Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


mardi 20 mars 2012

4ème lettre du protestant



Mon très cher Frère,
Je suis très sensible aux marques d'amitié que vous me donnés, mes senti- mens pour vous ne sont pas moins réels. Je m'intéresse autant pour vôtre salut éternel, que vous vous intéressés pour le mien, et je prie tous les jours ce grand Dieu qui est le Pere des lumières de vouloir bien vous désiller les yeux, afin que nous soyons en état de contempler les merveilles de sa Loi. J'ai remarqué, Mon très Cher Frere, dans toutes vos lettres que vous ne manquiés pas de lumieres et de connoissances sur la Réligion ; c'est ce qui m'engage à vous prier de réfléchir sur cet axiome de nôtre Sauveur ; Plus il vous aura été donné, plus aussi il vous sera demandé, et prenons garde que nous laissant aveugler par les préjugés de l'éducation, nous ne tournions à nôtre perte nos connoissances et l'usage que nous devons faire de nôtre rai­son, ce qui nous rendroit inexcusables devant le Tribunal de Dieu, lors qu'il nous demandera compte de nôtre foi et de nôtre conduite. Vous m'accusés d'avoir mal appliqué le Passage de St Paul aux Romains, par lequel il conste que l'Eglise Romaine pouvoit tomber dans l'erreur, et vous prétendés que ce passage regarde seulement ceux d'entre les nouveaux convertis qui se rendroient coupagles d'hérésie. Mais voici mon argument ; St Paul s'addresse dans ce passage à ceux à qui il addressoit son Epitre ; or il addressoit- son Epitre à tous les fidèles qui étoient à Rome, comme cela paroit par le 7e verset du chapitre 1er de cette Epitre ; donc tout le corps de ces fidèles, et par conséquent cette Eglise qui n'étoit autre chose que l'assemblée de ces fidèles, pouvoit tomber dans l'erreur ; et en effet comme vous entendès par les branches naturelles tout le corps du peuple juif, on doit aussi entendre par les branches sauvages tout le corps de ces fidèles qui avoient été entés sur le tronc naturel, c'est-à-dire sur les promesses que Dieu avoit faites aux Patriarches et aux Prophetes. Après tout l'événement a sufisamment prouvé que le sens que je donne aux paroles de St Paul, n'est que trop vrai, puisque l'Eglise Rom n'a point été ferme dans la foi, en associant le Paganisme avec le Christianisme, et en rendant ainsi à la Créa­ture des honneurs divins qui ne sont dûs, qu'au Créateur. Il me semble, Mon très cher Frère, que je vous l'avois assés bien démontré ; mais comme vous ne m'avés rien répondu sur cet article, je me vois obligé d'y revenir, et je vous prie d'y vouloir bien faire attention.