Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


lundi 12 mars 2012

6ème lettre du protestant

Mon très cher Frère
J'ai été édifié des sentiments que vous faites paroitre pour moi dans vôtre lettre du 5e du cour.t mais je n'ai pas pensé de même des fables, dirai-je des impostures dont ceux de vôtre comunion se plaisent d'abreuver vôtre peu­ple, pour noircir ceux qu'il leur plait d'appeler Calvinistes. Je suis surpris, Mon cher Frere, que dés gens d'esprit et d'un certain rang adoptent de sem­blables calomnies. Quel est, je vous prie, l'Historien qui a dit que les Calvi­nistes se soient établis dans le Languedoc et dans le Vivarès par des cruau­tés, jusqu'à égorger des enfans qu'ils faisoient manger à leurs mères, jusqu'à arracher les mammelles de ces mères &C. Maimbourg dans son his­toire du Calvinisme, quelqu'acharné qu'il fut à les noircir, n'a jamais porté l'importure à cet excès ? Et dans quel pais font-il tous les jours des marty­res ? En vérité quand on avance des faits aussi graves, la prudence, la cha­rité, l'honneur même exigent que l'on produise des garants irréprochables. Vous avès eu sans doute en vûë, Mon cher Frere, la guerre que les Camisars firent dans les Cevennes au commencem.t du siècle ; mais outre que Brueys autheur passionné ne leur impute rien de semblable dans son histoire du fanatisme ; outre que nous condamnons la conduite de ces fanatiques qui prétendans être inspirés du st Esprit, croioient se permettre tout ; ils ne sont cependant jamais parvenus à cet excès de fureur qu'on leur a imputé, et quand même ils y seroient parvenus, nous vous les abandonnons, puisqu'ils n'agissoient point selon nos principes. Mais, Mon cher Frere, tournons la médaillé. Que dirés vous des massacres que les Catholiques ont fait en divers tems et en divers lieux pour détruire les Protestants ? Toute la cruauté de Phalaris et de Néon n'a pas égalé celle que l'on a exercée à leur égard. Je commence par les Vaudois, dont la doctrine étoit la même que celle des Protestants, comme le témoigne le Président du Thou dans son histoire Livre 6e où il raporte leur confession de Foi. On résolut de les con­vertir ou de les exterminer en 1178, c'est dans cette vue que l'on choisit plu­sieurs prélats pour cette expédition sacrée, et ils avoient à leur tête le Légat Pierre de Chrysogone. En 1198 Innocent 3. écrivit à l'archeveque d'Auch de s'appliquer avec les autres Evêques à deraciner les Manichéens (c'est ainsi que l'on nommoit les Vaudois e les Albigeois pour les rendre odieux) à, dis-je, les deraciner de la Gascogne, et d'y employer les armes des Prin­ces et des peuples. Deux Moines Rainier et Gui furent chargés par le Pape de faire exécuter cet ordre, aussi s'en acquitterent-ils fidelement, condam­nants au feu ceux qui ne vouloient point adherer à leurs sentiments. Et ce fut là le premier titre de la s.te inquisition qui contre tout droit divin et humain, fait brûler les corps, pour sauver les ames. Innocent 8. qui étoit d'un naturel sanguinaire par un bref qu'il écrivit le 30e 7.bre 1487 à l'Eve- que de Bresse et à l'Inquisiteur