Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


samedi 17 mars 2012

5ème lettre du protestant


                Le 27e Mars 1755 Mon très cher Frère
Quelque prévenu que je fusse que la maladie de nôtre très honorée Mere étoit incurable, je n'ai pas laissé d'être extrêmement affligé en apprenant sa mort. Les vertues Chrétiennes qui par un long usage lui étoient devenues habituelles, ont beaucoup contribué à lui faire suporter patiamment et avec résignation les soufrances auxquelles Dieu a jugé à propos de l'exposer dans sa maladie, et la disposer ainsi à mourir d'une manière édifiante. C'est aussi, Mon très cher Frère, ce qui doit être pour nous un grand sujet de consolation, et nous rendre sa mémoire précieuse, en nous proposant sans cesse son exemple. Je suis dans toutes vos idées, Mon très cher Frère,
touchant les reflexions qu'il nous convient de faire sur la brièveté et la fra­gilité de la vie. Je sens que nôtre séjour sur cette terre ne sauroit être long, quelques années tout au plus termineront nôtre course, et peut être même avant ce tems là, on dira de nous : Ils ont été, et ils ne sont plus. Ces reflexions doivent donc naturellement nous engager à ne rien faire contre les lumières de nôtre conscience, et à ne pas adhérer à des doctrines humai­nes, opposées aux Loix de Dieu. Je mets dans ce rang la plûpart des Dogmes de vôtre Eglise, que vous confondés toûjours avec l'Eglise universelle Con­tre laquelle les portes de l'Enfer ne peuvent prévaloir : Vous dites que J.C. n'a institué qu'une Eglise, qu'on appelle Romaine, parce que c'est dans Rome que st. Pierre en a jetté les premiers fondements. Mais ignorés vous que ce fut à Jerusalem que st Pierre jetta les premiers fondements de l'Eglise Chrétienne, longtems avant, qu'il allat à Rome (si tant est qu'il y ait jamais été) lorsque par cet excellent discours qu'il addressa aux Juifs le jour de la première Pentecôte Chrétienne il convertit trois mille, et peu de jour après cinq mille personnes. Il n'est pas moins certain que suivant le sentiment de st Chrysostome, de st Jérôme, de st Léon, de st Grégoire le grand, d'Eusébe & st Pierre a été Evêque d'Antioche, où l'on donna pour la première fois aux disciples le nom de Chrétiens, et que du moins il a fondé cette Eglise avant celle de Rome ; si donc l'Eglise que J.C. a institué, devoit être celle dont s.t Pierre jetteroit les premiers fondements, les Eglises de Jérusalem et d'Antioche auroient eu cet avantage préférablement à celle de Rome.
Mais on peut douter avec raison que st Pierre ait été à Rome. Il n'en est pas dit un mot dans les écrits du Nouveau Testament ; st Paul ne fait aucune mention de s.t