Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


samedi 10 mars 2012


joye comme Simeon : Nunc dimittis servum fuum domine. Et pour Louvois quand il vit que l'affaire étoit entamée, il a poussa à l'extrémité et aux cruautés qui furent exercées, prétendant convertir en six mois seize cent mille personnes par des traitemens indignes de la Religion et de l'humanité. On en a le détail dans plusieurs livres de ce tems là, ainsi il seroit inutile d'en parler. Mémoires du Marquis de la Fare Chap. 9. page 183. Cependant le Pape témoigna une grande joye de cette croisade dragonne dans un consistoire qu'il assembla le 18e Mars 1686 et il ordonna que le Te Deum seroit solem- nellement chanté au bruit du canon et des mortiers. Voila une approbation bien autentique de l'Eglise Romaine des traitemens que le Marquis de la Fare appelle indignes de la Religion et de l'humanité. Reconnoit-on encore un coup à ces marques la vraie Eglise de J.C. On ne les punit, dites vous, que comme des rebelles. Mais ignore-t-on que le Roi n'a jamais eu de plus fidèles sujets, que ce sont les Protestants qui ont mis sur le throne l'auguste maison des Bourbons et qui l'ont soutenue contre les injustes prétensions des guises ? Jamais Protestant n'a trempé ses mains sacrileges dans le sang de nos Rois. Cette sorte de parricide n'étoit reservée qu'à des Moines supots de cette maxime Ultramontaine que le Pape peut déposer les têtes couronnées et délier les sujets du serment de fidélité.
Ce sont, ajoutés vous, des rebelles à l'authorité souveraine des Rois, et des perturbateurs du repos public, qui s'écartent de la soumission qu'ils doivent à l'authorité des Loix. Mais en vérité on a bonne grâce de leur faire ce reproche dans un tems où vôtre clergé vient de donner un exemple à cet égard qui a scandalisé toute l'Europe, et auquel vos Parlements se sont vigoureusement opposés. Mais d'ailleurs l'authorité des Rois n'est-elle pas subordonnée à l'authorité divine ? La soumission que l'on doit à l'authorité des Loix humaines doit elle prévaloir sur les Loix de l'Evangile ? si ce principe avoit eu lieu nous serions encore plongés dans les ténèbres du Paganisme, et les Apôtres et les premiers chrétiens, à qui l'on faisoit le même reproche que vous nous faites, auroient été coupables d'avoir annoncé et d'avoir embrassé une doc­trine proscrite par les Loix de l'Empire, et dont le but étoit d'abolir la Réli- gion dominante. Appellera-t-on perturbateurs du repos public des gens qui dans le Royaume n'employent pour toutes armes que la Bible et des Canti­ques sacrés ? Qui dans le tems même qu'ils auroient été en état de s'oppo­ser à la violence de leurs ennemis, puisque, comme le raporte le Marquis de la Fare, ils étoient au nombre de seize cent mille, à la revocation de l'Edit de Nantes ; qui lors, dis-je, qu'ils auroient pû resister, ils se laissèrent au contraire massacrer, et souffrirent mille traitements indignes, plutôt que de se revolter