Deux frères (de Grandbois/ Fougereux de Grandbois) , l'un conseiller du Roi à Clermont-Ferrand, l'autre réfugié à Genève et devenu “minis­tre”, s'engagent dans une controverse théologique de haut niveau.

Il s'agit de tout un lot de manuscrits datant des années 1754, 1755 et 1756, découvert dans les archives privées d'une famille aujourd'hui catalane. J’avais publié cette curieuse correspondance qui est une bonne introduction aux théologies catholiques et protestantes (caractérisant les débats plutôt du XVIIe siècle) dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses de Strasbourg ... Je viens de retrouver les amis qui conservent ce “trésor historique “ dans leur grenier !...


lundi 27 février 2012


Outre les images des Dieux, les Payens en fai­soient aussi de leurs Héros qu'ils appeloient demi-Dieux, et de ceux qu'ils nommoient Genies, et qu'ils croioient être médiateurs entre le Dieu souve­rain et les hommes ; de même outre les images de la Trinité vous en faites d'autres des Anges et des saints que vous invoqués comme vos intercesseurs et médiateurs. Les matières dont les Payens faisoient leurs simulacres étoient les mêmes que celles que l'on employe dans vos Eglises, elles sont sujettes aux mêmes accidents, et les anciens Peres de l'Eglise n'ont rien dit en dérision de celles des Payens, qui ne convienne à celles de Dieu, des saints et des anges. On pourroit vous dire avec Tertullien ; Nous ne trou­vons autre chose à dire à vos simulacres, si non que ce sont des matieres semblables à celles de vos vaisseaux et utenciles communs. Tert. Apolog. et avec Octavius dans le Minucius Félix. Ce Dieu de bois, de cuivre, d'argent ou de pierre est taillé, façonné et poli quelque fois par un méchant homme. Il ne sent pas les maux qu'on lui fait à sa naissance, comme il ne sait pas aussi les honneurs qu'on lui rend après sa consécration. Quel jugement, ajoute-t-il, est-ce que les animaux muets font de vos Dieux ? Ils savent et connoissent bien qu'ils n'ont point de sentiment, ils les foulent et s'asseint dessus, si vous ne les chassiés, ils feroient leur nid dans la bouche de vôtre Dieu. Les araignées couvrent son visage de leurs tissures et attachent leurs filets à sa tête. C'est ainsi que les Peres de l'Eglise se moquoient des simula­cres des Payens. Auroient-ils en bonne grâce de leur faire ces reproches, si les chrétiens avoient aussi eu des images dans leurs Eglises ? Les Payens seraient ils demeurés dans le silence ? ou plutôt n'auroient-ils pas rétorqué contre les chrétiens les arguments que ceux-ci leur faisoient contre leurs images et leurs simulacres, puisqu'ils auroient été faits des mêmes matières et sujets aux mêmes inconvénients. Nous lisons au contraire que Celse et les autres Philosophes Payens faisoient un crime aux Chrétiens de ce qu'ils n'avoient ni autels, ni simulacres, ni images ; à quoi les Peres de l'Eglise répondoient ; Nos images sont nos vertus. Mais continuons nôtre parallele.
Les Payens après que la statue avoit été achevée par l'art du sculpteur, la consa­craient avec des prieres solennelles, et d'abord, comme si elle avoit changé de destinée par la consécration (ainsi que parle Tertullien dans son apologé­tique) ils lui rendoient leurs hommages. Minucius Félix s'en moque plai­samment. On la fond, dit-il, on l'accommode, on la taille ; elle n'est pas encore un Dieu. On la soude, on la bâtit, on l'adresse ; ce n'est pas encore un Dieu. Enfin, on la pare, on la consacre, on la prie ;