Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
jeudi 8 mars 2012
7ème lettre du protestant
A Monsieur 16
Août 1756 [1]
Monsieur
de Grandbois Conseiller du Roi au Présidial et Sénéchal à Clermond Ferrand En
Auvergne
Mon très cher Frere
S'il est difficile aux Apostats tels que vous les
entendes de rentrer dans la voye du salut, il ne l'est pas moins de surmonter
des préjugés que l'on a succé avec-le lait, et sur tout lorsqu'ils se sont
fortifiés avec l'âge ; tel est, Mon cher frere, vôtre cas. Je me flatte de vous
avoir suffisamm.t prouvé que vôtre Eglise est bien différente de cette Eglise
fondée par J.C. et par les Apôtre dont le principal but étoit d'abolir le Culte
des Idoles, et d'écarter de la Religion toute superstition Payenne, s.t Paul
défendant aux chrétiens d'avoir aucune communication avec les Idolâtres, ce que
l'on doit entendre principalem.t des rites et des sentimens en fait de
religion. Mais, mon cher frere, vôtre Eglise n'a-t-elle rien à se reprocher à
cet égard ? Combien de cérémonies qu'elle a empruntées du paganisme ! Combien
de Doctrines qui lui sont conformes ! Ils seroit fort aisé de le prouver en
faisant un juste parallele des deux Religions. D'où avés vous pris, par
exemple, vôtre eau benite, et l'usage qu'on en fait dans vôtre Eglise, si ce
n'est de l'eau lustrale des Payens, dont les sacrificateurs se servoient dans
leurs sacrifices, et dont ils arrosoient le peuple pour le purifier. Ils
avoient, comme vous, des bene- tiers à l'entrée de leurs Temples ; ils en
avoient des portatifs semblables à ceux dont nous nous servons en nôtje
religion, dit Duchoul, autheur Catholique. C'est aussi ce que témoigne Théodoret
dans son Hist. Ecclésiastique Liv. 3e. Les Payens employoient
encore leur eau lustrale dans les funerailles, dans lesquelles ils observoient
les mêmes cérémonies que vous pratiqués aujourd'hui dans vos enterrements. Ils
sonnoient leurs cloches, parceque, disoient-ils, que leur son avait la vertu de
chasser les Démons et de dissiper les spectres, vertu que vôtre Rituel attribue
aussi au son de vos cloches. Les Payens alloient devant le cercueil avec des
cierges, et cette pratique est en usage parmi vous, quoique condamnée par 1ers
Peres de l'Eglise. Les Payens faisoient un service, des neuvaines, des
anniversaires pour les morts ; vôtre Eglise se conformant ainsi sur les
cérémonies des Payens dans les
[1]
Même remarque que précédemment.