme étant d'Institution divine, et nécessaire pour en obtenir le pardon.
nous trouvons ce dogme,
pris dans toutes Ses parties, dans les paroles de J.C. à es Apotres, et
en leur persone, à ceux qui devoint leur succeder dans le
sacerdoce : les voycy ces paroles. Les péchés seront remis à ceux à qui vous
les remettrés, et retenus à ceux, à qui vous les retiendrés. J.C. parlant
ainsi. 1°. ne donne-t-il pas aux Apotres et à leurs successeurs
le pouvoir de remettre aux Uns ; et de ne pas remettres aux Autres leurs
péchés, quels qu'ils soint, publics ou secrets car les paroles de J.C. tombent
egalem.t sur les uns, et sur les autres. 2e ne pretend-Il pas que ce
pouvoir soit exercé avec sagesse et discrétion ? 3e. Ce pouvoir peut
II etre bien exercé ? Si les ministres, qui en sont chargés, ne connoissent
pas sutfisemment le veritable état de ceux, qu'ils doivent, ou ne doivent pas
absoudre. 5e. Ces ministres en peuvent Ils etre suffisem.t
Instruits, si le Pecheur luy meme ne leur declare tous les péchés mortels,
dont il s'est rendu coupable : de meme qu'un malade est souvent obligé de
découvrir au medecin ses maladies secretes, s'il veut etre guéri. 6e.
J.C. ayant dit, que les peches seront retenus, ou ce qui est le meme, ne seront
pas remis à ceux, à qui les ministres les retiendront, ou ne les remettrons
pas ; les coupables ne demeureront Ils pas chargés de leurs péchés, tandis
qu'ils n'en auront pas obtenu la remission d'un ministre de l'eglize. parmi ces
six points ainsi analizés en est Il un seul, qui ne soit evidem.t renfermé dans
les paroles de J.C. et ces six points pris ensemble ne renferment Ils pas la
confession des péchés mortels, soit publics, soit secrets, faite à un ministre
de J.C., comme étant d'Institution divine et nécessaire pour obtenir la
remission des péchés commis,
vendredi 6 avril 2012
vos ministres se
glorifient de n'avoir d'autre Règle de leur foy que la pure parole de Dieu,
telle, qu'elle se trouve dans les Stes ecritures : la confession, telle,
qu'elle est en usage parmi n'est-elle pas évidemment contenue dans les paroles
de J.C. Interpretées dans le sens, qu'elles présentent natu- rellem.t à tout
homme capable de réfléchir ? Ils les interpretent autrem.t mais leur
Interprétation s'accorde-t-elle Bien avec la veritable signification des
termes, dont J.C. s'est servi ! S'accorde-t-elle avec celle des plus sca- vants
homme de l'eglize de J.C. Ces grands genies, voysins du tems, ou les Apotres ont
vécu, scavoint sans doute Bien mieux, que vos ministres venus dans ces derniers
tems, qu'elle est la veritable Intelligence des ecritures : consultons en
quelsques uns. St Basile nous dira, qu'il est nécessaire de confesser ses
péchés à ceux qui sont chargés de dispenser les Sts mysteres. St Augustin dans
sa 49 homelie nous parlera en ces termes : que personne ne dise [1]
n'est-ce
pas la, mons-r, le sens literal et naturel des paroles de J.C. Leur en donner
une autre, n'est ce pas leur faire violence, et s'ecarter de leur veritable
signification ? Ecoutés St Augustin, rien de plus fort et de plus Instructif,
que ce qu'il dit de ces fausses Interprétations dans sa 49e homelie.
que persone ne dise, ce sont ses propres paroles, que personne ne dise : je
fais penitence en secret ; Dieu le scait, de qui j'attends le pardon : cela ne
suffit-Il pas. mais, Répond ce St docteur, s'il en est ainsi, ne faudroit II
pas dire, que c'est sans raison, que J.C. à dit. tout ce que vous délierés sur
la terre sera délié dans le ciel ? C'est donc en vain que les clefs ont été
données à l'églize : nous frustrons donc l'evangile, nous rendons vaines les
paroles de J.C. pouvons nous vous promettre, ce qu'il a déclaré ne vouloir pas
vous accorder, et II ajoute dans l'homelie suivante, que celuy qui à la conscience
chargée de péchés mortels, n'à point de salut à esperer, s'il n'à Recours aux
clefs de l'eglize. Vous venès, mons.r, de l'entandre de la Bouche du plus
Saint et plus scavant eveque du 4e siecle dire aux pecheurs, Il vous
suffit de faire penitence en secret, et de voirs confesser à Dieu seul, ne vous
embarrassés pas d'aller trouver un ministre de l'eglize, et de Luy declarer vos
Péchés, pour en obtenir ou la Remission, ou le Refus de l'absolution, selon
qu'il le Jugera à propos tout cela n'est point nécessaire, parler de la sorte,
dis ce grand docteur, c'est ne donner aucun sens raisonnable à ces paroles de
J.C. : tout ce que vous delierès sur la terre sera
[1] Le texte
manuscrit (à partir de « vos ministres se glorifient de n'avoir d'autre
règle...» jusqu'à « ...que personne ne dise ».) est raturé de trois grandes
barres verticales. Le texte du Sgr de Grandbois correspond donc certainement à
son brouillon personnel.
