Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


samedi 31 mars 2012

2ème lettre du catholique


Vous ([1]) ne trouverés dans cette lettre, que quelques courtes Reflexions sur les faibles réponses, que vous faites aux solides raisons, que.Je vous avois proposées. Je vois Bien, et Je le.Vois pénétré de la plus Vive douleur, que dans les dispositions d'esprit et de Cœur, ou Vous paroissés etre ; Je ne Vous ramenerai pas, mais j'ay craint, que si Je gardois le silence ; vous ne crussiés, que Je n'avois rien à Répondre. Commençons en suivant de Point en Point votre lettre
le. Les absurdités et les contradictions, que Vous nous attribués sont autant de fausses Imputations, nous ne disons pas que J.C. assis à table étoit Un, et n'étoit pas Un, qu'il etoit tout à la fois Vivant et mort, crucifié, avant qu'il le fut, que nous le recevons tel qu'il fut surla Croix, c'est à-dire rompu et déchiré, et qu'enfin II se mangea, ou du moins qu'il pouvoit se manger luy meme : nous disons rien de tout cela : mais voyez ce que nous disons : que par l'opération toute puissante du St esprit. Le meme corps, qui etoit assis dans le cenacle, etoit caché sous les apparences du Pain et du Vin Consacrés, que le meme corps, qui était Vivant dans le Cenacle ; etoit aussi Vivant mais caché sous les apparences du pain et du Vin, et qu'il n'y etoit point sous la forme et la realité d'un Corps Rompu et déchiré : nous disons enfin, que J.C. ne se mangea point, et qu'il n'avoit gardé de se man­ger, parce qu'il n'Instituait ce Sacrem.t que pour Servir de nourriture à ses disciples, non à luy meme
2e vous avés beau tourner et Retourner sur les ceremonies de la Pasque Judaique II Reste toujours, que J.C. en donnant à ses Apôtres le pain et le vin consacrés a dit Cecy est mon corps Cecy est mon Sang ; que le sens pro­pre et literal de ces paroles est ; que ce que J.C. donnoit à ses Apôtres etoit son veritable Corps, son veritable Sang, et qu'il n'est pas permis de s'écar­ter du sens literal, sans une raison



[1] Réponse du catholique. Il s'agit de la dernière lettre de sa main dont nous disposons. La suite de la correspondance ne nous présentera plus que les textes du frère protestant.

vendredi 30 mars 2012



certaine et évidente raison, que vous n'avés certainement pas.
3e. St mathieu, St marc, et St Luc s'accordent à dire, que J.C. ne dit qu'une fois, je ne boirai plus du fruit de la vigne; Les deux premiers n'ayant pas jugé à propos de parler du Repas Judaïque ont par Une transposition nul- lemt blamable rapporté les paroles de J.C. après le repas Eucharistique ; et Ils ne pouvoient faire autrem.t, ne voulant point parler du Repas Judaïque, mais St Luc faisant mention de ce double repas à placé les paroles après le repas, après leq.l elles avoint été prononcées : et si elles ne l'avoint pas été alors, ne seroit ce pas une fausseté, que cet évangeliste avanceroit. 4e nous convenons, que le Corps de J.C., quoyque reelm.t contenu sous les apparences du pain et du vin n'est plus sur la terre tel qu'il y Etoit avant la passsion, c'est à dire visible et sous sa forme naturelle ; et qu'il reviendra sous cette forme qu'à la fin des siècles. Cela n'empeche pas ; qu'il ne Soit parmi nous caché sous les apparences du Pain et du Vin, ainsi qu'il nous assure luy en termes formels en disant cecy et mon corps, faites cecy en memoire de moy.
5e Je vous deja dit, que les absurdités, et les contractions, que vous attri­bués à ceux qui croyent la transubstantiation, sont autant de fausses Impu­tations : rendés leur Justice ; et vous trouverés, que le mystère, qu'ils croyent, est comme celuy de la trinité, audessus de tout entendem.t humain, mais nullem.t opposé à n.re raison
6e C'est aller contre la vérité connue et constatée par les actes les plus authentiques dont Je Vous ay parlé dans ma premiere lettre, que de nier que les diverses Eglizes grecques, Arménienes, Egyptienes, Ethyopienes croyent la transubstantion : et II ne sert de dire, que parmi les diverses sectes, les Unes sont nestorienes, les autres Eutychienes, car II n'y en a gue- res d'autres au moins considérables. Il est toujours Vray de dire, que les unes et les autres croyent, qu'en vertu des Paroles sacramentelles, le pain est changé au Corps de n.re Sgr, tel qu'ils le croyent ainsi vous qui le croyés, tel que nous le luy attribuons, 

jeudi 29 mars 2012


vous devriés croire, qu'en Vertu des Paroles sacramentelles le Pain est changé au Véritable corps de J.C. Je n'ay garde de vous suivie dans les longs raisonnem.ts et ce tas de citations, dont vous chargés la 4e page de v.re lettre, qui en Vérité n'aboutissent à rien et auxq.les Je me contente d'opposer les actes Authentiques des Conciles et des patriarches, qui attestent, que la transubstation a été et est encore la foy de leurs Eglizes, et Anathematizent ceux, qui croyent le contraire. Je ne scais pas pourquoy vous revenés encore à soutenir qu'avant le 9e siecle ; nulle eglize ne croyoit la transubstation ; Vous n'avés donc pas lu ce que je vous marquois dans ma derniere lettre au sujet de Pascahe. 7e vous finissés v.re lettre par un tas de Citations tirées des liturgies et des écrits des SS. Peres. quel vaste champ n'aurois Je pas, Si je voulois me ser­vir contre vous des memes moyens, pour un passage, que vous croyés vous etre favorable, J'en aurois vingt à vous opposer, et Je n'aurois nulle peine à Répondre aux vôtres, mais à quoy aboutiroit ce travail. Livré à Vre sens particulier, et à Une aveugle prévention, vous leur donneriès une Interpré­tation arbitraire. Les nestoriens, les Eutychiens, les Ariens, les Sociniens, les lutheriens ne manquent pas de Passages pour appuyer leurs erreurs et de spécieuses réponses, pour eluder la force de ceux, qu'on leur oppose, tant II est vray, qu'il faut necessairem.t pour fixer la foy, qu'il y ayt un Juge, qui puisse Infalliblem.t prononcer sur le vray sens des textes des ecritures et quel est ce Juge Infaillible peut II y en avoir d'autre ; que l'eglize Romaine ; que vous avés abbandonné, mais qui ne laisse pas d'etre tou­jours celle ; à qui J.C à dit, je suis avec vous jusqu'à la consommation des siecles : qui vous écouté m'ecoute ; et qui vous méprise, me méprise.

