Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


vendredi 9 mars 2012


contre leur Roy, suivant en cela le précepte de Jésus Christ et son exemple.
Je ne sai, Mon cher Frere, où vous avès lû que nous prêchons que les bon­nes œuvres soient inutiles au salut, si vous aviés assisté à nos sermons, vous auriés été convaincu du contraire : nous ne cessons d'en recommander la pratique, comme une condition essentielle au salut, et d'insister sur la mor­tification des passions, comme étant un moyen de nous sanctifier ; mais nous fondons tout le mérite de nos actions sur le mérité de nôtre sauveur, et nous attribuons nôtre sanctification à son divin esprit qui habite dans le cœur des fidèles. Il est vrai que nous reconnoissons point de chef visible qui soit infaillible ; mais ce sentiment ne nous est point particulier, il nous est commun avec l'Eglise Gallicane. En 1682 l'assemblée generale du Clergé de France établit quatre propositions contre les injustes prétentions du Pape : 1°. Le Concile général est au-dessus du Pape conformément à la doctrine du Concile de Constance. 2°. Ni le Pape, ni l'Eglise universelle n'ont aucun pouvoir sur le temporel des Rois. Ils ne peuvent être déposés, et les sujets ne peuvent jamais être dispensés du serment de fidélité. 3°. La puissance du Pape doit être limitée par les canons. 4°. Bien que le Pape ait la principale authorité dans les choses qui regardent la foi, ses décisions ne
sont pas néanmoins authentiques, sans le consentement universel de l'Eglise, ce qui marque que le Pape n'est point infaillible, à moins qu'il ne soit à la tête du Concile, et quand il prononce conformem.t à l'arrêté et à la décision de ce Concile légitimement assemblé. Voyés Dupin Nouvelle Bibliot. des aut. Eccl. Tom. 19. page.404. C'est aujourd'hui le sentiment des Tribunaux les plus respectables du Royaume.
En fait de Religion, comme dans les affaires civiles, il est de l'équité d'entendre les deux parties sans partialité ; si lorsque vous avès lu quelques uns de vos autheurs sur les différents qui nous séparent, vous lisiés aussi, Mon cher Frere, les réponses qu'on leur a faites, vous nous déferiés sans doute de' bien des préjugés ; mais cet examen vous est interdit par vos conducteurs, de peur que vos yeux ne voyent et que Dieu ne vous conver­tisse, pour m'exprimer avec le Prophete Isaie.
Au reste, Mon cher Frere, jè serois au comble de ma joye, si je pouvois avoir le plaisir de vous voir ici et de vous embrasser. Je tacherois de vous y donner tous les agrémens qui dependroient de moi, et de vous donner en même tems des marques sinceres de cette tendre amitié avec laquelle je serai toute ma vie Mon très cher Frere
Ce 29e Mars 1756                       Vôtre très humble
et très obéissant serviteur
Fougereux de Grandbois
29 Mars 1756 *