Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


mardi 13 mars 2012


l'Eglise Romaine ne sauroit se justifier d'idolâtrie, puisqu'elle rend aux images un Culte Réligiéux, et que suivant le sentiment de Thomas d'Aquin elle adore la Croix, car je n'ai pas oublié que le Vendredi s.t le Pretre exhorte le peuple à adorer le bois de la Croix, par ces paroles : Ecce lignum crucis in quo salus mundi pependit, venite adoremus ; et qu'en con­séquence le peuple vient se prosterner aux pieds d'un crucifix et les baise. Je n'ai pas non plus oublié que le peuple se prosterne devant les Croix, qu'il en coupe souvent des morceaux et qu'il les conserve avec vénération. Je conclus en second lieu que l'invocation et l'intercession des saints étant injurieuses à Dieu et à J.C. l'Eglise Romaine est encore très coupable à cet égard. Injurieuses à Dieu, parce que par là nous manquons de confiance en la bonté et en la misericorde de Dieu, qui en qualité du Pere le plus tendre, nous ordonne de l'invoquer dans nos besoins. Inujurieuses à J.C. qui nous a déclaré que tout ce que nous demanderions à son Pere en son nom, nous l'obtiendrions infailliblement. Je ne saurois mieux finir ma lettre, Mon très cher Frère, que par cette reflexion de l'abbé Fleuris : Dans les beaux jours de l'Eglise, dit-il, le Culte étoit simple et majestueux ; la liturgie, l'explica­tion de l'Ecriture, des. prières ferventes faisoient toute l'occupation des fidèles. De nos jours on prêche beaucoup de panégyriques, on ne paroit occupé que du Culte des saints. De combien de miracles et de Légendes n'entretient-on pas le peuple en certains pais. La Religion n'est pas fondée sur des faits douteux, tels que sont plusieurs vies de saints, qui son très incertaines, pour ne rien dire de plus. Fleuri chretiens anciens et modernes pag. 132. Je vous prie, Mon très cher Frère, d'etre persuadé du tendre inté­rêt que je prens à tout ce qui vous interesse, et des vœux ardents et sincères que je fais pour vôtre conservation et pour celle de ma cher sœur vôtre très chere épouse, à qui je vous prie de faire agréer mes civilités. Soiés aussi per­suadé que je serai toute ma vie avec le plus parfait attachement, Mon très cher Frère
Votre très humble
et très obéissant serviteur et Frère
Fougereux de Grandbois.