Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


vendredi 6 avril 2012


vos ministres se glorifient de n'avoir d'autre Règle de leur foy que la pure parole de Dieu, telle, qu'elle se trouve dans les Stes ecritures : la confes­sion, telle, qu'elle est en usage parmi n'est-elle pas évidemment contenue dans les paroles de J.C. Interpretées dans le sens, qu'elles présentent natu- rellem.t à tout homme capable de réfléchir ? Ils les interpretent autrem.t mais leur Interprétation s'accorde-t-elle Bien avec la veritable signification des termes, dont J.C. s'est servi ! S'accorde-t-elle avec celle des plus sca- vants homme de l'eglize de J.C. Ces grands genies, voysins du tems, ou les Apotres ont vécu, scavoint sans doute Bien mieux, que vos ministres venus dans ces derniers tems, qu'elle est la veritable Intelligence des ecritures : consultons en quelsques uns. St Basile nous dira, qu'il est nécessaire de confesser ses péchés à ceux qui sont chargés de dispenser les Sts mysteres. St Augustin dans sa 49 homelie nous parlera en ces termes : que personne ne dise [1]
n'est-ce pas la, mons-r, le sens literal et naturel des paroles de J.C. Leur en donner une autre, n'est ce pas leur faire violence, et s'ecarter de leur verita­ble signification ? Ecoutés St Augustin, rien de plus fort et de plus Instructif, que ce qu'il dit de ces fausses Interprétations dans sa 49e homelie. que persone ne dise, ce sont ses propres paroles, que personne ne dise : je fais penitence en secret ; Dieu le scait, de qui j'attends le pardon : cela ne suffit-Il pas. mais, Répond ce St docteur, s'il en est ainsi, ne faudroit II pas dire, que c'est sans raison, que J.C. à dit. tout ce que vous délierés sur la terre sera délié dans le ciel ? C'est donc en vain que les clefs ont été données à l'églize : nous frustrons donc l'evangile, nous rendons vaines les paroles de J.C. pouvons nous vous promettre, ce qu'il a déclaré ne vouloir pas vous accorder, et II ajoute dans l'homelie suivante, que celuy qui à la cons­cience chargée de péchés mortels, n'à point de salut à esperer, s'il n'à Recours aux clefs de l'eglize. Vous venès, mons.r, de l'entandre de la Bou­che du plus Saint et plus scavant eveque du 4e siecle dire aux pecheurs, Il vous suffit de faire penitence en secret, et de voirs confesser à Dieu seul, ne vous embarrassés pas d'aller trouver un ministre de l'eglize, et de Luy declarer vos Péchés, pour en obtenir ou la Remission, ou le Refus de l'absolution, selon qu'il le Jugera à propos tout cela n'est point nécessaire, parler de la sorte, dis ce grand docteur, c'est ne donner aucun sens raison­nable à ces paroles de J.C. : tout ce que vous delierès sur la terre sera


[1] Le texte manuscrit (à partir de « vos ministres se glorifient de n'avoir d'autre règle...» jusqu'à « ...que personne ne dise ».) est raturé de trois grandes barres verticales. Le texte du Sgr de Grandbois cor­respond donc certainement à son brouillon personnel.