mercredi 28 mars 2012


a Monsieur. Monsieur de Grandbois Conseiller du Roy au Présidial et séné­chal. A clermont Ferrant en auvergne.
Mon très cher Frere
Vos lettres me font un si grand plaisir, que quelques choquants que soient les termes dont vous vous servés, je ne laisse pas de les prendre en bonne part, étant persuadé, que vous vous intéressés véritablement à mon salut. Mais vous me permettrés aussi de vous dire que vous ne pesés pas assés mes raison et que vous revenés toûjours à vos idées, car quoique les Ecrivains sacrés parlent de corps, de chair, de sang, il ne s'ensuit pas qu'on doive prendre ces expressions à la lettre, comme je me flatte de vous l'avoir suffi­samment prouvé. Vous m'imputés d'avoir adopté tous les malheureux principes des Héretiques en falsifiant ou interprétant les textes de l'Ecriture s.te a ma fantaisie Je ne sçai, Mon cher Frere, quel est le texte que j'ai falsi­fié, car je n'en ai cité aucun que je n'aie tiré de la Bible de Louvain qui ne doit point vous être suspecte. Quant à l'interprétation que je leur ai don­née, je l'ai prise des Pères de l'Eglise, que vous auriés tort de regarder comme Hérétiques. Je vous ai dit avec Tertulien, que J.C. aiant pris du pain, le fit son corps en disant ; Ceci est mon corps, c'est à dire, ajoute ce Pere, la figure de mon corps. Je vous ai dit encore avec St Augustin ; Le seigneur n 'a pas fait difficulté de dire, ceci est mon corps, quand il donnoit le signe de son corps Et avec St. Chrysostome et Gelase, que le pain consa­cré est honoré du nom du corps du seigneur, encore que la nature du pain demeure toûjours, que la substance ou la nature du pain ne cesse point d'être au sacrement. Si ceux qui suivent cette Doctrine sont Hérétiques, comme il vous plaît de les appeller, il faudra regarder comme tels les plus saints Docteurs des premiers siècles de l'Eglise. Vous aves raison, Mon très cher Frère, de me dire que je ne recevrai point la décision du 4e Concile de Latran tenu sous le Pape Innocent 3. Cependant ce Pape avouoit qu'il res­tait dans l'Eucharistie une certaine panéité et vénéité qui apaisent la faim et la soif. Je ne sai si ce sentiment est bien conforme à celui de la transubstanciation, tel que vous l'établisses aujourd'hui. Vous n'auriés pas dû me par­ler de ce corps si respectable des Peres qui composoient ce Concile. Mathieu Paris Religieux Bénédictin de la Congrégation de Clugni, homme savant et d'une très rare probité qui fleurissoit vers le milieu du 13e Siecle, en pensoit bien différemment « Le peu de foi, dit-il, qui restoit alors, et qui  n'étoit plus qu'une petite étincelle de feu, s'éteignit entièrement, tout se  réduisit en cendres. L'on commettoit le crime de simonie sans honte.  L'usure étoit publique et rongeoit également les grands et les petits. La  charité s'étoit évanouie, la liberté ecclésiastique étoit périe, la Réligion  anéantie, et la ville de Sion étoit devenue une infâme protituée sans  pudeur, comme sans chasteté. On ne voioit tous les jours que des gens dela derniere lie du peuple, sans lettres et sans vertu, armés de Bules Romaines, qui pilloient impunément tous les revenus accordés par nos  ancetres aux Réligieux pour leur nourriture, la subsistance des Pauvres  et l'exercice de l'hospitalité, sans avoir aucun respect pour les priviléges qui leur avoient été accordés. Il falloit payer sur le champ tout ce qu'ils demandoient, autrement vous étiés frapés de foudres et d'ana thèmes. Et si ceux qu'on pilloit ainsi, vouloient se défendre par quelqu'apel, ou par le moyen de leurs privilèges, aussi tôt venoit un Prélat  authorisé d'un bref Papal, qui les excommunioit. On dépouilloit ainsi le monde hardiment, insolemment, impunément, selon ce mot du Poète :  Les armes à la main un Puissant vous supplie. Cela fut cause que là où l'on voioit qu'auparavant les gentils hommes et les Ecclésiastiques rentés, les Patrons des Eglises et tant d'autres avoient accoutumé d'embellir les terres de leurs Domaines, de recevoir les passants et les bien traiter, recueillir et secourir les pauvres, on n'y voioit plus que des scélérats des perfides, des fripons de procureurs et des fermiers Romains qui  ravageoient tout ce qu'il y avoit de bon, et le faisoient tenir à leurs Maîtres  qui vivoient délicieusement du patrimoine du Crucifix, et faisoient  parade des richesses, ou plûtôt de la mendicité d'autrui. De quelle  douleur n'étoit-on pas touché quand on voioit les larmes des gens de bien, leurs tristes plaintes, leurs sanglots amers pour ces injustices et qu'on entendoit ces cris lamentables qui fendoient le cœur : il nous seroit plus avantageux de mourir, que de voir ces spectacles d'horreur et toutes ces funestes calamités qui désolent nôtre nation et scandalisent les Saints ! O sollicitude stérile de la Cour de Rome ! O aveugle ambition ! Nous souffrons tous pour ses désordres. Et cette Eglise Universelle que  que tu devrois défendre par ton authorité et par tes biens immenses, se plaint que c'est toi même qui l'opprimes. Tel est le témoignage que rendoit à ce grand nombre de témoins si respectables ce Docteur qui fut chargé de réformer des Monastères et d'établir par tout la discipline monastique.
Monastique Walter Mapez archidiacre d'Oxford n'en parle pas plus avantageusement, il dit que Rome est à la vérité le chef de l'Univers ; mais un Chef tout pourri, et dont le corps est tout gâté. Les Ecrivains du 14e et 15e siècle tien­nent le même langage. L'un d'eux assure que les désordres de Rome furent si grands, dans le 14e siècle, et si scandaleux, qu'ils donnèrent lieu à Fréde- rich Roi de Sicile de douter de la vérité de l'Evangile, et de penser que la Religion Chrétienne étoit un joug onéreux que les Politiques avoient imposé aux autres hommes. Du Plessis Mornay, Mist. d'iniquité, pag. 973 &C. Je pourrois ajouter ici divers traits de la vie infâme que plusieurs de vos prétendus Chefs de l'Eglise ont menée ; mais ils sont assés connus par ceux là même de votre communion.
Telle étant la corruption de l'Eglise Romaine dans les siècles qui ont pré­cédé celui de nôtre Réformation, telle étant la dépravation de son chef et de ses membres, il étoit aisé de reconnoitre que ce n'étoit point là cette Epouse de J.C. qui doit être sans tache et sans ride, et que ce divin sauveur s'est consacrée. Que ce n'étoit point là cette Eglise à qui J.C. avoit fait ses promesses, contre laquelle les portes de l'Enfer ne prévaudroient point, qui est dirigée par l'Esprit de Dieu, à qui l'on a donné en conséquence le nom de sainte. En effet quelle communion peut il y avoir entre la lumière et les ténébres, entre la corruption et la sainteté ? Mais me dirés vous peut être ce que vous imputés à l'Eglise Romaine ne regarde que les mœurs corrompues de quelques Papes et du Clergé ; cela n'empêche point que leur doctrine n'ait été pure, et que par conséquent ils ne soient les dépositaires de la foi, Mais outre qu'il n'est pas possible qu'une Eglise qui tolère et authorise le vice, ait une foi pure, puisque St Jacques nous enseigne que la foi sans les œuvres est morte, et qu'il veut que nous donnions des preuves de nôtre foi par nos bonnes œuvres, je vai faire voir que bien loin que l'Eglise Romaine suive la loy de J.C. elle enseigne au contraire des Doctrines opposées à cette Loi, et que par ses traditions elle viole les commandements de Dieu, repro­che que J.C. faisoit aux scribles et aux Pharisiens Math. Chap.XV. Ie La loi de J.C. veut que nous adorions Dieu en esprit et en vérité. Jean IV v.24. Et l'Eglise Romaine enseigne que l'on doit employer dans le service divin diverses cérémonies et les images, ce qui expressement et severement défendu dans la loi de Dieu, et elle rend par conséquent à Dieu un culte grossier et corporel. Je dis plus un culte idolatre. Ajoutés qu'elle employe dans ce culte une langue qui n'est point entendue du peuple. 2e J.C. nous enseigne que nous ne devons adorer, servir, prier et invoquer que Dieu seul, et outre que vous adorés l'hostie, la Croix et les images, vous priés et vous invoqués les saints et les saintes, quoique vous n'en trouviés aucun exemple dans l'Ecriture Sainte.
3e St Paul nous apprend qu'il n'y a qu'un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, savoir J.C. Que si nous avons péché, nous avons un avocat auprès du Père, savoir J.C. le juste. Et vous faites des saints et des saintes tout autant de Médiateurs et d'avocats.
4e St Jean nous enseigne que le sang de J.C. nous purifie de tout peché, et vôtre Eglise établit un-Purgatoire, pour purifier les ames après la mort, et rend ainsi le sacrifice de J.C. insufisant ou imparfait. 5e L'Eglise Romaine enseigne que le sacrifice de la Messe est un sacrifice non sanglant que l'on offre pour l'expiation des péchés des vivants et des morts ; contre ce que St Paul enseigne que sans effusion de sang il ne se fait point de remission des péchés et que J.C. ne s'offre pas plusieurs fois. Voiés Heb Chap IX et VII
6e J.C. en instituant la Ste Cène a ordonné d'y participer sous les deux especes, du pain et du vin ; mais le Concile de Constance au commence­ment du 15e siècle jugea à propos de retrancher la coupe au Peuple, anathé- matisant ceux qui contreviendroient, et les livrant au bras séculier. Ce qui doit faire horreur, puisque l'anathème que les Peres de ce Concile fulmi­nent, retombe sur J.C. lui même, et sur la pratique des Apôtres et de toute la primitive Eglise.
7e L'Eglise Romaine prétend que le Pape est le Chef de l'eglise universelle, contre ce que St Paul enseigne que Dieu a donné J.C. pour être chef de l'Eglise qui est son corps. Ephes. 1.22.supposé que les Papes fussent les successeurs de St Pierre, ils ne pourraient pas avoir plus d'authorité sur les Evêques, que St



