Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
dimanche 1 avril 2012
contenterai de raporter la décision d'un Concile de
Constantinople de l'an 754 où se trouvèrent 338 Evêques. Les Peres de ce Concile décidèrent donc que ce qui est offert au sacrement est la substance du pain et du vin; que
ce pain est l'image de la chair naturelle du sauveur, et que c'est un type et
une commémoration de sa passion ; que Dieu n 'a point voulu choisir d'autre
type, ni rien qui eut la figure d'un homme, pour ne donner aucune occasion à
l'idolâtrie voila un Concile d'Evêques schismatiques qui ne
croient point le Dogme de la transubstantiation, et comment l'auroient-ils
cru, puisqu'il n'étoit pas même connu de l'Eglise Romaine. Ce ne fut que 33 ans
après dans le Second Concile de Nicée, tenu contre les Iconoclastes, que les Peres de ce Concile avancèrent pour la première fois que
l'Eucharistie n'étoit pas l'image de la chair de J.C. mais son propre corps et
son propre sang. Ce qui donne lieu à Pas- chase Raben Moine de Corbie de faire
quelques années après un Traité du Corps et du sang du Seigneur, ce qui lui
attira à dos presque tous les Ecrivains du 9e siècle, avouant lui
même que son sentiment avoit trouvé de grandes oppositions, et dans les siècles
suivants il y a toûjours eu des Docteurs qui l'ont combattu. Voilà donc
l'Epoque du dogne de la transubstantiation, c'est à dire qu'il a environ 900
ans. Ne croiés pas, Mon très cher frere, que je vous en impose, le Cardinal
Bellarmin et le Jesuite Sirmond assurent que Paschase a été le premier qui ait
expliqué le véritable sentiment de l'Eglise Catholique, et qui ait ouvert le
chemin aux autres. Si ce Dogme avoit été toûjours cru dans l'Eglise tant des Peres éclairés et zélés des huit premiers siècles
auroient-ils laissé à Paschase la gloire de l'expliquer, et Paschase auroit-il
trouvé de si grandes oppositions pour le faire recevoir ? Je borne ici, Mon très cher frère, mes réponses, et je finis par cette
explication que St Augustin donne des paroles sacramentales, et que vous trouve- rés dans le brevieraire in festo
corporis christi, les voici mot à mot Qui
manducat meam carmen,
et bibit meum sanguinem, in me manet et
eguin eo. Hoc est enim manducare illam escam, et ilium bibere
potum, in christo manere, et ilium manentem in se habere. Ac per hoc qui mon manet in christo, et in quo non manet Christus, procul dubio non manducat spiri- tualiter
ejus carnem, nec bibit ejus sanguinem, licet carnaliter et visibiliter premat dentibas sacramenta corporis et sanguinis christi &C. vous
pourrés remarquer qu'il s'agit dans la Ste Cène d'une manducation spirituelle
de la chair de J.C. et qu'on ne mâche que les symboles du corps et du sang de
Jésus Christ, ce qui est nôtre sentiment. Je vous prie, Mon très Cher frere, de
prendre en bonne part tout ce que je viens de vous écrire, vous me ferés même
un grand plaisir de continuer à m'écrire soit (...)