Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


mercredi 7 mars 2012


funerailles, il n'est pas étonnant qu'elle en ait aussi pris leur purgatoire. Elle en est redevable à Platon qui en a jetté les fondements. Ce philosophe Payen distingue en trois classes les ames des morts, comme Eusèbe le remarque dans sa préparation Evangelique Livre II au dernier chapitre. Les unes étoient de ceux qui avoient bien vécu, et celles-ci étoient reçues aux Champs Elisées dans des demeures célestes et très pures. Les autres étoient celles des méchans, et celles-là étoient condamnées aux sup­plices éternels de l'Enfer. Mais il y en avoit d'un 3e ordre, savoir les ames de ceux qui n'étant ni parfaitem.t saints, ni absolument méchans, étoient coupables de péchés veniels, et il condamnoit ces âmes là au feu du Purga­toire, où elles souffroient, selon Platon, les unes plus long tems, les autres moins, jusqu'à ce que leur entière purgation fut faite. C'étoit pour ceux-ci que les Payens faisoient des prieres et des sacrifices, afin de les soulager et d'obtenir qu'ils fussent bien tôt absous de leurs peines. Et comme vos légendes font mention des ames du Purgatoire qui viennent au monde demander du secours et se plaindre de leurs souffrances ; nous lisons aussi dans le 6e Livre de l'Eneide de Virgile que l'ame de Palindre vint prier Enée de la soulager de ses peines, à quoi la Sibile répond qu'on offrira pour elle des sacrifices solennels. Voiés sur ce que dessus Plato in Gorgia Jt de Anima in Phardone. Il n'est pas possible, Mon très cher frere, que vous ne reconnoissiés là la doctrine de vôtre Purgatoire. Aussi est-ce de cette source que Grégoire Ier l'a puisée sur la fin du 6e siècle, afin de faciliter la conver­sion des Payens auxquels ce Dogme tenoit fort à cœur.
C'est au même Platon que vous êtes redevables de la doctrine sur l'invoca­tion des saints, car la plûpart des anciens Docteurs de l'Eglise recevoient les Dogmes de ce Philosophe qui enseignoit que parce que Dieu ne se mêle pas avec l'homme, il y a des esprits médiateurs qui reçoivent nos prieres et qui les portent au Dieu souverain, il y a, dit Apulée, de certaines divinités mitoiennes entre le haut des cieux et ces terres basses par lesquelles nos pieres et nos mérités sont portés aux Dieux. Ce sont elles qui portent les prières des hommes aux Dieux ; qui vont et viennent pour porter d'un côté les demandes et de l'autre le secours : qui sont comme les interprétés de part et d'autre et les porte saluts. Et comme parmi les Payens il n'étoit pas permis d'addresser des prieres et des vœux, qu'à ceux que le sénat avoit