lundi 26 mars 2012

Pierre n'avoit sur les autres Apôtres. Or St Paul déclare qu'il n'est inférieur en rien aux Apôtres. II Cor. XI 5. Qu'il résista en face à St Pierre. Gai.II. Dans les différentes charges que J.C. a établies dans son Eglise, il n'est fait aucune mention d'un chef visible. Lisés le 4e chapitre aux Ephésiens. Et voiés le VIIIe des actes W. 14. où il est dit que Pierre et Jean furent envoyés à ceux de Samarie par les Apôtres. Ce qui ne marque pas cette souveraine authorité que l'on attribue aujourd'hui au Pontife Romain.
Je m'arrete ici, Mon très cher Frere, parce que ces erreurs sont assés consi­dérables ; pour vous faire sentir que l'Eglise Romaine n'aiant pas suivi la Loi de J.C. il lui est arrivé de subir le même sort que les Eglises d'Asie fon­dées par les Apôtres mêmes ont subi, et c'est ce dont St Paul l'avoit mena­cée. Voiés le chapitre onzième de son Epitre au Romains : Et en effet qu'auroit signifié cette menace, si l'Eglise Romaine eut été cette Eglise infaillible contre laquelle les portes de l'Enfer ne prévoudroient point. Je finirai cette réponse par quelques remarques que je ferai sur ce qui me reste à répondre à vôtre lettre. La première remarque que je fais, c'est que vous confondés toujours l'Eglise Romaine avec l'Eglise universelle, car quoique cette Eglise ait usurpé le titre de Catholique, elle ne laisse pas d'etre une Eglise particulière, telles qu'étoient autrefois les Eglises de Corinthe, de Galatie, de Thessalonique ; et aujourd'hui les Eglises Gallicane, Anglicane &C ; Or les promesses de J.C. regardent l'Eglise universelle, et non aucune Eglise particulière, puisqu'il n'y en a aucune qui ne puisse tomber dans l'erreur et qui n'y soit effectivement tombée ; je parle du moins pour la plûpart.
Une seconde remarque, c'est que l'on doit regarder les apôtres comme des ambassadeurs à qui J.C. a donné ses instructions et qu'il a munis de pleins pouvoirs pour aller annoncer l'Evangile à toutes les nations, avec pouvoir de se choisir des successeurs, à qui ils transmettroient leurs instructions. J'avoue que les Apôtres se sont fidèlement acquités de leur commission, mais la plûpart de leurs successeurs ont été des prévaricateurs, qui se sont éloignés de leurs instructions, comme je l'ai prouvé cy dessus, et ainsi cette promesse que J.C. fit à ses apôtres et à leurs successeurs ; Qui vous écoute m'écoute ; je serai avec vous jusqu 'à la consommation des siècles, ne peut regarder que ceux qui ont suivi et annoncé l'Evangile, tel qu'il nous a été laissé par les apôtres. Une 3e remarque, c'est que vous attribués à l'Eglise ce que J.C. dit de la Doctrine de l'Evangile et (...) sainteté dont doivent être revetus ceux qui l'annoncent. Ils sont le sel de la terre, ils sont une (...) située sur une montagne, et l'Evangile une lumière qui ne sauroit être cachée ; ou si vous voulés un flambeau qu'on ne sauroit éteindre. En effet vous n'ignorés pas que l'Eglise dans les trois premiers siècles étoit obligés de se cacher, n'aiant ni Temples, ni exercices publics ; et que vers le milieu du 4e siècle tout le monde entier gémit et s'étonna de se voir arien, comme l'assure St Jérôme, le Pape Libéré aiant lui même souscri à l'arianisme. St Jean déclare encore dans le 12e Chap de l'apocalypse que l'Antéchrist sera assis au Temple de Dieu et que la femme, c'est à dire l'Eglise, sera obligée de s'enfuir au désert. Vos Docteurs avouent que cet antéchrist doit abolir tout le Culte de Dieu, et qu'on sera obligé de chercher l'Eglise dans les déserts et dans les cachots. Vous voiés donc, Mon très cher Frère, que l'Eglise n'a pas été et ne sera pas toûjours visible, et qu'on ne peut attribuer la sainteté, et la direction de l'esprit de Dieu, qu'à ce corps de fidèles qui suivent la doctrine et les préceptes de l'Evangile. C'est en effet ce corps la qui compose la vraie Eglise De J.C.
Enfin la dernière remarque que je fais, c'est que je vois avec chagrin qu'on vous a imposé en vous faisant entendre que les plus habiles personnages et les plus éclairés des Protestants abjurent leur Réligion à l'heure de la mort, c'est une vieille imposture qu'on a soin d'entretenir dans vôtre Eglise. Feu Mr Pictet me fit voir un jour un livre dans lequel on soutenoit qu'il étoit allé à Rome changer de Religion, et depuis sa mort on a eu l'impudence de soutenir qu'il avoit changé dans son lit de mort, on a dit la même chose de Mr de Beze et de plusieurs autres. Un Docteur Medecin de Lion dans la vie qu'il a donnée de Calvin, assure qu'il avoit été fouëté et marqué de la fleur de lys à Noyon, et qu'il avoit essayé de ressusciter un mort à Geneve ; en vérité il faut n'avoir aucune bonne raison à alléguer, pour avoir recours à de telles impostures. Je n'ignore pas qu'il y a eu plusieurs Ministres qui ont changé de Réligion ; mais vous ne devés pas non plus ignorer quels sont les motifs qui ont pû


dimanche 25 mars 2012

les engager à faire cette démarche. L'amour de la Patrie, les pensions, les emploits ; en un mot le bien être qu'on leur a procuré, et qu'ils n'auroient point trouvé dans le païs étranger, ont plus contribué à leur changement que l'amour de la vérité. Si nous voulions tirer gloire des conversions, je vous parlerois du Neveu du Pape qui abjura il y a quelques années les erreurs de vôtre Eglise et que j'ai vû plusieurs fois chés moi ; mais je fais peu de cas de cette sorte d'exemples. J'ai été fort surpris, Mon très cher Frere, d'apprendre que nôtre Pere ait laissé si peu de bien, vû qu'en 1724 vous me marquâtes qu'il en avoit gagné considérablement, puisqu'il avoit envoyé à Paris pour 50000 iï de charbon de pierre pour se garantir de la perte des billets de banque, et que ce bien augmentoit tous les jours. Quoiqu'il en soit je puis, grâces à Dieu me passer des biens de patri­moine, et supposé même que je revinse un jour auprès de vous, ce qui me seroit fort doux, j'aurois assés de bien, pour ne pas profiter des offres obli­geantes que vous me faites et auxquelles je suis très sensible. Le Sr Porte qui est ici m'a fort affligé en m'apprenant que vous aviés un procès avec un Monastère de Religieuses, pour lequel vous étiés allé à Paris II m'a donné à entendre que cette affaire étoit très sérieuse, et que vous risquiés de perdre, votre charge ; je vous prie, Mon très cher Frere, de m'apprendre ce qu'il en est, m'interesant infinimt pour tout ce qui vous regarde. J'ai apris avec plaisir des nouvelles de nôtre chère Nièce, je prie Dieu qu'il veuille bien lui accorder un heureux accouchement. J'aurois été charmé de vous voir dans ce païs cette automne ; mais je me flatte que vous voudrés bien prendre vos mesures pour y venir dans un autre tems, ce qui me feroit un grand plaisir, n'aiant rien tant à cœur que de vous témoigner de bouche ce que je sens pour vous, ce que je souhaiterois aussi que vous pensassiés sur mon compte, et vous donner enfin des marques réelles de cette tendresse et de cet attachement fraternel avec lequel je suis sincerement, Mon très cher Frere, vôtre très humble et très obéissant serviteur. Fougereux de Grandbois
Aiés la bonté, Mon très cher Frère, d'assurer de mes très humbles respects Madame nôtre Très honorée Mère, sans oublier vôtre très chère Epouse, ma chère sœur.