jeudi 5 avril 2012
délié
dans le ciel : c'est anéantir le pouvoir des clefs donné par J.C. à son églize
; c'est meconnoitre les promesses contenues dans l'evangile : c'est ne rien
trouver de solide dans les paroles de J.C. : c'est prétendre obtenir le pardon
de ses péchés, sans employer le moyen sans leq.l II a déclaré, qu'il ne
l'accorderoit pas ; c'est enfin rendre son salut impossible ; n'y à-t-il pas la
de quoy faire trembler ceux, qui tiennent un tel langage ; et qui y conforment
leur conduite.
que d'autres Peres ne pourrois
je pas citer, qui tous attestent la nécessité de la confession des péchés
publics et secrets faite à un ministre de l'eglize ! mais une lettre ne
scauroit comporter un si long détail : et par la meme raison je me vois obligé
de supprimer les réponses solides, que nous faisons aux difficultés, que vos
ministres nous opposent. J'en ay assés dit, si exempt de préjugés et de
passion, et éclairé des lumières du St esprit, que vous aurès eu soin d'obtenir
par la priere, vous reflechissés serieusem.t sur les eclaircissemens, que je
viens de vous donner : mais si vous vous Livrés à de faux préjugés, si vous
écoutés quelque passion, qui vous plait, si vous négligés de vous procurer le
secours de la grâce, sans laq.le nous ne pouvons rien, et que, selon le cours
ordinaire de la providence, nous n'obtenons, que par la priere, un grand
volume plein des plus solides et les plus persuasives raisons ne reussiroit pas
à vous convaincre, fasse le ciel, qu'après avoir lu cette lettre, vous ne soyés
occupé que des mesures, qu'il faudra prendre pour revenir à nous.
mercredi 4 avril 2012
1ère lettre du protestant
Ce 7e
Janv.r 1754 [*]
J'ai reçu
avec bien du plaisir vôtre lettre du 20e.Xbre Je vous suis infiniment
obligé des vœux que vous faites en ma faveur, j'en fais de très sincères pour
vôtre conservation, priant le Seigneur de vous combler de ses bénédictions
temporelles et spirituelles. Je ne suis pas moins sensible à vôtre attention
pour me tirer de l'erreur où vous dites que je suis, vous souhaités que je
fasse pour cet effet usage de mes lumières, et que j'examine la force de vos
raisons ; je me flatte que vous voudrès bien aussi faire quelqu'attention à mes
réponses, et me rendre justice, si vous trouvés qu'elles soient de quelque
poids. Vous avés raison, Mon très cher frere, de dire que nous prenons dans un
sens figuré ces paroles de J.C. Ceci est mon
corps ; Ceci est mon sang. Ce qui nous engage de les entendre ainsi ;
c'est la manière dont J.C. institua la Ste Céne, et le but qu'il se proposa en
instituant ce sacrement. Si vous lisés son institution dans le 14e
Chap. de l'Evang. selon St Marc, vous observerés que J.C. après avoir célébré
avec ses Disciples la Paque judaïque, et voulant substituer le sacrement de la
Ste Cène à cette ancienne céremonie ; prit du pain et le rompit ; et au lieu de
dire, comme les Juifs ; c'est ici le pain de
misère que nos Peres ont mangé en Egypte (ce qui ne pouvoit s'entendre
que dans un sens figuré) il dit ; Ceci est mon
corps, dans le même sens que le pain de la Paque étoit le pain
d'amertume que les anciens Juifs avoient mangé en Egypte, et que le vin représentoit
le sang de l'agneau qui avoit été égorgé ; de sorte que J.C. en instituant la
Ste Cène, pour être substituée à la Paque Judaïque, qu'il venoit de célébrer
avec ses Disciples ; c'est comme s'il eut dit ; ce pain qui jusques ici a été
rompu pour représenter et être un mémorial du pain de misère que nos Peres ont
mangé en Egypte, sera rompu à l'avenir pour représenter mon corps, et être un
mémorial de la mort douloureuse à laquelle je vai être exposé pour les péchés
des hommes : et ce vin qui représentoit auparavant le sang de l'agneau, dont
nos Peres avoient arrosé en Egypte les seuils de leurs portes, pour être
garantis de la main de l'ange destructeur ; ce vin, dis-je, représentera à
l'avenir, et sera un mémorial de mon sang qui sera répandu en remission des
péchés et pour délivrer les hommes de l'Empire du Démon ce destructeur et cet
ennemi du genre humain.
mardi 3 avril 2012
Que ce soit là le sens
des paroles de J.C. on n'en sauroit douter, si l'on veut bien faire attention à
ce que ce divin sauveur dit à ses Disciples, lorsqu'après avoir donné la coupe,
et par conséquent après la consécration, il ajouta je vous dis en vérité que je
ne boirai plus de ce fruit de la vigne &C. Evang. selon St Marc chap.
