Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
jeudi 22 mars 2012
Les Pères du Concile ont
rejetté et méprisé absolument cette adoration et cette servitude ; et ils l'ont
condamnée unanimement. Heureuse eut été nôtre France, si l'on s'y fut toûjours
conformé à ce judicieux Canon !
Il parait, Mon très cher
Frère, par tout ce que j'ai rapporté cy dessus 1°. que la voye d'examen n'est
point impraticable pour le peuple, puisque les Articles essentiels au salut
sont enseignés d'une manière très claire dans l'Ecriture ; et qu'elle n'est pas
non plus dangereuse pour les savants ; s'ils veulent y procéder avec un esprit
dégagé de préjugés, avec humilité et par le seul désir de découvrir la vérité.
Je dis au contraire que la voye que vous etablissés est beaucoup plus
difficile, parce que l'on peut opposer Concile à Concile, et qu'aujourd'hui
même dans vôtre propre Eglise on ignore où réside l'infaillibilité ; les uns
voulant que ce soit le Pape ; les autres le Concile ; et les autres le Pape et
le Concile joints ensemble. 2e. vous pourrés remarquer que vôtre
Eglise en invoquant les saints, fait de ces saints tout autant de Médiateurs
entre Dieu et les hommes, ce qui est injurieux à J.C. qui est nôtre seul Avocat
et nôtre seul Médiateur, suivant la déclaration de l'Ecriture. Vôtre
distinction de Médiateur de redemption et de Médiateur d'intercession est
frivole, puisque qui dit Avocat, dit Médiateur d'intercession. D'ailleurs il
est constant que l'invocation des saints étoit inconnue aux premiers chrétiens.
Origène dans son Traité contre Celse Livre VIII. p.395.dit « qu'il ne faut
invoquer que Dieu seul, et son fils
unique, le premier né de toutes les créatures, le Verbe de Dieu ; à qui il faut demander que quand nos prières
sont parvenues à lui, il les présente en
qualité de nôtre grand sacrificateur, à son Dieu qui est aussi nôtre Dieu, et à son Père qui est aussi
le Pere de ceux qui vivent suivant ce
que Dieu prescrit dans sa parole. Remarqués 1°. qu'Origène repondoit à cette
question de Celse ; s'il y a des Démons, c'est à dire des intelligences
célestes, il ne faut pas douter qu'ils ne soient à Dieu, et qu'il ne faille
croire en eux, leur faire des offrandes selon les loix, et les invoquer, afin
qu'ils nous soient favorables. Origène au lieu de répondre à Celse, Nous
invoquons les saints, les anges ces Intelligences Celestes qui voyent Dieu face
à face, ce qu'il n'auroit pas manqué de faire, si cette invocation eut eu lieu
parmi les chrétiens ; il répond au contraire à cet ennemi de la Réligion
chrétienne ; Loin de nous ce conseil, nous ne voulons y prêter l'oreille en façon
du monde. Il ne faut invoquer que le Dieu souverain, et il faut invoquer avec
lui son fils unique &C. Remarqués 2e. que si Origène dit qu'on
doit invoquer J.C ce n'est qu'entant qu'il est nôtre grand sacrificateur, qui
en cette qualité présente nos prières à Dieu, ce qui ne sauroit convenir à
aucun saint, ni à aucune intelligence céleste.
Il n'est pas moins certain que les chrétiens des trois
premiers siècles n'avoient ni autels, ni simulacres, ni Images dans leurs
Eglises. Ce qui paroit par les reproches que leur en faisoient les Payens,
comme une marque d'irréligion. C'est le reproche que leur font Cécilius dans
Minucius, et Celse dans Origène ; Pourquoi, (....)-ent-ils, n'avés vous aucun
simulance, nulle effigie, ni Images consacrées ? A quoi ces (...) réponde-( ) en niant le fait ; mais en
alléguant les raisons qui les empechoient d'en avoir, prises de ( ) nature de ce Dieu qu'ils
adoroient : à quoi ils ajoutent, nos Images sont nos vertus, les seules images
de la divinité qui nous soient permises. Je finis ici, parce que, Mon très
cher Frere, si vous voulés vous donner la peine, et vous le devés, d'examiner
la doctrine chrétienne des trois premiers siècles de l'Eglise, vous la
trouverés bien opposée à celle de l'Eglise Romaine ; lisés entr'autres Origène
contre Celse, Minucius, Tertullien, Cyprien, et les autres Apologistes des
Chrétiens de ce tems là ; et je ne doute pas qu'après une telle étude vous ne
découvriés que vôtre Eglise a emprunté du Paganisme la pluspart de ses
doctrines et de ses rites ; de sorte que l'on pourroit l'appeller à juste titre
Ecclesia Ethnico-Christiana. J'ai été charmé d'apprendre que l'affaire dont
m'avoit parlé le sr. Porte, n'étoit pas aussi sérieuse qu'il me l'avoit donné à
entendre, puisque, selon lui, il ne s'agissoit pas moins que d'une perte assés
considérable de vos biens, et de la privation de vôtre charge. Je me félicite
par la part que je prens à tout ce qui vous regarde, d'avoir apris par vous
même que ce qui avoit donné lieu à ce faux bruit, c'étoit l'ignorance où l'on
étoit de vos conventions. Je suis très sensible, Mon très cher Frere, aux
offres obligeantes que vous me faites-de partager vos biens avec moi, supposé
que je prisse le parti d'aller auprès de vous ; nous vivons, grâces à Dieu,
dans un pais libre, où chaque particulier peut disposer de son bien, et le
transporter où il lui plait ; de sorte que dans ce cas là, j'aurois de quoi
vivre honnetement, sans vous être à charge ; il n'y auroit que le seul plaisir
de passer le reste de mes jours avec vous qui pût m'engager à faire cette
démarche, supposé que ma conscience me le permit. Quand vos affaires et le tems
pourront vous permettre de venir