samedi 24 mars 2012

3ème lettre du protestant

A Monsieur. Monsieur de Grandbois Conseiller du roy au Présidial et Sénéchal de clermont A Clermont Ferrant en Auvergne.
Mon très cher Frere
J'ai vû par vôtre derniere lettre que vous batissés toûjours sur un fonde­ment ruineux, vous posés toûjours pour principe ce qui est en question, savoir que l'Eglise Romaine est cette Eglise contre laquelle les portes de l'Enfer ne sauroient prévaloir, à qui les promesses de l'infaillibilité ont été faites &C. Quand je n'aurois eu à vous opposer que ce seul passage de St Paul aux Romains : Vous demeurés fermes par vôtre foi, mais prenés garde de ne vous pas élever, et tenés vous dans la crainte, car si Dieu n'a point épargné les branches naturelles, vous devés craindre qu'il ne vous épargne pas non plus. Considérés donc la bonté et la sévérité de Dieu, sa sévérité envers ceux qui sont tombés, et sa bonté envers vous, si toute fois vous demeurés fermes dans l'état où sa bonté vous a mis, autrement vous serés retranchés Rom XI.20.21.22. Quand, dis-je, je n'aurois eu que ce seul passage à vous opposer, il est certain que selon cet Apôtre, l'Eglise Romaine pouvoit tomber dans l'erreur ; car enfin à qui addressoit-il ces paroles ? N'est-ce pas à l'assemblée des fidèles qui étoient à Rome, et par conséquent à l'Eglise Romaine ? et son exhortation n'auroit-elle pas été inutile, pour ne pas dire absurde, si cette Eglise devoit être infaillible, comme elle le pretend ? Les Ministres qui par intérêt, ou pour éviter la per­sécution, ont soutenu avec vôtre Eglise, que la voye d'examen est imprati­cable, n'ignoroient pas que J.C. ne l'avoit pas envisagée comme telle, puisqu'il la recommande expressément : Examinés avec soin les Écritures, dit ce divin sauveur, puisque vous croiés y trouver la vie éternelle Jean V.39. et que les Fidèles de Beroée sont loués dans le livre des actes, de ce qu'ils examinoient tous les jours les Ecritures, pour voir si ce qu'on leur enseignoit étoit véritable. Act. XVII. II. Jugés vous mêmes de ce que je dis, disoit encore st Paul aux corinthiens. I Cor X. 15. Eprouvés tout et approu­vés ce qui est bon I Thes. V. 21. Voila donc la voye d'examen bien établie, prescrite par J.C. aprouvée par les Apôtres ; mais vôtre Eglise plus sage que J.C. et les Apôtres la condamne, comme impraticable et même comme dangereuse. Mais je le demande, y a-t-il quelque article dans les Symboles des apôtres, de Nicée et de st. Athanase, où sont contenus tous les articles de la foi Catholique, nécéssaires au salut, qui ne soit enseigné d'une manière claire et fort intelligible dans l'Ecriture ste et qui par conséquent ne soit à la portée des plus simples et des plus ignorants. Ce qui faisoit dire à David en s'addressant à Dieuj Vôtre parole est la lampe qui éclaire mes pas, et la lumière qui luit dans les sentiers où je marche. Psau.CXVIII. 105.et si le vieux Testament paroissoit si clair à David, à combien plus forte raison l'Evangile le doit-il être surtout dans les choses qui intéressent le salut ; aussi St Paul déclare-t-il, que si l'Evangile est encore voilé, c'est pour ceux quiperissent qu'il est voilé. Pour ces infidèles dont le Dieu de ce siècle a aveuglé les esprits, afin qu'ils ne soient point éclairés par la lumière de l'Evangile. 2. Cor. IV.3.4. Par ce Dieu de ce siècle qui a aveuglé les esprits, ne pourroit-on pas entendre vôtre Tribunal infaillible, qui s'élevant au dessus de tout ce qui est appellé Dieu sur la terre, c'est à dire des têtes couronnées, et qui soumettant l'authorité divine à ses propres décisions, exige une foi aveugle, et veut faire recevoir ses Dogmes sans examen, quel­ques opposés qu'ils soient à l'Evangile ? Et en effet dans quel endroit de l'Evangile trouve-t-on, par exemple, que l'on doive invoquer les saints et les Anges, cités moi un seul exemple de cette invocation. J.C. nous ordonne d'adresser nos prières à Dieu, lorsque vous priés, dites Notre Père qui êtes au Ciel ; Dieu lui même veut que nous l'invoquions dans nos afflictions : Invoqués moi, dit-il, au jour de l'affliction, je vous délivrerai et vous aurés lieu de m'honorer Psau. 49.15. Nous avons pour avocat envers le Pere J.C.. I.Jean II. Mais si l'Invocation des saints n'est pas fondée sur l'Ecriture, le Culte que vous rendés aux Saints y est encore moins fondé. Que nul, dit st. Paul, ne vous ravisse le prix de vôtre course, en affectant de paroitre humble par un culte réligieux des anges. Col. II. 18. Et st. Jean aiant voulu se proter- ner devant un ange, l'ange lui dit ; gardés vous bien de le faire, adorés Dieu. Apoc.XXII. 9. Et ne me raportés point ici vôtre distinction de Latrie, de Dulie et d'uperdulie, car outre que l'Ecriture n'admet point cette distinction, St Jean n'auroit eu garde de rendre à un Ange le culte suprême. Où trouve-t-on encore dans l'Evangile que l'on doive avoir dans les Temples des Images, et leur ren­dre un honneur Réligieux, pratique qui n'a eu lieu que chés des Payens, et que les Chrétiens ont empruntée d'eux à la honte du christianisme. J'avoue que cette pratique qui commença à s'introduire au commencement du 4e siècle, pouvoit être tolerée, plarce que les chrétiens ne rendoient aucun culte aux Ima­ges, et que leur but étoit simplement de sanctifier les Temples, en substituant les Images de J.C. et des apôtres aux Images et aux statues des Divinités Payennes, afin d'attirer ainsi plus aisément les Payens au christianisme. Cependant les Peres du Concile d'Eliberis tenu l'an 306, craignant les suites d'une pratique