14.V.25. or le fruit de la vigne c'est du vin et non du sang. Je vous prie
aussi, Mon très cher frère, de lire avec quelqu'attention les versets 22 et
suivants de l'onzième chap. de la lre Epitre de St Paul aux Cor. où
cet apôtre raporte l'institution de la Ste Cène, et vous verrés qu'il appelle
constamment pain, ce que vous dites être le corps de J.C. faites sur tout
attention à ce verset Toutes les fois que vous mangerés de ce pain
et que vous boirés de cette coupe, vous annoncerés la mort du Seigneur, jusqu
'à ce qu'il vienne. Paroles qui détruisent en même tems et la
transubs- tantiation et la présence réelle. Les apôtres donc pouvoient non
seulement penser sans crime ; mais ils devoient encore prendre dans un sens
figuré les paroles de J.C. quoiqu'il leur dit en termes formels, ceci est mon corps, ceci est mon sang accoutumés qu'ils
étoient à entendre parler leur divin Maitre par similitudes et par figures, il
ne furent pas plus surpris de lui entendre dire ; ceci est mon corps, ceci est mon sang ; que lorsqu'il
leur disoit ; je suis le vrai sep, je suis le chemin
&C. cette manière de parler fort ordinaire aux orientaux.
Vous me permettrés, Mon
très cher frere, de vous dire que la comparaison du miracle que J.C. opéra aux
nôces de Cana, avec le changement qui se fait, selon vous, dans l'Eucharistie,
n'est pas juste. J.C. en changeant l'eau en vin donna à ce dernier les
propriétés et la substance qui lui sont propres, et ne laissa subsister dans
l'eau aucun accident qui pût donner lieu de dire, que ce n'étoit que du vin en
figure ; au lieu que dans l'Eucharistie vous voulés bien que la substance du
pain et du vin soit changée ; mais vous laissés subsister les propriétés ou
les accidents du pain et du vin, ce qui est impossible. Voici ce que pensoient
sur ce sujet Irenée et St Augustin ; L'existance des
accidents sans sujet, disent ces Peres, est impossible, la nature ne le souffre
point, c'est une chose monstrueuse et tout à fait contraire à la vérité. Cette
séparation, ajoutent-ils, se peut bien faire
par la pensée, mais non réellement ; en telle sorte que l'accident subsiste
seul : l'accident et son sujet n 'étant au fond qu'une même chose.
Irenée Livre 2. Augustin Epit. 37. Je vous laisse à penser si ces Peres de
l'Eglise croioient le dogme de la transubstantiation ; et s'il étoit reçu de
leur tems. Ceci me conduit, Mon très cher frere, à répondre aux passages des
Peres de l'Eglise
lundi 2 avril 2012
sur lesquels vous vous
appuyés pour justifier le dogme de la transubstantiation. J'avous que les Peres
de l'Eglise, pour animer le zèle et la dévotion des com- munians ont quelque
fois employé dans leurs discours certains termes hyperboliques, dont les fauteurs
de la transubstantiation peuvent abuser ; mais outre qu'ils parloient à des
chrétiens accoutumés à cette sorte d'expressions, et instruits de la nature de
cet auguste sacrement ; ils avoient outre cela soin d'expliquer leurs idées par
d'autres passages clairs et formels. Par exemple, s.t Cirille que vous me
cités, déclare dans sa 14e. Catachèse sur s.t. Jean Homilies
71.74.75. Que quant à la nature de sa divinité J. C. n 'est
pas absent de nous ; mais qu 'il est absent selon la dispensation du corps qu
'il a prix : qu 'il ne faut pas le chercher sur la terre, mais au Ciel où il
faut élever nôtre foi. Origene sur s.t. Mathieu, et s.t Augustin
de verbo Domini sermon 60e s'expliquent de la même manière.
J'ajouterai ici quelques autres authorités de ces premiers Peres de l'Eglise
pour appuyer nôtre sentiment. Le sacrement,
dit St Augustin Epit. 23. ad Bonif. est le corps de
Christ en quelque manière. Le Seigneur, dit-il encore, n'a point fait difficulté de dire, ceci est mon corps, quand il
donnoit le signe de son corps, aug. contre asim. chap. 12.
