Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “ministre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.
Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...
mardi 28 février 2012
accord entre Christ et
Bélial, ni de Convenence du Temple de Dieu avec les idoles. 2. Cor. Chap. 6. v.
15.16. Voiés aussi la défense que Dieu fait à son peuple de ne consacrer à son
service aucune des choses que les Idolâtres eussent employées ; mais leur ordonnant
de les ruiner. Exode Chap. 34. v.13. Deut. Chap. 12.V.2.3. Je ne vois pas, Mon
très cher Frere, à quel propos vous me parlés du serpent d'airain que Moïse
éleva dans le desert ; Jésus Christ nous apprend dans l'Evangile selon s.t.
Jean Chap. 3. que ce serpent étoit un emblème de sa mort, et du fruit qu'elle
devoit operer. Prétendés vous par cet exemple vous authoriser à avoir des
images et à leur rendre un culte réligieux ; mais vous n'ignorés pas que desque
les Juifs s'aviserent de lui faire des encensemens, le Roy Ezechias le fit
briser, comme on peut le voir dans le 4e Livre des Rois Chap. 18.V.4.
Ce n'est donc point de là que vôtre Eglise a pris le funeste usage qu'elle fait
des images ; mais plutôt du Paganisme, comme le dit Grégoire de Néocesarée. La
Religion Payenne, dit ce Docteur, est l'inventrice et la mere des Images ; et c'est des
Payens qu'elles sont passées chés les chrétiens, comme Eusebe le témoigne au
Livre 7e. Chap. 8. de son histoire Ecclésiastique. Géorge Cassander
très savant Théologien de vôtre Eglise en sa consultation addressée aux
Empereurs Ferdinand et Maximilien, avoue ingenuement que l'Eglise Romaine à
imité en ceci les Payens. La chose est trop claire, dit-il, pour s'amuser à
l'expliquer plus au long ; le culte des images et des simulacres est venu à un
trop grand excès, et l'on a trop condescendu à l'inclination, ou plutôt à la
superstition du peuple, car nos gens ne le cedent en rien aux derniers excès de
folie que les Payens ont fait paroitre, soit à faire leurs simulacres et à les
parer, soit à leur rendre les suprêmes adorations. C'est ainsi que parlent vos
Docteurs. La plus lourde faute des Payens sur ce sujet étoit en ce qu'ils
faisoient des représentations de la divinité, et qu'ils changeoient, comme dit
s.t Paul, la gloire de Dieu incorruptible à la ressemblance de l'homme
corruptible, et des oiseaux et des bêtes à quatre piés. C'est pourquoi le
Prophete Isaie demande avec aigreur aux Idolatres
de son tems : A qui ferés vous Dieu semblable, et quelle ressemblance lui
donnerés vous ? Is. Chap. 40. Tertulien
parle de cette entreprise avec tant d'horreur, qu'il dit que ce n'est
pas Dieu que l'on représente, mais le Démon que l'on revêt d'un corps. Tert. de
Idolololatria. Vôtre Eglise est cependant coupable de ce crime, puisqu'elle
représente le Pere Eternel comme un vieillard, le fils quelque fois comme un
agneau, et le s.t Esprit sous la forme d'une Colombe, imitant ainsi les Payens
à qui s.t Paul faisoit ce reproche Rom.
Chap. I.