vendredi 23 mars 2012


si dangereuse, contre laquelle les Peres des trois premiers siècles de l'Eglise s'étoient toûjours élevés, regardant même la peinture, comme un art illicite, et obligeant les Peintres qui embrassoient le christia­nisme, à abandonner leur profession ; et à prendre quelqu'autre metier ; Les Peres, dis-je, d'Eliberis craignant les suites d'une pratique si dange­reuse, firent deux principaux Canons ; par le premier ils condamnèrent la coutume, comme superstitieuse, d'allumer des cierges pendant le jour dans les Cimetières, coutume que les chrétiens avoient aussi prise des Payens qui tenoient jour et nuit des chandelles allumées dans leurs Temples, ce dont les premiers Peres de l'Eglise se sont souvent moqués, comme d'une supersti­tion ridicule, vide Lactance liv. 6. Chap. 2. Notés en passant que vôtre Eglise n'a pas laissé d'admettre cette superstition, preuve évidente de son infaillibilité. Par le second Canon les Peres d'Eliberis ordonnent qu'il ne devoit point y avoir de peintures dans les Eglises, de peur que ce qui est servi et adoré ne soit sur les murailles. Vide Concil. Tom. 1er. pag. 627.Mendoza Lib.l. Cap.l. Notes ce terme de servi distingué de celui d'adoré, ce qui condamne toute sorte de culte. Ce que les Peres d'Eliberis vouloient prévenir, n'arriva que trop au grand scandale de l'Eglise, car Serenus Evêque de Marseille l'an 599 fut obligé de faire briser et jetter hors des Eglises Les Images, pour empecher les abus que le peuple en faisoit. Il est vrai que le Pape Grégoire 1er en louant son zélé lui marqua qu'il ne croioit pas qu'il eut dû les briser, parce, disoit-il, qu'on met les peintures dans les Eglises, afin que ceux qui ne savent pas lire, voient sur les murailles ce qu'ils ne peuvent apprendre dans les livres ; mais qu'il devoit détourner le peuple de pecher en adorant la peinture Grég. VII. Epist.10. Voilà l'usage que ce st. Pontife vouloit que l'on fit des Images, bien différent de celui qu'on en fait aujourd'hui dans vôtre Eglise. Le Concile de Constanti- nople tenu l'an 754 et où se trouvèrent 338 Evêques condamne formelle­ment les Images et leur Culte, come une invention du Démon. Les Peres de ce Concile déclarent qu'aiant examiné soigneusement la doctrine des six Conciles œcumeniques, ils avoient trouvé que l'art illicite des Peintres com- batoit le dogme capital de nôtre salut, qui est l'incarnation de J.C. et ren- versoit les définitions des six Conciles.
 « La peinture établit, disent ces Peres, l'erreur de Nestorius, qui divise  J.C. en deux, et ne laisse pas d'appuyer celles d'Arius, de Dioscore ;  d'Eutyches, et de Severe, qui enseignent le mélange et la confusion  des deux natures ; car le Peintre aiant fait une Image, la nomme Christ : or le nom de Christ signifie tout ensemble Dieu et homme ;  donc ou le Peintre a renfermé, comme il s'imagine, la divinité immense  dans les bornes de la chair créee ; ou il a confondu les deux natures  unies sans confusion. Celui qui adore l'image est coupable des mêmes  blasphèmes et la même malédiction tombe sur l'un et sur l'autre. Ils  chercheront sans doute à s'excuser en disant. Nous ne faisons l'image  que de la chair que nous avons vue et touchée, et qui a conversé avec  nous. Mais ils retombent par là dans l'impiété de Nestorius, car il faut  considérer que, selon les Peres, la chair de J.C. si tôt qu'elle a commencé  d'être, a été la chair du Verbe, sans jamais admettre aucune idée de séparation &C. Ce que l'on appelle faussement des Images, disent encore ces  Pères, ne vient pas de la tradition de J.C. des Apôtres, ou des Peres. Elles  n'ont point de prières particulières, pour les sanctifier, et demeurent  profanes et méprisables comme le Peintre les a faites. Que si l'on  demande pourquoi nous condamnons les Images de la Mere de Dieu et  des Saints qui sont purs hommes, sans avoir la nature divine comme J.C. nous dirons que l'Eglise est entre le Judaïsme et le Paganisme, et « rejette les cérémonies de l'un et de l'autre : Du Judaïsme, les sacrifices sanglants ; du Paganisme, la fabrication et le culte des Idoles, dont l'art détestable de la peinture est la source : car n'ayant point d'esperance de la Résurrection, ils ont inventé cette illusion, pour rendre comme présent ce qui ne l'étoit point. Mais pour les saints qui vivent avec Dieu, c'est leur faire injure que de les représenter avec  une matière morte par l'art des Payens. Tom. 7 Concil. P. 18. c'est ainsi que les Perres de ce Concile combattoient l'usage antichretien de se faire des Images pour leur rendre un Culte Réligieux, ordonnans de rejetter de l'Eglise avec abomination toute image peinte de quelque manière que ce soit. Je sai bien qu'en 787, c'est à dire 33 ans après le 2e. Concile de Nicée annulla tout ce que les Peres de Constantinople avoient fait contre les Images ; mais je sai aussi que le Pape Adrien Ier. aiant envoyé à Charlemagne les actes du Concile de Nicée ; pour les faire exami­ner et approuver par les Evêques d'Occident qui n'y avoient point eu de part, et n'y avoient pas même été appellés : Le Roy les aiant fait examiner, les Evêques de France trouvèrent la décision des Grecs contraire à leur usage, qui étoit bien d'avoir des Images dans les Eglises, mais non de leur rendre aucun Culte. On a tenu, disent ces Evêques dans une préface des livres qu'on attribue à Charlemagne ; on a tenu  il y a quelques années en Bithynie un Concile, où l'on a usé d'une telle imprudence, qu'on  y a rejetté entièrement les Images que les Anciens avoient mises pour  l'ornement des Eglisess et la mémoire des choses passées, attribuant  aux Images ce que le Seigneur a dit des Idoles, et prétendant que leur  Empereur Constantin les avoit délivrés de l'idolâtrie. On a tenu en ces  quartiers là un autre Concile il y a environ trois ans (savoir celui de  Nicée) qui donne dans une erreur opposée ; car aiant anathematisé le  premier ; il oblige à adorer les Images. Pour nous nous recevons les  six Conciles généraux ; mais nous rejettons avec mépris les nouvautés,  comme aussi ce Concile tenu en Bithynie pour faire adorer les Images. Charlemagne fit assembler en 794 un Concile à Francfort où se trouvèrent 300 Evêques et deux Légats du Pape dont le second Canon est conçu en ces termes. «  On a proposé la question du nouveau Concile des grecs tenu à  Constantinople touchant l'adoration des Images. Ce second Concile de  Constantinople portoit que quiconque ne rendoit pas aux Images des  Saints le service et l'adoration, comme à la Trinité divine, seroit jugé  Anathème.

jeudi 22 mars 2012

Les Pères du Concile ont rejetté et méprisé absolument cette adoration et cette servitude ; et ils l'ont condamnée unanimement. Heu­reuse eut été nôtre France, si l'on s'y fut toûjours conformé à ce judicieux Canon !
Il parait, Mon très cher Frère, par tout ce que j'ai rapporté cy des­sus 1°. que la voye d'examen n'est point impraticable pour le peuple, puis­que les Articles essentiels au salut sont enseignés d'une manière très claire dans l'Ecriture ; et qu'elle n'est pas non plus dangereuse pour les savants ; s'ils veulent y procéder avec un esprit dégagé de préjugés, avec humilité et par le seul désir de découvrir la vérité. Je dis au contraire que la voye que vous etablissés est beaucoup plus difficile, parce que l'on peut opposer Concile à Concile, et qu'aujourd'hui même dans vôtre propre Eglise on ignore où réside l'infaillibilité ; les uns voulant que ce soit le Pape ; les autres le Concile ; et les autres le Pape et le Concile joints ensemble. 2e. vous pourrés remarquer que vôtre Eglise en invoquant les saints, fait de ces saints tout autant de Médiateurs entre Dieu et les hommes, ce qui est injurieux à J.C. qui est nôtre seul Avocat et nôtre seul Médiateur, suivant la déclaration de l'Ecriture. Vôtre distinction de Médiateur de redemption et de Médiateur d'intercession est frivole, puisque qui dit Avocat, dit Médiateur d'intercession. D'ailleurs il est constant que l'invocation des saints étoit inconnue aux premiers chrétiens. Origène dans son Traité con­tre Celse Livre VIII. p.395.dit « qu'il ne faut invoquer que Dieu seul, et  son fils unique, le premier né de toutes les créatures, le Verbe de Dieu ;  à qui il faut demander que quand nos prières sont parvenues à lui, il les  présente en qualité de nôtre grand sacrificateur, à son Dieu qui est  aussi nôtre Dieu, et à son Père qui est aussi le Pere de ceux qui vivent  suivant ce que Dieu prescrit dans sa parole. Remarqués 1°. qu'Origène repondoit à cette question de Celse ; s'il y a des Démons, c'est à dire des intelligences célestes, il ne faut pas douter qu'ils ne soient à Dieu, et qu'il ne faille croire en eux, leur faire des offrandes selon les loix, et les invoquer, afin qu'ils nous soient favorables. Origène au lieu de répondre à Celse, Nous invoquons les saints, les anges ces Intelligences Celestes qui voyent Dieu face à face, ce qu'il n'auroit pas manqué de faire, si cette invocation eut eu lieu parmi les chrétiens ; il répond au contraire à cet ennemi de la Réligion chrétienne ; Loin de nous ce conseil, nous ne voulons y prêter l'oreille en façon du monde. Il ne faut invoquer que le Dieu souverain, et il faut invoquer avec lui son fils unique &C. Remarqués 2e. que si Origène dit qu'on doit invoquer J.C ce n'est qu'entant qu'il est nôtre grand sacrifica­teur, qui en cette qualité présente nos prières à Dieu, ce qui ne sauroit con­venir à aucun saint, ni à aucune intelligence céleste.
Il n'est pas moins certain que les chrétiens des trois premiers siècles n'avoient ni autels, ni simulacres, ni Images dans leurs Eglises. Ce qui paroit par les reproches que leur en faisoient les Payens, comme une mar­que d'irréligion. C'est le reproche que leur font Cécilius dans Minucius, et Celse dans Origène ; Pourquoi, (....)-ent-ils, n'avés vous aucun simulance, nulle effigie, ni Images consacrées ? A quoi ces (...) réponde-(              ) en niant le fait ; mais en alléguant les raisons qui les empechoient d'en avoir, prises de (               ) nature de ce Dieu qu'ils adoroient : à quoi ils ajoutent, nos Ima­ges sont nos vertus, les seules images de la divinité qui nous soient permi­ses. Je finis ici, parce que, Mon très cher Frere, si vous voulés vous donner la peine, et vous le devés, d'examiner la doctrine chrétienne des trois pre­miers siècles de l'Eglise, vous la trouverés bien opposée à celle de l'Eglise Romaine ; lisés entr'autres Origène contre Celse, Minucius, Tertullien, Cyprien, et les autres Apologistes des Chrétiens de ce tems là ; et je ne doute pas qu'après une telle étude vous ne découvriés que vôtre Eglise a emprunté du Paganisme la pluspart de ses doctrines et de ses rites ; de sorte que l'on pourroit l'appeller à juste titre Ecclesia Ethnico-Christiana. J'ai été charmé d'apprendre que l'affaire dont m'avoit parlé le sr. Porte, n'étoit pas aussi sérieuse qu'il me l'avoit donné à entendre, puisque, selon lui, il ne s'agissoit pas moins que d'une perte assés considérable de vos biens, et de la privation de vôtre charge. Je me félicite par la part que je prens à tout ce qui vous regarde, d'avoir apris par vous même que ce qui avoit donné lieu à ce faux bruit, c'étoit l'ignorance où l'on étoit de vos conventions. Je suis très sensible, Mon très cher Frere, aux offres obligeantes que vous me faites-de partager vos biens avec moi, supposé que je prisse le parti d'aller auprès de vous ; nous vivons, grâces à Dieu, dans un pais libre, où chaque particulier peut disposer de son bien, et le transporter où il lui plait ; de sorte que dans ce cas là, j'aurois de quoi vivre honnetement, sans vous être à charge ; il n'y auroit que le seul plaisir de passer le reste de mes jours avec vous qui pût m'engager à faire cette démarche, supposé que ma conscience me le permit. Quand vos affaires et le tems pourront vous per­mettre de venir 