Facundus Evêque Africain
qui ecrivoit vers le milieu du 6e. siècle, disoit
Nous appelions le
sacrement le corps et le sang de J. C. non que le pain soit proprement son
corps, et le calice son sang ; mais parce qu'ils en contiennent le mystere.
Facund. Lib. 9e. Capite ultimo.
Tertullien écrivant
contre Marcion hérétique qui admettait deux principes, dit J.C. aiant pris le pain, il le fit son corps, en disant, ceci est mon
corps, c'est à dire, ajoute-t-il, la figure de mon corps. Je pourrois, Mon très cher
frere, vous raporter un plus grand nombre d'authorités des Peres de l'Eglise ; mais je m'en tiens à celles là, que vous
pourrés consulter, si vous le jugés à propos. Je pourrais aussi me dispenser de
répondre à ce que vous me dites des schismatiques qui quoique séparés de
l'Eglise Rom. dites vous, du moins plusieurs d'entr'eux depuis plus de 13
siècles, on toûjours cru le dogme de ia transubstantiation, doctrine qu'ils ne
pouvoient avoir aprise que des premiers Peres de
l'Eglise! Il faudroit être bien ignorant dans l'histoire Ecclésiastique, pour
ne pas savoir que les schismatiques qui se sont séparés de l'Eglise Romaine
avant le 8e siècle ne croioient ni la présence réelle, ni la
transubstantiation. Je me
dimanche 1 avril 2012
contenterai de raporter la décision d'un Concile de
Constantinople de l'an 754 où se trouvèrent 338 Evêques. Les Peres de ce Concile décidèrent donc que ce qui est offert au sacrement est la substance du pain et du vin; que
ce pain est l'image de la chair naturelle du sauveur, et que c'est un type et
une commémoration de sa passion ; que Dieu n 'a point voulu choisir d'autre
type, ni rien qui eut la figure d'un homme, pour ne donner aucune occasion à
l'idolâtrie voila un Concile d'Evêques schismatiques qui ne
croient point le Dogme de la transubstantiation, et comment l'auroient-ils
cru, puisqu'il n'étoit pas même connu de l'Eglise Romaine. Ce ne fut que 33 ans
après dans le Second Concile de Nicée, tenu contre les Iconoclastes, que les Peres de ce Concile avancèrent pour la première fois que
l'Eucharistie n'étoit pas l'image de la chair de J.C. mais son propre corps et
son propre sang. Ce qui donne lieu à Pas- chase Raben Moine de Corbie de faire
quelques années après un Traité du Corps et du sang du Seigneur, ce qui lui
attira à dos presque tous les Ecrivains du 9e siècle, avouant lui
même que son sentiment avoit trouvé de grandes oppositions, et dans les siècles
suivants il y a toûjours eu des Docteurs qui l'ont combattu. Voilà donc
l'Epoque du dogne de la transubstantiation, c'est à dire qu'il a environ 900
ans. Ne croiés pas, Mon très cher frere, que je vous en impose, le Cardinal
Bellarmin et le Jesuite Sirmond assurent que Paschase a été le premier qui ait
expliqué le véritable sentiment de l'Eglise Catholique, et qui ait ouvert le
chemin aux autres. Si ce Dogme avoit été toûjours cru dans l'Eglise tant des Peres éclairés et zélés des huit premiers siècles
auroient-ils laissé à Paschase la gloire de l'expliquer, et Paschase auroit-il
trouvé de si grandes oppositions pour le faire recevoir ? Je borne ici, Mon très cher frère, mes réponses, et je finis par cette
explication que St Augustin donne des paroles sacramentales, et que vous trouve- rés dans le brevieraire in festo
corporis christi, les voici mot à mot Qui
manducat meam carmen,
et bibit meum sanguinem, in me manet et
eguin eo. Hoc est enim manducare illam escam, et ilium bibere
potum, in christo manere, et ilium manentem in se habere. Ac per hoc qui mon manet in christo, et in quo non manet Christus, procul dubio non manducat spiri- tualiter
ejus carnem, nec bibit ejus sanguinem, licet carnaliter et visibiliter premat dentibas sacramenta corporis et sanguinis christi &C. vous
pourrés remarquer qu'il s'agit dans la Ste Cène d'une manducation spirituelle
de la chair de J.C. et qu'on ne mâche que les symboles du corps et du sang de
Jésus Christ, ce qui est nôtre sentiment. Je vous prie, Mon très Cher frere, de
prendre en bonne part tout ce que je viens de vous écrire, vous me ferés même
un grand plaisir de continuer à m'écrire soit (...)
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