mercredi 21 mars 2012



me faire la visite que vous avés projettée, nous serons mieux en état d'éclaircir nos doutes de vive voix ; il y a long tems que je vous aurois prévenu, si j'avois eu la liberté que vous avés, et j'aurois eu la satis­faction de voir avant sa mort nôtre cher Pere, dont j'auroi la mémoire en vénération pendant toute ma vie, et de rendre mes très humbles devoirs à nôtre très chère Mère, pour la conservation de laquelle je fais les vœux les plus ardents et les plus respectueux, j'aurois eu aussi le plaisir de vous embrasser vous et ma très chère sœur vôtre digne Epouse de même que nôtre chère Nièce Je vous prie les uns eî les autres d'agréer les vœux que je fais au Ciel pour vôtre conservation et pour vôtre prospérité pendant l'année que nous venons de commencer et pendant plusieurs autres. Enfin, Mon très cher Frère, je vous prie de me conserver vôtre amitié et d'être per­suadé de toute ma tendresse, étant avec un parfait attachement et une affection véritablement fraternelle Mon très cher Frère
Votre très humble et très obéissant serviteur et Frère Fougereux de Grandbois

mardi 20 mars 2012

4ème lettre du protestant



Mon très cher Frère,
Je suis très sensible aux marques d'amitié que vous me donnés, mes senti- mens pour vous ne sont pas moins réels. Je m'intéresse autant pour vôtre salut éternel, que vous vous intéressés pour le mien, et je prie tous les jours ce grand Dieu qui est le Pere des lumières de vouloir bien vous désiller les yeux, afin que nous soyons en état de contempler les merveilles de sa Loi. J'ai remarqué, Mon très Cher Frere, dans toutes vos lettres que vous ne manquiés pas de lumieres et de connoissances sur la Réligion ; c'est ce qui m'engage à vous prier de réfléchir sur cet axiome de nôtre Sauveur ; Plus il vous aura été donné, plus aussi il vous sera demandé, et prenons garde que nous laissant aveugler par les préjugés de l'éducation, nous ne tournions à nôtre perte nos connoissances et l'usage que nous devons faire de nôtre rai­son, ce qui nous rendroit inexcusables devant le Tribunal de Dieu, lors qu'il nous demandera compte de nôtre foi et de nôtre conduite. Vous m'accusés d'avoir mal appliqué le Passage de St Paul aux Romains, par lequel il conste que l'Eglise Romaine pouvoit tomber dans l'erreur, et vous prétendés que ce passage regarde seulement ceux d'entre les nouveaux convertis qui se rendroient coupagles d'hérésie. Mais voici mon argument ; St Paul s'addresse dans ce passage à ceux à qui il addressoit son Epitre ; or il addressoit- son Epitre à tous les fidèles qui étoient à Rome, comme cela paroit par le 7e verset du chapitre 1er de cette Epitre ; donc tout le corps de ces fidèles, et par conséquent cette Eglise qui n'étoit autre chose que l'assemblée de ces fidèles, pouvoit tomber dans l'erreur ; et en effet comme vous entendès par les branches naturelles tout le corps du peuple juif, on doit aussi entendre par les branches sauvages tout le corps de ces fidèles qui avoient été entés sur le tronc naturel, c'est-à-dire sur les promesses que Dieu avoit faites aux Patriarches et aux Prophetes. Après tout l'événement a sufisamment prouvé que le sens que je donne aux paroles de St Paul, n'est que trop vrai, puisque l'Eglise Rom n'a point été ferme dans la foi, en associant le Paganisme avec le Christianisme, et en rendant ainsi à la Créa­ture des honneurs divins qui ne sont dûs, qu'au Créateur. Il me semble, Mon très cher Frère, que je vous l'avois assés bien démontré ; mais comme vous ne m'avés rien répondu sur cet article, je me vois obligé d'y revenir, et je vous prie d'y vouloir bien faire attention.

lundi 19 mars 2012


Je vous demandois dans quel endroit de l'Ecriture est-il ordonné d'avoir des images de Dieu et des Créatures et de leur rendre un Culte Réligieux, pratique qui n'a jamais eu lieu que parmi les Payens ; aussi l'Ecriture bien loin de prescrire rien de semblable, défend-elle au contraire severement 1°. de se faire des images de Dieu : souvenés vous, disoit Moise à l'ancien peu­ple d'Israël, que vous n'avés vû aucune figure ni ressemblance au jour que le Seigneur vous parla à Horeb du milieu du feu, de peur qu'étant séduits, vous ne vous fassiés quelque image de sculpture, quelque figure ou d'homme ou de femme. Deut.IV.15.16. A qui fériés vous ressembler Dieu et quelle image en traceriés vous dit encore Esaie XL. 18. Vôtre Eglise viole donc à cet égard le commandement de Dieu, représentant le Pere Eternel sous la forme d'un vieillard, quelque fois le fils sous celle d'un agneau et le St Esprit sous la figure d'une colombe ; de sorte qu'on peut lui faire le même reproche que St Paul faisoit aux Payens : Ils ont changé la gloire de Dieu qui est immortel, en le représentant sous l'image de l'homme mortel, et des oiseaux et des bêtes à quatre piés. Rom. 1.23.
Non seulement vôtre Eglise se fait des images de Dieu, elle s'en fait encore des Créatures, et leur rend un Culte réligieux, ce qui n'est pas moins défendu sous les plus grièves peines. Vous ne vous feréspoint d'image tail­lée, disoit Moïse, ni aucune réprésentation de tout ce qui est en haut dans le Ciel, et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux sous la terre ; vous ne vous prosternerés point devant elles et ne les servirés point. Exode XX.4. Vous voiés que par là toutes sortes d'images sont défendues dans la Réligion ; de là vient aussi qu'Origène assure que les Juifs ne soufroient parmi eux aucun faiseur d'images, car il n'y avoit ni peintre, ni sculpteur dans leur pais. Je vous avois raporté quel étoit le sentiment des premiers Peres de l'Eglise sur les images, leurs décisions sont si claires, que je ne crois pas qu'elles puissent être susceptibles d'aucune distinction, je m'en vai vous en raporter quelques autres que j'ai prises d'Origene dans son Traité contre Celse. La premiere chose, dit ce Pere, que nous faisons, c'est d'inspirer du mépris pour les Idoles et en général pour tous les simulacres, en détournant les chrétiens de rendre à des créatures le service qui n'est dû qu'au Créateur. Dieu n'est rien moins qu'une matière corruptible, et il ne sauroit être honoré dans les choses inanimées, où les hommes prétendent le représenter, soit par de véritables images, soit par des symboles. La félicité de l'autre vie n 'est que pour ceux qui ont embrassé la Réligion de Jésus, et qui servent le créateur de l'Univers

dimanche 18 mars 2012

avec une entière pureté, sans faire part de leur Culte à aucune Créature, quelle quelle soit. Origene Livre 3. et 4. & C. On voit des gens, dit encore Origene, en parlant des sages Payens ; On voit ces gens qui font tant les fiers de leur sagesse et de leur Théologie, se jetter auxpiés d'une image, pour honorer, disent-ils, la divinité. Ceux-là sont des stupides, des ignorants et de vils esclaves, dit Origene, qui s'imagi­nent que la main des ouvriers puisse représenter et imiter la divinité. Je me contente de vous raporter ces passages d'Origene que j'ai recueillis en par­courant son Traité, si vous étiés dans le dessein de le lire, je suis persuadé que vous conviendrés avec moi que dans ces premiers siècles de l'Eglise bien loin d'avoir des images pour leur rendre quelque culte, on les avoit au contraire en abomination.
Un autre article sur lequel, Mon très cher Frère, j'avois insisté dans ma précédente, c'étoit l'invocation des saints, et en effet il n'y a aucun précepte ni aucun exemple dans l'Ecriture d'une telle invocation. Nous estimons, dit Origene, que l'on ne doit pas prier ceux qui prient eux-mêmes, et qui aiment mieux nous renvoyer à ce Dieu qu'ils prient, que de nous attacher à eux, ou de partager avec lui nos vœux et nos prières. Liv. 5. Je sai bien que les Prédicateurs du 4e siècle commencèrent à donner lieu à cette invocation. L'Eglise celébroit la mémoire des saints par une simple exposition de leurs vertus et par des exhortations à les imiter ; à ces panegiriques on ajouta les ornements du langage, et les chaires étant fournies de grands Orateurs, ils employoient tout l'art de l'éloquence. Ce fut ainsi que vers l'an 370 en la commémoration des Martirs, ils commencè­rent d'user de prosopopées et d'apostrophes. L'un d'entre eux harangue en ces termes ; Ecoutés peuples, vous qui visés, et vous qui êtes encore à naî­tre ; Ecoute aussi toi ame du grand Constantin, si tu as quelque sentiment, car, ajoute-t-il, je suis contraint de parler de lui, comme s'il étoit présent et qu'il fut un des auditeurs. Nazianz. Orat. I. in Julian. Il y a une grande dif­férence entre ces apostrophes et l'invocation des saints ; cependant le stile de ces orateurs donna lieu à l'abus, car à leur exemple les ignorants com­mencèrent peu à peu à adresser leurs discours aux saints, comme s'ils eus­sent pû les entendre ; mais.malgré cela l'invocation des saints n'eut lieu que long tems après dans l'Eglise ; au contraire cette superstition qui s'étoit glissée parmi quelques particuliers, est condamnée par les Docteurs du 4e siècle, st. Epiphane dit que les saints sont en leur repos en la gloire, et qu'il



samedi 17 mars 2012




ne faut pas les honorer au delà de ce qui est convenable. Que les hon­neurs excessifs qu'on rendoit à la Ste Vierge étoientprovenus de quelques femmelettes superstitieuses, complices de celles qui au tems de Jeremie adoroient la Reine du Ciel. Epiph. haeres.78.79. Et st Ambroise déclare que la comparaison de ceux qui se servent de l'exemple des Rois, auprès de qui on employe l'intervention des courtisans et des officiers, n'est nulle­ment à propos Ambros. Rom. Cap. I. Enfin comme en ce tems là il y avoit des gens et en particulier en la Province de la Phrygie, qui recouroient à Dieu par l'entremise des Anges, et qui avoient entr'eux des oratoires de st Michel ; cette invocation des Anges fut condamnée d'hérésie par le Concile de Laodicée tenu environ l'an 368. Voila, Mon très cher Frère, deux articles contre lesquels vôtre Eglise pèche grievem.t car en rendant un culte réli- gieux aux images, elle se rend coupable d'idolâtrie, et en invoquant les saints, elle ravit à Dieu la gloire qui n'est dûe qu'à lui seul, puisqu'elle leur attribue les principales perfections de la divinité, la toute science, la toute présence et la toute puissance. Je m'arrete ici, et j'attendrai avec impa­tience vôtre réponse, afin que je puisse être convaincu une bonne fois que mes difficultés tombent sur les vérités les plus claires. J'ai été extrêmement affligé, Mon très cher Frère, d'apprendre soit par vous, soit par nôtre chere Nièce le triste état où se trouve nôtre très honorée Mere, je prie le seigneur qu'il veuille lui faire supporter ses maux avec patience, et je ne doute pas qu'elle ne fasse usage en cette occasion des sen­timents de pieté et de vertu, qu'elle a fait paroitre pendant toute sa vie. Je vous prie de l'assurer de mes très humbles respects, et de faire agréer à vôtre chere Epouse mes civilités ; je vous prie aussi d'être persuadé des ten­dres sentiments avec lesquels je serai toute ma vie.
Mon très cher Frere
Votre très humble
et très obéissant serviteur
Fougereux de Grandbois


5ème lettre du protestant


                Le 27e Mars 1755 Mon très cher Frère
Quelque prévenu que je fusse que la maladie de nôtre très honorée Mere étoit incurable, je n'ai pas laissé d'être extrêmement affligé en apprenant sa mort. Les vertues Chrétiennes qui par un long usage lui étoient devenues habituelles, ont beaucoup contribué à lui faire suporter patiamment et avec résignation les soufrances auxquelles Dieu a jugé à propos de l'exposer dans sa maladie, et la disposer ainsi à mourir d'une manière édifiante. C'est aussi, Mon très cher Frère, ce qui doit être pour nous un grand sujet de consolation, et nous rendre sa mémoire précieuse, en nous proposant sans cesse son exemple. Je suis dans toutes vos idées, Mon très cher Frère,
touchant les reflexions qu'il nous convient de faire sur la brièveté et la fra­gilité de la vie. Je sens que nôtre séjour sur cette terre ne sauroit être long, quelques années tout au plus termineront nôtre course, et peut être même avant ce tems là, on dira de nous : Ils ont été, et ils ne sont plus. Ces reflexions doivent donc naturellement nous engager à ne rien faire contre les lumières de nôtre conscience, et à ne pas adhérer à des doctrines humai­nes, opposées aux Loix de Dieu. Je mets dans ce rang la plûpart des Dogmes de vôtre Eglise, que vous confondés toûjours avec l'Eglise universelle Con­tre laquelle les portes de l'Enfer ne peuvent prévaloir : Vous dites que J.C. n'a institué qu'une Eglise, qu'on appelle Romaine, parce que c'est dans Rome que st. Pierre en a jetté les premiers fondements. Mais ignorés vous que ce fut à Jerusalem que st Pierre jetta les premiers fondements de l'Eglise Chrétienne, longtems avant, qu'il allat à Rome (si tant est qu'il y ait jamais été) lorsque par cet excellent discours qu'il addressa aux Juifs le jour de la première Pentecôte Chrétienne il convertit trois mille, et peu de jour après cinq mille personnes. Il n'est pas moins certain que suivant le sentiment de st Chrysostome, de st Jérôme, de st Léon, de st Grégoire le grand, d'Eusébe & st Pierre a été Evêque d'Antioche, où l'on donna pour la première fois aux disciples le nom de Chrétiens, et que du moins il a fondé cette Eglise avant celle de Rome ; si donc l'Eglise que J.C. a institué, devoit être celle dont s.t Pierre jetteroit les premiers fondements, les Eglises de Jérusalem et d'Antioche auroient eu cet avantage préférablement à celle de Rome.
Mais on peut douter avec raison que st Pierre ait été à Rome. Il n'en est pas dit un mot dans les écrits du Nouveau Testament ; st Paul ne fait aucune mention de s.t



jeudi 15 mars 2012


Pierre dans ses Epitres qu'il écrivit de Rome. Voiés son Epitre aux Philipiens écrite vers l'an 61. Celles aux Ephes. et aux Col. écrites vers l'an 62. et la 2 à Timothée écrite vers l'an 65. Dans toutes ces Epitres écrites de Rome st Paul ne parle point de st Pierre quoique sur la fin de ces Epitres et en particulier- dans le dernier chapitre de l'Epitre aux Colossiens, il fasse mention de plusieurs fidèles qui étoient prisonniers avec lui ; il dit même que Marc cousin de Barnabas, et Jésus qui porte le nom de juste sont les seuls qui l'aident à établir le Royaume de Dieu, et de qui il ait reçu de la consolation : Voila donc St Paul qui établit le Royaume de Dieu à Rome, c'est à dire qui y jette les fondements de la Religion Chrétienne ; ce n'est donc pas st Pierre, car st Paul n'auroit eu garde de s'attribuer cette gloire, ou du moins il l'auroit partagée avec st Pierre, comme il le fit à l'égard de Marc et de Jésus et si st Pierre avoit été à Rome, auroit-il manqué à contri­buer à l'établissement du Royaume de Dieu, et à donner quelque consola­tion à st Paul, comme le firent Marc et Jésus. En voulant pallier vôtre senti­ment sur le Culte des Images, vous ne vous apercevés pas, Mon très cher Frère, que vous vous exposés aux anathémes des Conciles de Nicée et de Trente, puisque les Peres de ces Conciles veulent que l'on rende aux Images les mêmes honneurs que l'on rend aux originaux qu'ils représentent. L'honneur, disent ils dans le 7e session du second concile de Nicée, l'hon­neur de l'image passe à l'original, et celui qui adore l'image, adore le sujet qu'elle représente. Le Concile de Trente, confirme cette doctrine, disant qu'on doit rendre aux Images l'honneur et la vénération qui leur est due, à quoi il ajoute ; Nous les baisons, nous les saluons, nous nous pros­ternons devant elles. L'un et l'autre de ces Conciles fulminent des anathè- mes contre ceux qui penseront autrement. Peut-on dire après de telles déci­sions que vous ne servés point les Images ; mais que ce sont elles qui vous servent. Thomas d'Aquin le Prince de l'Ecole Romaine, moins crupuleux que vous, et fondé sur la décision du second Concile de Nicée, enseigne que celui qui adore l'image, adore le sujet qu'elle représente, vous apprendra que l'on doit rendre aux images de Dieu, de J.C. et de la Croix le souverain Culte de Latrie, et il veut que l'image en elle même termine cette adora­tion : ce qui est le comble de l'idolâtrie. Vous brisés, dites vous, les images sans scrupule quand elles sont gâtées ou indecentes, mais vous leur en subs­titués des nouvelles ; d'ailleurs est-il sans exemples que les hommes n'agis­sent pas toûjours consequemment à ce qu'ils font profession de croire.
J'ai été surpris, Mon très cher Frère, que vous n'aiés pas senti la faiblesse de vôtre comparaison. Dieu, dites vous, assujetit les ennemis de Job à deman­der pardon de leurs péchés par l'entremise de ce st homme. Mais Io. Dieu 
ne faut pas les honorer au delà de ce qui est convenable. Que les hon­neurs excessifs qu'on rendoit à la Ste Vierge étoientprovenus de quelques femmelettes superstitieuses, complices de celles qui au tems de Jeremie adoroient la Reine du Ciel. Epiph. haeres.78.79. Et st Ambroise déclare que la comparaison de ceux qui se servent de l'exemple des Rois, auprès de qui on employe l'intervention des courtisans et des officiers, n'est nulle­ment à propos Ambros. Rom. Cap. I. Enfin comme en ce tems là il y avoit des gens et en particulier en la Province de la Phrygie, qui recouroient à Dieu par l'entremise des Anges, et qui avoient entr'eux des oratoires de st Michel ; cette invocation des Anges fut condamnée d'hérésie par le Concile de Laodicée tenu environ l'an 368. Voila, Mon très cher Frère, deux articles contre lesquels vôtre Eglise pèche grievem.t car en rendant un culte réli- gieux aux images, elle se rend coupable d'idolâtrie, et en invoquant les saints, elle ravit à Dieu la gloire qui n'est dûe qu'à lui seul, puisqu'elle leur attribue les principales perfections de la divinité, la toute science, la toute présence et la toute puissance. Je m'arrete ici, et j'attendrai avec impa­tience vôtre réponse, afin que je puisse être convaincu une bonne fois que mes difficultés tombent sur les vérités les plus claires. J'ai été extrêmement affligé, Mon très cher Frère, d'apprendre soit par vous, soit par nôtre chere Nièce le triste état où se trouve nôtre très honorée Mere, je prie le seigneur qu'il veuille lui faire supporter ses maux avec patience, et je ne doute pas qu'elle ne fasse usage en cette occasion des sen­timents de pieté et de vertu, qu'elle a fait paroitre pendant toute sa vie. Je vous prie de l'assurer de mes très humbles respects, et de faire agréer à vôtre chere Epouse mes civilités ; je vous prie aussi d'être persuadé des ten­dres sentiments avec lesquels je serai toute ma vie.
                                        Mon très cher Frere
Votre très humble
et très obéissant serviteur
Fougereux de Grandbois

mercredi 14 mars 2012

vouloit par là les humilier en les obligeant d'employer l'entremise de la per­sonne même qu'ils avoient offensée, pour obtenir leur pardon. 2e. Dieu vouloît aussi que les ennemis de Job, donnassent cette espece de satisfac­tion à ce st homme, et reconnussent par cette démarche le tort qu'ils avoient eu de mal juger de lui. 3e. Enfin vous m'allegués un ordre de Dieu qui le leur avoit expressement commandé. Mais sommes nous dans le cas des ennemis de Job ? Avons-nous offensé les saints glorifiés ? Avons-nous porté des jugements téméraires sur leur compte ? Et quand nous serions coupables à l'un et à l'autre de ces deux égards, seroient-ils susceptibles de ressentiment ? Pourroient-ils même en avoir connoissance ? Enfin Dieu nous a-t-il ordonné quelque part de recourir à l'intercession des saints glorifiés ? N'avons nous pas au contraire des passages formels qui nous ordonnent d'invoquer Dieu seul, qui nous apprennent que nous n'avons qu'un seul Médiateur, que si nous avons péché nous avons un avocat auprès du Pere savoir J.C. Nous ne nions pas que nous ne devions prier les saints qui sont sur la terre de prier pour nous, parce que Dieu nous ordonne de prier les uns pour les autres, et que d'ailleurs les saints qui sont sur la terre sont à portée de nous entendre et de connoitre nos besoins ; au lieu que les saints glorifiés ne sauroient faire ni l'un ni l'autre. Elie étant sur le point d'être enlevé au Ciel dit à son Disciple Elisée : Demandés moi ce que vous vou- drés, afin que je l'obtienne pour vous, avant que je sois enlevé d'avec vous.IV. Rois.II.9. Ceux qui sont en vie, savent qu'ils doivent mourir, mais les morts ne connoissent plus rien ; ils n'ont plus de part à ce monde, ni à tout ce qui se passe sous le soleil. Ecclesiaste Chap. IX.5.6.
J'ajouterai le sentiment des Peres du 5e siècle qui étoient dans la même idée : Les ames des morts, disent-ils, ne se mêlent point de ce qui touche les vivants. Les saints ne sont point nos Médiateurs. Nous louons les Martyrs, de ce qu'ils
ont combattu pour la vérité, et gardé la pureté de la foi. Nous rendons grâ­ces à Dieu de leur victoire, nous nous encourageons à les suivre et à les imi­ter, pour avoir part à leurs palmes et à leurs couronnes ; mais pour y parve­nir invoquerons nous les saints ? Nullement, mais nous invoquerons ce vrai Dieu qui les a faits hommes et Martyrs. August. de cura pro mortuis. Cap. 13 et contra Parmen. Lib. 2. Cap. 8 et de Civit. Lib. 8. Cap. 25. Cyril.Con­tra. Jul. Lib. 6. Chrysost. Hom. 5. in Math.Theod. in Epist.ad Col. 2. C'est ainsi, Mon très cher Frère, que s'exprimoient les Peres de l'Eglise dans un siècle où l'on commençoit à vouloir introduire l'invocation des saints, et à recourir à leur intercession ; Saint Augustin travailla en particu­lier à fairè revenir de cette erreur quelques personnes qu'il appelle infirmes. Que dois-je conclure, Mon très cher Frère, de tout ce que j'ai dit, si ce n'est 1°. que